Culture

Pourquoi on aimait tant Farrah Fawcett

James Ledbetter, mis à jour le 26.06.2009 à 17 h 06

Elle était de loin la «Drôle de dame» la plus populaire.

Le rédacteur en chef de The Big Money nous livre ses souvenirs de l'icône de Drôles de dames (Charlie's Angels), Farrah Fawcett, décédée hier des suites d'un cancer à l'âge de 62 ans.

Tous ceux qui ont moins de trente ans doivent avoir un mal fou à s'imaginer que Farrah Fawcett-Majors a un jour été une actrice très tendance. En regardant le légendaire poster du milieu des années 70, on ne peut pas passer à côté des attributs qui l'ont propulsée au sommet de sa carrière: une chevelure parfaite, tout en volume, un sourire extraordinairement confiant et - surtout si vous étiez un petit garçon de 12-13 ans comme moi, qui restait longuement à admirer cette image de femme dans un maillot de bain rouge - des mamelons qu'on devine sans effort.

Cependant, l'actrice revêtait tout un aspect mystique complètement impénétrable pour les jeunes gens (je ne parlerai pas des crises qui ont enterré à la fois la vraie personne et son personnage). Les émissions en prime time consacrées aux fesses et aux nichons ont tout de même atteint une apogée au milieu des années 70. Et, alors que les yeux de nos parents gênés roulaient comme des billes, et qu'ils essayaient innocemment de changer de chaîne, mes amis et moi dévorions ces images érotiques avec un mélange d'innocence préadolescente et de légère excitation. Mais on aura beau défendre le contraire aujourd'hui, Drôles de dames, c'était une époque de télé de mauvaise qualité. La scène récurrente où une ou plusieurs «dames» se mouillaient n'arrivait pas vraiment à justifier le ridicule de l'intrigue, les explosions quasi rituelles et le très mauvais jeu d'acteur. Même à l'époque, j'étais conscient que Drôles de dames était une série nulle.

Mais ce n'est pas la série qui compte. (Et là, je me dis que les jeunes d'aujourd'hui peuvent le comprendre.) Regarder Drôles de dames, avoir le fameux poster de Farrah Fawcett sur son mur, accrocher des photos découpées dans des magazines à l'intérieur de son casier à l'école... C'est un peu comme la mode des pin's et des badges, une façon de participer à la culture populaire en essayant d'y inclure le maximum de choses qu'on savait sur le sexe. D'ailleurs, si mes souvenirs son bons, cette culture ne touchait pas que les garçons. Je n'irais pas jusqu'à dire que les Drôles de dames étaient des piliers du féminisme, mais les filles aussi regardaient cette série. C'était notre version à nous du match de croquet d'un roman d'Edith Wharton. Une façon pour les hommes et les femmes que nous allions devenir de jouer ensemble poliment, en faisant semblant de parler d'un sujet alors que celui qui nous intéressait dans le fond, c'était la petite fille ou le petit garçon en face de nous.

On était censé avoir une «dame» préférée. (Un peu comme on a eu un Beatle favori- encore que dans le cas des Beatles, on peut comprendre la démarche.) Kate Jackson était la plus intelligente, mais je ne me rappelle pas ce qui devait distinguer Farrah Fawcett et Jaclyn Smith. Aucune importance, je crois. En réalité, les trois filles n'étaient pas en concurrence. Il n'y en avait que pour Farrah. Pourquoi? Préjugés en faveur des blondes peut-être... Mais à mes yeux (et je crois que la plupart de mes copains seraient d'accord), elle devait sa célébrité à quelque chose d'étranger à elle-même: c'était l'épouse de Lee Majors, «L'homme qui valait trois milliards», le héros bionique dont la crédibilité avait été fermement établie bien avant la sienne (ou au moins deux saisons avant). Du coup, Farrah Fawcett devait être l'objet d'une attirance qui fait la transition entre la période où on est un petit garçon fasciné par la force physique et les pouvoirs «cyborg», et celle où on est un préadolescent qui commence à s'intéresser à la sexualité.

Quand Farrah Fawcett a arrêté la série après la première saison, je crois que mes amis n'ont plus jamais regardé Drôles de dames. Et en 1979, au moment de sa rupture avec Lee Majors, les filles que je désirais avaient plus de dimension que mon affiche adorée. J'imagine que Farrah Fawcett a dû s'efforcer de transcender son poster... Mais pour des millions de jeunes garçons américains, il était en lui-même une forme de transcendance.

James Ledbetter

(Photo: Farah Fawcett, Allocine)

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