France

Un Hollande tel qu’en lui-même

Eric Le Boucher, mis à jour le 17.05.2013 à 14 h 40

Il avance à pas comptés pour conserver uni son parti. Il fait des réformes au mieux dans un pays sans argent et avec une majorité qui veut aller dans l’autre sens. Le problème est que pour la France, il faudrait aller dans cette direction, mais trente fois plus vite et plus fort.

François Hollande, à l'Elysée en conférence de presse, le 16 mai 2013. REUTERS/Benoit Tessier

François Hollande, à l'Elysée en conférence de presse, le 16 mai 2013. REUTERS/Benoit Tessier

Il fallait que François Hollande fasse preuve de deux choses: de la clarté et de l’autorité. Les critiques attendaient de lui qu’il se hisse en chef et, comme personne n’imagine qu’il se rende aux arguments mélenchoniesques, qu’il choisisse clairement de basculer de l’autre côté, dans le camp du centre gauche. Qu’il s’affiche enfin ce qu’il est «social-démocrate» et l’assume.

Ceux qui attendaient donc un «chef du centre gauche», sans craindre la contradiction dans les termes, auront été déçus. Le président de la République a eu beau dire qu’il décide, qu’il tranche, il a eu beau revêtir l’uniforme dès le début de sa conférence de presse pour faire le général et nous emmener à la guerre du Mali, il n’arrive pas à paraître martial, impérial, gaullien. Ses mots, sa volonté de s’expliquer avec gentillesse, son attitude physique, tout, tout fait défaut dans la figure d’un «chef».

François Hollande refuse en réalité d’être ce chef que les nostalgiques attendent puisqu’il a redit que sa méthode était de privilégier le dialogue, de laisser son gouvernement gouverner et de respecter son Premier ministre. Même si dans les faits c’est faux, même s’il se mêle en réalité de tout et qu’il cède lui aussi à la tentation du micro-management comme son prédécesseur, reste qu’il ne veut pas faire commandatore. Ce n’est définitivement pas son genre.

Question clarté on sera déçu itou et c’est plus important. Entre l’inénarrable Montebourg et l’évanescent Moscovici, il n’en vire aucun. Interrogé pour savoir s’il était «social-démocrate», il a répondu que c’était «une question terrible». Voilà une terrible réponse.  François Hollande n’a pas osé dire oui. Il s’est dit «socialiste», ce qui laisse entendre qu’il est plus jospinien que rocardien. Si c’est vrai, c’est en effet terrible. Mais c’est sans doute faux, ou beaucoup faux.  L’unité du Parti socialiste français est sans doute à ses yeux trop fragile pour qu’il juge temps de rompre le tabou et emmène enfin son parti dans la voie que tous les autres «socialistes» européens ont emprunté depuis belle lurette. Le PS est donc si faiblard qu’il faut le laisser ringard. Voilà le problème.

Pour le reste et dans l’ensemble, François Hollande a été assez bon. Il maîtrise pas mal l’exercice d’une conférence de presse, bien mieux en tout cas que sa dernière interview sur France 2. Si on accepte de ne pas attendre de lui d’être «le chef social-démocrate», il a fait preuve de connaissance des dossiers, de réponses appropriées, d’aucune grosse bêtise (je me trompe?) et au total d’avoir remis dans une perspective intelligente son action.

L’«offensive» de l’an II sera moquée, bien sûr. Et elle peut l’être puisqu’aucune grosse inflexion dans la politique actuelle, aucune mesure nouvelle majeure, n’ont été annoncées. Ceux qui espéraient un virage vers une politique économique de l’offre en sont pour leur rêve. Mais pour un président qui veut ménager l’offre et la demande, qui marche sur des œufs sans doute avec délectation, le résultat est correct. Les décisions sur le front intérieur sont réfléchies comme celles d’un gouvernement sans le sou: industries d’avenir, emplois aidés, épargne dirigée vers les entreprises (heureusement pour lui qu’aucune question n’a été posée sur la guerre désastreuse que mène Ségolène Royal à la BPI) et formation permanente.  On verra le détail mais, comme «le choc de simplification», ce sont de bonnes idées.

Passons sur le reste comme les retraites. Même si ses partisans souligneront que dire qu’il faut «travailler plus longtemps» est un acte d’un courage homérique, il n’y a aucun choix sur cette affaire mathématique. Les vrais débats sur ce dossier sont inutiles. 

Le front de la réforme de l’Etat est lui décevant. François Hollande s’est félicité d’avoir stabilisé les dépenses publiques en 2013 et de les réduire de 1,5 milliard d’euros en 2014. Pour un total qui atteint 56% du PIB soit 1.200 milliards, ce satisfecit est ridicule. Décidément, le gouvernement a du mal avec ses électeurs fonctionnaires. Cela nous ramène à la ringardise du PS et cela lui coûtera cher.

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Conclusion? Après le rapport Gallois et l’accord sur la flexibilité, le président confirme son virage vers une politique moins idéologiquement de gauche et plus pratique. Rien de fracassant, pas de vraie clarté, pas de chef hissé sur le pavois. Un Hollande qui se dessine tel qu’en lui-même. Il avance à pas comptés pour conserver uni son parti. Il fait des réformes au mieux dans un pays sans argent et avec une majorité qui veut aller dans l’autre sens. L’ensemble n’est pas incohérent avec 2017 pour horizon. Le problème est que pour la France, il faudrait aller dans cette direction, mais trente fois plus vite et plus fort.

Eric Le Boucher

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Cofondateur de Slate.fr
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