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Peut-on s'enivrer en prenant de l'alcool par l'anus?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 12.12.2016 à 19 h 13

En théorie oui, mais de nombreux inconvénients rendent cette pratique inutile.

Match de beach-volley le 7 octobre 2002 à Pusan, en Corée du Sud, REUTERS/Kim Kyung Hoon

Match de beach-volley le 7 octobre 2002 à Pusan, en Corée du Sud, REUTERS/Kim Kyung Hoon

Cul-sec.com, un site Internet lancé en 2013 en France (et depuis hors-ligne), affirme vendre des suppositoires à l’alcool permettant de s’enivrer sans crise d’estomac ni mauvaise haleine. Les auteurs du site se sont inspirés d’un phénomène apparu en 2011, et dont les médias américains ont longuement débattu pour savoir s’il s’agissait d’une légende urbaine: des jeunes essayant de se saouler en s’insérant des tampons imbibés de vodka dans le vagin ou l’anus. Est-il vraiment possible de s’enivrer en absorbant de l’alcool par ces voies alternatives?

En théorie oui, mais le désagrément occasionné par l’absorption anale d’une dose suffisante pour être ivre fait que cette voie de consommation est loin d’être optimale.

L’alcool est un produit qui passe très vite les barrières, et notamment les muqueuses que l’on retrouve dans la bouche, le rectum ou le vagin. L’intérêt théorique de l’anus est que l’alcool arrive rapidement au cerveau.

Les substances ingurgitées par le rectum entrent en contact avec les veines qui l’irriguent et qui viennent se jeter dans la veine cave inférieure. Celle-ci transporte le sang de la moitié inférieure du corps vers le cœur, qui diffuse ensuite les substances en question dans tout le corps. Ce circuit permet à la substance absorbée par le rectum (ou le vagin) d’éviter de se dégrader dans le foie comme il le fait quand elle est ingurgitée par la bouche.

Des défis plus que des pratiques répétées

Certains blogueurs ont tenté l’expérience du tampon de vodka et documenté les résultats, mais rien ne prouve que la pratique de s’insérer de l’alcool dans l’anus ou dans le vagin dans le but de s’enivrer est répandue. Le site Cul-sec.com a quant à lui confirmé à l’Explication qu’il ne commercialisait pas vraiment de suppositoires à l’alcool.

Si les muqueuses du rectum permettent à l'alcool de passer rapidement dans le sang, il faudrait quand même réussir à se mettre un peu moins de deux unités d’alcool dans l’anus, soit par exemple deux verres de whisky de 4cl ou une pinte de bière. Une prouesse physiquement possible, comme l’ont prouvé les casse-cous attardés de Jackass dans la vidéo ci-dessous, mais apparemment désagréable, sans compter les risques d’irritation et de douleurs locales, ce qui enlève une bonne partie de l’attrait de cette pratique:

Toujours dans l’idée de faire parvenir l’alcool au cerveau plus rapidement, d’autres modes comme la consommation de vodka par le nez ou par les yeux sont apparues de manière marginale chez les jeunes au cours des dernières années. Des pratiques à l’efficacité là encore très limitée, mais qui comportent des risques réels pour la santé (dégradation de la surface de l’œil et du nez), et représentent plus des défis alcoolisés que des habitudes de consommation répétées sur la durée.

Si les voies d'absorption alternatives n'ont qu’un intérêt limité pour s’enivrer avec de l’alcool, il n’en est pas de même pour d’autres substances qui nécessitent de moins grandes quantités pour être efficaces.

L’œil, le nez et le rectum sont d’ailleurs tous des voies d’administration de médicaments à part entières à travers des produits sous formes de gouttes ophtalmiques, de sprays nasaux ou de suppositoires. Le vagin fait également l’objet de recherches scientifiques pour son potentiel en tant que voie d’administration de médicaments.

Consommation de drogues

Du côté des drogues, l’excellente absorption par les muqueuses du nez explique pourquoi la cocaïne est majoritairement consommée par cette voie, mais aussi pourquoi certains antagonistes de l’héroïne sont administrés par le nez pour une action rapide en cas d’overdose.

L’anus, le pénis ou le vagin sont également des voies de consommation de drogues pour des pratiques certes peu répandues mais bien réelles, dans des contextes festifs ou érotiques. La consommation à fortes doses de Lamaline, un antalgique qui contient du paracétamol, de l'extrait sec d’opium et de la caféine et se prend notamment par suppositoire, peut conduire à la dépendance. Le rocker Rod Stewart a quant à lui décrit dans ses mémoires comment il s’administrait de la cocaïne par voie anale avec son compère Ronnie Wood.

Grégoire Fleurot

L'explication remercie le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions, et Philippe Batel, psychiatre et alcoologue.

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Grégoire Fleurot
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