France

François Hollande dit oui à l'Europe

Eric Le Boucher, mis à jour le 17.05.2013 à 9 h 32

Pour la première fois depuis 20 ans, la France répond oui à la marche en avant de l’intégration. C’est une rupture. Elle est encore floue, mais François Hollande a compris que la sortie de crise passe par plus d’Europe politique.

François Hollande lors de sa conférence de presse du 16 mai 2013. REUTERS

François Hollande lors de sa conférence de presse du 16 mai 2013. REUTERS

François Hollande a annoncé le 16 mai ce qu’il a appelé «une initiative européenne».

«Je suis à la tête d'un Etat fondateur de l'Europe. Mon devoir est de sortir l'Europe de la langueur et de réduire la désaffection des peuples qui ne peut que compromettre son avenir. Je prends une initiative en quatre points.

1) Instaurer un gouvernement économique réuni chaque mois autour d'un président, pour débattre des principales décisions économiques et fiscales

2) Un plan pour l'insertion des jeunes. Mobilisons, avant le cadre européen, une partie des fonds d'environ 6 milliards d'euros pour venir en soutien des jeunes européens.

3) Une communauté européenne de l'énergie pour coordonner les efforts et réussir à assurer la transition énergétique

4) Une nouvelle étape enfin, d'intégration, avec une capacité budgétaire attribuée à la zone euro et la possibilité de lever l'emprunt.»

Cette initiative a été immédiatement critiquée. Mais pour la première fois depuis 20 ans, la France répond oui à la marche en avant de l’intégration européenne.

Oui, c’est une rupture. Peut-être est elle encore bien petite et floue. C’est vrai. Mais j’y vois un signe positif: François Hollande a compris que la sortie de crise passe par plus d’Europe. Il ne voulait pas agir à cause de la division historique du Parti socialiste, son parti, sur la question. Cette fois il a tranché: la France est favorable à plus d’intégration y compris politique. C’est un bon changement. Elle est favorable à une révision des Traités, ce qui est le contraire de ce que disait François Hollande à Slate il y a juste un an.

La France fait enfin autre chose que simplement subir

Alors bien sûr, l'initiative européenne est jugée à droite comme un non-évènement, comme rien du tout et à la gauche de la gauche comme un ralliement au néolibéralisme de Bruxelles et de l’Allemagne. Les deux camps des critiques seraient en somme d’accord: l’Europe commande, François Hollande se serait couché. A droite comme à la gauche de la gauche, ils ne mesurent pas ou ne veulent pas mesurer ce que signifie l'annonce du président de la République.

Je pense qu’il s’agit précisément du contraire d'un ralliement et d'un effet d'annonce. La France depuis Jacques Chirac était  devenue eurosceptique. Elle ne proposait rien et ne réagissait qu’en mode défensif. La crise avait forcé Nicolas Sarkozy à remettre la main sur le volant, à reprendre un court instant le leadership et l'initiative en Europe. Il l’avait plutôt bien fait au début de la crise, en forçant l’Allemagne à aider la Grèce puis les banques, puis les autres pays.

François Hollande s’est pendant un an remis dans ses pas, mais avec deux corrections. La première a porté sur le pacte de croissance qu’il a fait adopter cet été. Mais c'était trop peu et inefficace. En un mot, il n’a pas été convainquant. La preuve, l’eurozone est en récession. Ce traité n’a pas suffi, loin de là.

«Du contenu à une union politique»

Mais depuis, le président français est revenu à la charge et avec d’autres pays comme l’Italie, il a obtenu ce qu’il a appelé une correction, là encore elle n'a pas été saluée en France à sa juste mesure, trop empêtrés que nous sommes dans nos postures idéologiques et partisanes. Mais le résultat est tout de même que l’austérité attendra un peu que la reprise soit là. Le retour au 3% de déficit budgétaire se fera en 2015 et non pas cette année. Puis jeudi, il a annoncé un autre volet offensif. Il ne suffit pas d’attendre la reprise, il faut l’activer: un gouvernement économique, un plan pour les jeunes, une communauté de l’énergie et nouvelle intégration politique.

François Hollande a affirmé que «la France est disposée à donner un contenu à cette union politique», se donnant deux ans pour y parvenir, sans il est vrai préciser ses contours. «Ce n'est plus une affaire de sensibilités politiques, c'est une affaire d'urgence», a-t-il ajouté.

Alors je suis sans doute un peu trop optimiste. Je prends un rayon de soleil pour le printemps. L'initiative européenne est encore bien floue et la classe politique et la société française ont pour spécialité de toujours trouver les raisons pour ne pas faire plutôt que pour faire.

Néanmoins, la France cette fois prend l'initiative, veut changer les choses et veut les changer pour plus d'Europe. La France répond enfin à l'Allemagne qui occupait seule le terrain des propositions d'intégration politique.Y croire, même un peu, est déjà un moyen de nous sortir de la crise et plus encore de l'épais pessimisme qui nous entoure.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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