Sports

Mondiaux à Paris: le protectionnisme chinois a-t-il tué le tennis de table?

Yannick Cochennec, mis à jour le 18.05.2013 à 15 h 27

La domination des pongistes chinois sur le sport s'explique. Peut-on faire quelque chose pour en finir? Probablement pas.

La paire chinoise Ding Ning et Liu Shiwen lors d'un match de la compétition de double féminin des Mondiaux de Paris, le 16 mai 2013. REUTERS/Charles Platiau

La paire chinoise Ding Ning et Liu Shiwen lors d'un match de la compétition de double féminin des Mondiaux de Paris, le 16 mai 2013. REUTERS/Charles Platiau

Le tennis de table, dont les championnats du monde ont lieu à Bercy du 13 au 20 mai, bénéficient d’une couverture télévisée d’envergure. En effet, pour la première fois, ils sont diffusés de manière très large sur une chaîne en clair accessible à tous: L’Equipe 21. Pour un sport relativement confidentiel même s’il s’agit d’une discipline qui entre régulièrement dans les maisons à la faveur d’un cadeau de Noël ayant la forme d’une table de ping-pong, c’est évidemment une aubaine et un sacré coup de projecteur.

Comme de nombreux sports boudés par les principaux réseaux, le tennis de table a essayé de se rendre le plus séduisant possible de diverses manières à travers le temps et s’est adapté de façon parfois draconienne. En 2001, afin de réduire la durée des rencontres des différents grands championnats et d’essayer de relancer le suspense au cours d’une rencontre, les manches sont ainsi passées de 21 à 11 points. La même année, la balle a grossi de 38 à 40mm, histoire de ralentir le jeu et de se conformer à l’œil du téléspectateur qui ne semblait plus y voir que du feu en raison de l’extrême brièveté des coups de raquette.

En 2002, la réforme du service a suivi: le joueur ne cachait plus l’impact avec le bras à l’image d’un prestidigitateur qui cherchait à dissimuler son tour de passe-passe. En 2008, enfin, après les Jeux olympiques de Pékin, les raquettes ont fait peau neuve à leur tour.

Les colles, dites rapides et semble-t-il toxiques, ont été interdites pour réduire, là encore, la vitesse de jeu. La colle en question n’était au début qu’un liant qui assemblait la plaque sur le bois de la raquette, mais les substances utilisées, qui accéléraient véritablement le rythme des échanges, se sont ensuite révélées nocives pour la santé au point d’envoyer un joueur japonais à l’hôpital en 2007. Des colles «propres» ont donc été décrétées.

Retrait des Jeux olympiques?

Pourtant, malgré toutes ces réformes, le tennis de table continue de «souffrir», si bien que des rumeurs ont circulé, en décembre, au sujet d’un éventuel retrait du sport du programme olympique qu’il a intégré en 1988 lors des Jeux de Séoul. Son principal problème? La trop forte domination de la Chine dans une discipline qu’elle écrase comme elle se joue de la concurrence en badminton. En effet, de Séoul, en 1988, à Londres, en 2012, soit sept olympiades, les joueurs de l’Empire du milieu ont remporté 24 des 28 médailles d’or mises en jeu.

Comme à Pékin, quatre ans plus tôt, les Chinois ont ainsi décroché les quatre titres à Londres et se sont arrogé deux médailles d’argent supplémentaires dans les deux compétitions de simple. Contrairement à Pékin, ils n’ont pas placé trois des leurs sur un podium et pour cause: afin de limiter leur pouvoir écrasant, il avait été décidé, après 2008, que tous les pays devraient désormais se contenter de deux représentants seulement en simple.

Cette mesure avait été prise pour donner de l’espoir à d’autres pongistes qui n’étaient pas Chinois. Mais ces derniers ont gardé la main dans la capitale britannique et la Fédération internationale de tennis de table ne sait plus trop à quelle solution se fier pour endiguer le flot de victoires chinoises sans compter le problème de la présence massive d’anciens Chinois au sein des autres délégations étrangères après des naturalisations hâtives.

Dans la compétition féminine, lors des derniers Jeux de Londres, seulement trois pays (Corée du Nord, Japon et Egypte) n’avaient pas dans leurs rangs au moins un pongiste d’origine chinoise. La République du Congo n’avait pas échappé, par exemple, à cette vague migratoire de circonstance.

Hégémonie chinoise

Lors de ces Mondiaux de Paris, l’hégémonie chinoise devrait être encore d’actualité. Les neuf dernières finales mondiales féminines et les cinq dernières finales mondiales masculines étaient toutes 100% «made in China». Mais dans une interview donnée à Associated Press l’été dernier, Adham Sharara, président de la Fédération internationale de tennis de table, a mis en demeure les Chinois de faire quelque chose pour éviter le découragement des autres nations.

«Leur centre national d’entraînement reste fermé aux délégations étrangères, se plaignait-il. C’est comme les Etats-Unis au basket ou le Canada au hockey sur glace. Si vous gardez tout votre savoir-faire pour vous-même, vous ne laissez aucune chose aux autres de gagner à leur tour et les autres pays finissent par perdre tout intérêt pour la discipline. La Chine a une responsabilité importante dans cette perspective

Il y a quelques semaines, lors de l’Open de Corée du Sud, des Chinois ont accepté exceptionnellement de faire équipe avec des étrangers afin de leur permettre de découvrir certains de leurs secrets. «C’est inédit et c’est un premier pas intéressant», souligne Jean-Philippe Gatien, champion du monde français en 1993 et vice-champion olympique en 1992.

Mais il ne faut pas s’attendre à voir la Chine baisser la garde en raison de l’importance de ce sport dans ses frontières où il est élevé au rang de sport national depuis les années Mao. En effet, l’histoire du tennis de table en Chine est attachée à l’histoire du pays par le biais notamment de la diplomatie du ping-pong née en 1971 et qui a permis au pays de faire un pas en direction des Etats-Unis par la grâce d’une rencontre fortuite entre un joueur chinois et un joueur américain.

Sport national décrété par Mao

Alors que ce sport a été inventé par les Britanniques à la fin du XXe siècle, la Chine a fait du tennis de table sa chose à partir de la fin du deuxième Guerre mondiale. Au début des années 1950, lorsque la Fédération internationale de tennis de table a reconnu le gouvernement communiste chinois à Pékin (les États-Unis ne suivront qu’en 1979), Mao Tsé-toung a décrété de fait le tennis de table comme le sport national, et a investi massivement dans la formation de joueurs compétitifs.

La Chine a remporté son premier titre de champion du monde en 1959, en battant le Japon sur la scène internationale, sorte de première revanche sur l’invasion de la Chine par le Japon impérial en 1930. La phrase de Mao est connue: «Considérez la balle comme la tête de votre ennemi capitaliste. Frappez-la avec votre raquette socialiste, et vous aurez gagné un point pour la mère patrie.»

«En Chine, il y a entre 70 et 100 millions de joueurs, nous dit Jean-Philippe Gatien. Et le système de détection est très performant avec des talents repérés au plus jeune âge et qui s’entraînent deux à trois heures par jour lorsqu’ils ont six ou sept ans. En France, ce n’est évidemment pas possible. Mais leur hégémonie n’est pas irréversible. Entre la fin des années 80 et le début des années 90, avec les Suédois Jan-Ove Waldner, Jörgen Persson, le Belge Jean-Michel Saive et moi-même, les Européens leur ont damé le pion. Mais cela a agi comme un électrochoc pour eux et depuis, ils sont quasi devenus intouchables. Oui, c’est bien de les voir s’ouvrir un peu afin de partager leurs compétences, mais cela prendra un peu de temps pour les surprendre à nouveau

De manière un peu désespérée, le président de la Fédération internationale de tennis de table a déjà annoncé que lors des prochains Jeux de Rio en 2016, des danseuses, comme au basket, animeraient les temps morts pour distraire le public brésilien dans l’hypothèse où celui-ci s’ennuierait en regardant gagner les Chinois.

Yannick Cochennec

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