Michael Jackson n'était pas pédophile (MàJ)

Il y an disparaissait le «roi de la pop».

Michael Jackson est mort il y a exactement un an à 50 ans après l'absorption d'une surdose de médicaments dans sa maison de Los Angeles en Californie. Des milliers de fans sont attendus aujourd'hui vendredi 25 juin pour fêter le premier anniversaire de sa disparition au cimetière de Forest Lawn à Glendale, dans la banlieue de Los Angeles.

Nous republions à l'occasion de cet anniversaire un article écrit par Jacob Weisberg alors éditeur de Slate.com après le procès intenté à Michael Jackson pour pédophilie devant la justice californienne.

Je n'ai jamais cru en la pédophilie de Michael Jackson. Tout d'abord il ne correspond pas au profil du pédophile. Les personnes abusant d'enfants tendent à agir de la même façon, encore et encore. Une étude montre que les personnes qui agressent sexuellement des garçons commettent près de 280 délits de ce type dans leur vie. Or aujourd'hui, malgré l'appât du gain qu'engendreraient de telles accusations contre Michael Jackson, seules deux victimes présumées se sont présentées avec des allégations détaillées.

De plus ces deux accusations, séparées de dix ans, ne correspondent pas à un modèle l'une et l'autre. Pour parler franchement, dans le cas le plus récent, l'accusateur - victime du cancer - a déclaré avoir été tripoté par Michael Jackson. Le précédent plaignant, dont la famille a perçu en 1993 vingt millions de dollars de dommages et intérêts, accusait le chanteur d'abus sexuel plus extrême, et parlait notamment de rapports bucco-génitaux.

Mais la raison principale pour laquelle je n'ai jamais cru à la description dressée par le procureur, qui faisait de Michael Jackson un prédateur sexuel, agissant de manière préméditée, «préparant» ses victimes, est le fait qu'elle ne sonne pas bien d'un point de vue psychologique. Qu'il ait oui ou non touché un garçon de manière inappropriée, Michael Jackson semble trop fragile émotionnellement pour agir comme un adulte, encore moins comme un déviant sexuel. Naïf, juvénile, et profondément meurtri, il paraît piteusement incapable de faire preuve de la moindre intention criminelle, mais également de toute réflexion adulte.

Les gens ont tendance à en faire trop au sujet du comportement étrange et à multifacettes de Michael Jackson.Mais est-ce si étrange ? Enfant, dès l'âge de sept ans, il fut forcé de travailler par un père cruel et violent. (S'il avait été envoyé dans une usine ou dans une mine de charbon au lieu d'aller sur scène, nous aurions éprouvé plus de compassion à son égard). Enfant, il fut privé de ce que même les enfants abusés ou défavorisés peuvent avoir: l'école, les amis, les jeux.

Au lieu de cela, Michael fut transformé en un artiste sexuellement troublant, un garçon dont la voix de soprano suscitait la passion des femmes. Il fut transformé en un témoin de la sexualité des adultes à un âge où cela n'a pu être que terrifiant et incompréhensible pour lui. A 10 ans, il se produisait dans des clubs de striptease et se cachait sous les couvertures des chambres d'hôtel tandis que ses grands frères montaient avec des groupies. A 11 ans - l'âge auquel son psychisme semble avoir été figé - il était une superstar. «Mon enfance me fut entièrement enlevée», a-t-il confié. Quasiment tout ce qui paraît anormal chez lui peut être expliqué par son émouvante mais désespérée tentative de retrouver son enfance volée.

Il n'est pas tout à fait juste de décrire le monde que créa Michael Jackson autour de lui comme un fantasme de jeunesse. Grâce à sa santé et sa célébrité, il fut capable de vivre comme un enfant retraité. Avec l'aide de la chirurgie esthétique, il fit de lui un adolescent, pré-pubère. Il s'amuse avec des jouets de luxe, des animaux domestiques extraordinaires, des promenades dans son parc d'attraction et les tours de son magicien personnel.

Ce qui ressortit durant le procès (de mars 2005) n'était pas l'image d'un homme jouant avec des enfants pour les séduire. C'était l'image d'un homme jouant avec des enfants parce qu'il se voyait lui-même comme l'un d'entre eux. Lui et ses amis du «Apple Head Club» restaient éveillés toute la nuit, jouant à des jeux vidéos, regardant la télévision et mangeant du popcorn.

En l'absence de toute autorité parentale, ils auraient parfois bu du vin dans des canettes de Coca, auraient fait des canulars téléphoniques, lu des magazines obscènes et essayé de s'écœurer les uns les autres (en se léchant le visage par exemple). Enfant dans sa tête, Michael Jackson voit son comportement comme totalement innocent. C'était une soirée pyjama; cela n'avait rien à voir avec de la séduction.

D'où sa confession à Martin Bashir, le cinéaste anglais dont le documentaire de 2003 Living With Michael Jackson amorça les récents problèmes du chanteur, dans laquelle il précise, d'une façon qui semble sincère, qu'il ne dort avec des jeunes garçons que par amour, et non pour des raisons sexuelles.

Michael Jackson semble ne pas être à même de comprendre suffisamment  la sexualité des adultes pour pouvoir comprendre pourquoi les gens lui ont prêté de bien plus sinistres intentions.
Il y a ici, évidemment, un précédent littéraire. «Je suis Peter Pan», confie-t-il à Bashir. Dans le ranch Neverland, comme dans la nursey Darling, les garçons dorment tous dans la même pièce. Michael, comme Peter, se voit lui-même comme le père, le grand-frère et le leader. Il mène les enfants perdus vers des galopades et des aventures.

Une comparaison plus intéressante peut être entre Jackson et l'auteur de ce conte J.M. Barrie. Comme Jackson, Barrie a souffrait d'une croissance interrompue liée à la mort de son grand-frère adoré quand il avait six ans. Selon le livre de  Andrew Birkin «J.M. Barrie and the Lost Boys: The Real Story Behind Peter Pan», le mariage de Barrie n'a jamais été consommé et sa relation la plus profonde a été celle avec les frères de Llewelyn Davies, les cinq garçons qu'il a rencontré à Kensington Gardens à Londres et qui ont inspiré les personnages de Peter Pan.

Barrie a joué avec les enfants, plus ou moins vécu et habité avec eux et rêvé de partager son lit avec eux. Il n'y aucune preuve de relations physiques. L'hypothèse la plus probable est que Barrie était célibataire et asexué.

Aujourd'hui, nous trouvons l'idée de non sexualité plus étrange que celle d'une sexualité déviante. Mais dans le cas de Michael Jackson, elle semble plus vraisemblable que toute autre explication. Les comportements étranges de Jackson semblent être la conséquence de  ce qu'il a subi enfant.

Martyrisé par son père, il est devenu extraordinaitement gentil et généreux avec les enfants. Terrifié par la sexualité des adultes, il s'est figé dans une immaturité prè-adolescente.  «Je n'ai jamais été trahi et trompé par des enfants», a déclaré Jackson. «Les adultes m'ont laissé tomber».

Jacob Weisberg

Article traduit par Luc Perrin

Crédit photo: Michael Jackson devant le tribunal de Santa Maria en Californie   Reuters

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