Economie

Récession: la France à la porte de l’enfer du sud

Eric Le Boucher, mis à jour le 16.05.2013 à 10 h 24

L’examen du détail des moteurs de la croissance donne un diagnostic simple et sombre: rien ne va. Mais la France n'est pas la seule dans ce cas.

La sécheresse au sud de l'Espagne en 200§. REUTERS/Marcelo del Pozo

La sécheresse au sud de l'Espagne en 200§. REUTERS/Marcelo del Pozo

C’est la faute de Hollande! a dit Jean-François Copé. Le président de l’UMP semble presque se réjouir du mauvais état de la France qui lui permet d’accabler la politique du président de la République. Il a tort. La France n’est pas seule en récession, toute la zone euro l’est avec un recul du PIB moyen des 17 pays membres au premier trimestre de 0,2%, même chiffre que celui de la France. Les chutes sont pires en Italie (-0,5%) et en Espagne (-0,5%). Seule l’Allemagne reste en territoire positif parmi les grands pays, mais tout juste: +0,1%.

La crise n’est donc pas française, elle est européenne. L’eurozone est retombée dans la récession (double dip, comme disent les économistes) pour le sixième trimestre consécutif, soit la plus longue période récessive de l’histoire depuis que l’euro a été créé.

Les perspectives ne sont pas bonnes. Les économistes de Natixis attendent un deuxième trimestre toujours dans le rouge (-0,1%) et notent:

«La reprise attendue au second semestre par bon nombre d’observateurs, ne sera sans doute qu’un vœu pieux.»

Sur l’ensemble de l’année 2013, ils tablent sur un recul global de -0,7%, dont -0,4% en France.

L’examen du détail des moteurs de la croissance donne un diagnostic simple et sombre: rien ne va. Au niveau de la zone euro, la consommation des ménages «devrait encore se contracter», du fait du chômage en hausse et des salaires sous pression. Les entreprises restent l’arme au pied pour leurs investissements du fait de capacités de production en trop et de carnets de commande en moins, sans compter que les banques ne prêtent que difficilement et chèrement aux PME. Quant aux dépenses publiques, elles devraient continuer à se rétracter malgré les «délais» accordés par Bruxelles au retour à 3% de déficit. Total: aucun moteur n’est capable de repartir. Même l’Allemagne où les salaires augmentent n’est pas capable de résister à la baisse de ses débouchés extérieurs.

On n’en donc pas fini avec les débats sur la croissance en Europe: pédale douce sur la rigueur, politique de la Banque centrale, investissements de la BEI, début de mutualisation des assurances chômage... Tous ces débats débouchent sur des décisions qui vont dans le bon sens d’une intégration plus poussée, mais avec un rythme et une ampleur beaucoup trop faible.

Dans ce contexte, la France souffre. Fait-elle moins bien que les autres? Notons d’abord qu’elle ne fait mieux sur aucun point. La lecture des chiffres de l’Insee donne le bourdon: les indicateurs sont «au point mort», «atone», «en repli », «en nouveau recul».

La consommation n’a échappé au désastre qu’à cause de la rigueur de l’hiver qui a forcé à remonter le chauffage dans les logements (+5% pour les dépenses des ménages en énergie). Les ventes de voitures donnent la tendance: -5,8%. Comme ailleurs en Europe, les entreprises n’investissement pas (-0,8% après -0,7% au dernier trimestre de 2012). Les raisons sont celles des autres pays européens: débouchés maigres et capacités en excès.

Mais la question de Jean-François Copé se pose ici et sans doute uniquement ici: les décisions prises par le gouvernement depuis un an (pour les résumer, la fiscalité accrue et les attaques verbales d’un Montebourg),  provoquent-elles une «grève des investissements» de la part des chefs d’entreprises? Au-delà de la panne normale, comme ailleurs en Europe, y a-t-il un blocage spécifiquement français dû à des choix socialistes anti-business? Le recul des investissements au quatrième trimestre dans la zone euro a été de -1,7%, et de -0,7% en France: jusqu’à l’entrée dans cette année, on ne note pas de «grève» spéciale en France, sous réserve d’examen plus approfondi. Pour 2013, il faut attendre les statistiques des autres pays.

Il faut souligner une faiblesse française particulièrement inquiétante: l’exportation fléchit toujours et très vite -0,5% au premier trimestre après -0,7% le précédent. Sans doute la faiblesse des débouchés européens l’explique-t-elle. Mais il faut aussi y voir que la compétitivité des entreprises ne se relève pas. Et la faute en revient cette fois sûrement à François Hollande malgré le CICE (crédit d’impôt), mais aussi à ses prédécesseurs depuis dix ans. Jean-François Copé n’ignore pas que Nicolas Sarkozy n’a pas un bon bilan sur ce point.

Quoi qu’il en soit, la France est désormais en récession et elle le sera encore au deuxième trimestre. Le recul de ce début d’année, même s’il y a rebond par la suite, fera que le PIB du pays aura rétréci de 0,2 à 0,4% sur l’ensemble de 2013, selon les différentes  prévisions. Et, du coup, sur une pente aussi mauvaise, 2014 ne sera pas l’année d’une franche et grande reprise. La stratégie de François Hollande qui est d’attendre cette reprise est prise en défaut.

La politique économique française est donc, elle aussi, interpellée. Le temps accordé par Bruxelles sur le retour à 3% de déficit renvoyé à 2015 n’est pas du temps gagné sur les réformes, au contraire. Il faut maintenant accélérer sur toutes les mesures qui dopent le «potentiel» du pays: la concurrence, le marché du travail, les nouvelles technologies. Ce qui a été fait est loin d’être à la hauteur du problème. Sur la lancée actuelle, le pays risque de plonger dans «l’enfer du sud» où sont tombés les autres pays méditerranéens: la récession réduit les recettes des ménages, des entreprises et de l’Etat, tout se rétracte et tout empire. François Hollande est face à une situation économique et sociale pire qu’il l’avait jamais imaginé. C’est le moment de réagir.

Eric Le Boucher

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Cofondateur de Slate.fr
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