Sports

Sportifs de haut niveau: comment préparer «l'après»?

Catherine Bernard, mis à jour le 04.06.2013 à 15 h 59

S'il n'est pas facile pour les sportifs de haut niveau de concilier sport et études, trouver un travail se révèle encore plus ardu: même les plus brillants à l'école ont parfois du mal à trouver leur voie.

Un membre de l'équipe de France de handball, à Vienne, en 2010. REUTERS/Murad Sezer

Un membre de l'équipe de France de handball, à Vienne, en 2010. REUTERS/Murad Sezer

«Finalement, l'école c'était plus simple. Quand on rentre dans le monde du travail, cela devient plus difficile»: Léonore Perrus, ancienne championne d'escrime, sait de quoi elle parle. Malgré des études brillantes menées de front avec sa carrière sportive (un bi-deug histoire-science politique, une licence d'histoire, un diplôme de Science Po Paris), elle a mis beaucoup de temps avant de décrocher un poste: assistante  chargée de projet à la fondation du football, dépendant de la FFF, où elle travaille, notamment, sur des programmes éducatifs.

Elle n'est pas la seule: bien sûr, quelques ex-champions finissent par se reconvertir avec succès dans la politique, tels David Douillet, Jean-François Lamour, ou encore Guy Drut. D'autres deviennent rapidement consultants pour la télévision ou la radio, ou bien icône marketing de grandes marques. Enfin, une bonne partie des ex-sportifs de haut niveau restent tout simplement dans le monde du sport, devenant entraîneur, professeur de sport ou d'EPS. Certains par vraie vocation, d'autres par défaut.

Mais la majorité des autres connaît une vraie traversée du désert. Certains, tout simplement, n'ont rien préparé ou se rendent compte que leurs études ne correspondent en rien à leurs souhaits réels. Autre difficulté: bien souvent, les champions entrent dans la vie active alors même qu'ils sont encore en pleine quête de médailles. Impossible donc de prendre un travail à plein temps, ou de s'y investir à 150% comme l'exigent souvent les postes de responsabilité.  Et pour ceux qui peuvent se permettre d'attendre quelques années, la rupture n'est pas plus simple à gérer: «Avoir un diplôme de kiné ne suffit pas. Kiné, c'est un métier qui s'apprend d'abord en le pratiquant», estime Sandy Morin, ex-championne de tir.

Peu de stages, d'expériences, de réseau

Autre désavantage: le champion, bien souvent, vit cen circuit presque fermé pendant des années, ne nouant que très peu de liens pendant ses études, surtout s'il les fait à distance. Mais même s'il fréquence les bancs de la fac, «il passe à côté de toute la vie étudiante, des fêtes, du travail associatif», constate Léonore Perrus. Résultat: il lui est ensuite plus difficile de compter sur un réseau hors-sport quasi-inexistant.

Même chose pour les stages: le sportif en fait bien moins, occupé qu'il est par son entraînement et ses grandes compétitions. Il n'a donc que peu d'expérience de l'entreprise, ou alors, une expérience un peu trompeuse: «Il fréquente souvent les directeurs généraux ou les directeurs de la communication, mais pas les DRH», note Jean-Luc Sadik, président de TPS Conseil et spécialiste des rencontres entre le sport de haut niveau et l'entreprise. Sébastien Flute, champion olympique de tir à l'arc à Barcelone (en 1992) à tout juste 20 ans, en témoigne:

«Mon premier contact avec le monde de l'entreprise, c'étaient les partenaires qui me finançaient, autrement dit les dirigeants et les gens de la communication.» 

Des contacts de haut niveau certes, mais qui cessent aussi vite que les médailles et qui n'ont pas empêché Sébastien de se retrouver désemparé lorsqu'il a arrêté sa carrière après les jeux de Sydney. Resté huit mois sans partenaires, il a dû prendre des décisions: finalement, il a créé une gamme de matériel pour son sport, avant de fonder sa propre entreprise dans le secteur il y a quelques années. 

Bref, «le sportif n'est pas une force de travail immédiate, et son plamarès ne compense pas l'expérience professionnelle», conclut Léonore Perrus. Difficile à accepter pour ceux qui ont connu l'ivresse des réussites et se retrouvent tout à coup à nouveau débutants.

Le sportif, pourtant, a des qualités très recherchées dans le monde du travail: «Il sait gérer les très hautes doses de stress», assure ainsi Frédérique Quentin, ex-athlète de haut niveau spécialiste du 800 et du 1.500 m, désormais cadre à la Fondation de la Française des Jeux. Il rechigne aussi à abandonner, et cherche en général par tous les moyens à faire avancer un projet qui semble bloqué. Il fonctionne aussi beaucoup, justement, sur le mode «projet», ce mot si en vogue désormais dans les entreprises.

«Bref, il est une bête curieuse que l'entreprise aime bien challenger.»

Certains, du reste, y réussissent très bien: Stéphane Caron, ex-champion de natation, travaille aujourd'hui dans la finance à Londres, par exemple. D'autres ont des parcours plus modestes, mais néanmoins vraiment étonnants: tel le gymnaste Benoît Caranobé, devenu propriétaire d'une cave à vin en banlieue parisienne!

Catherine Bernard

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