Comment concilier sport de haut niveau et école

Les membres de l'équipe de France féminine de gymnastique pour Londres 2012, à l'Insep le 16 juillet 2012. REUTERS/Charles Platiau

Les membres de l'équipe de France féminine de gymnastique pour Londres 2012, à l'Insep le 16 juillet 2012. REUTERS/Charles Platiau

La tâche n'est pas simple. Cependant, de plus en plus de cursus spécifiques sont mis en place.

Depuis l'âge de 10 ans ou 12 ans, ils passent plusieurs heures par jour à taper dans la balle, pédaler, courir, nager, ou encore batailler sur un tatami. Sans compter les multiples compétitions qui monopolisent leurs week-ends et une bonne partie de leurs vacances. Contraints par le temps, bien plus soumis à la pression sportive qu'à celle de l'école, les sportifs de haut niveau qui n'entendent pas renoncer aux études n'ont pas la vie facile. C'est à ce thème, notamment,  qu'étaient consacrés les récents Entretiens de l'Insep intitulés «Regards de sportifs(ves) sur leur carrière». 

Benjamin Brossier, 19 ans, pongiste, a en la matière un cursus tout à fait représentatif: dès la fin du CM1, il a dû faire une croix sur sa vie d'écolier traditionnel. Son CM2, il l'a certes effectué dans une école «classique», mais, déjà, loin de chez lui, hébergé par une famille d'accueil.

Son jeune collègue Andréa Landrieu, 17 ans, lui aussi pongiste, a quitté les bancs de l'école dès le collège, avec deux années d'études à distance. Accueilli ensuite dans les structures fédérales, l'adolescent a été bien heureux de «retrouver enfin une vraie classe»

Aujourd'hui à l'Insep, où les horaires sont aménagés, il étudie en première S et espère décrocher un bac avec mention pour intégrer une école d'ingénieurs. Une ambition qui ne va pas de soi, puisque le jeune homme, sous statut professionnel, gagne déjà sa vie grâce à son sport. D'autres, sans nul doute, éprouveraient bien du mal à ne pas se laisser aveugler par cette situation tout à fait inhabituelle chez des jeunes de leur âge. 

Après le bac, une parenthèse

L'affaire se corse encore après le bac. C'est le temps, souvent, du début de la maturité sportive, des grandes compétitions internationales, de ces étapes que le sportif ne saurait manquer. Comment alors doser efforts scolaires et sportifs? Comment  bachoter lorsqu'une importante compétition internationale s'approche?

Bien souvent, le «double-projet» (sportif et scolaire) dont l'Insep rebat les oreilles à ses pensionnaires, ressemble plutôt à une succession de priorités qui s'empilent au gré des agendas sportifs. 

Benjamin Brossier, qui a décroché son bac en septembre 2012, se donne ainsi deux ans avant de choisir sa voie: pour l'instant, sa priorité est bien le tennis de table qui, du reste, le fait vivre. Mais il l'assure:

«J'ai toujours aimé étudier,  j'aurai la motivation pour reprendre. Du reste, il est important d'avoir certaines activités intellectuelles à côté de son sport, sinon on s'endort.»

Le choix-même des études n'a pas nécessairement grand-chose à voir avec les motivations profondes des jeunes, qui, du reste, ont rarement le loisir de se poser trop de questions. La grande majorité s'oriente vers les cursus mis en place en partenariat entre les instances sportives et les universités ou écoles.

Cursus Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives), préparations aux concours de professeur de sport, formation au journalisme sportif, DUT de techniques de commercialisation ou cursus Sciences et Technologie, ces formations ont l'avantage d'être dispensées, pour certaines et pour partie, sur le campus de l'Insep, et surtout, d'offrir une modularité dans l'organisation des UV.

Des horaires aménagés

Sandy Morin, championne de tir à la carabine, a ainsi décroché son diplôme de kinésithérapeute en «dédoublant» sa première année. Même ainsi, le cursus est difficile:

«Les plannings de TP changent toutes les semaines, il faut donc en permanence ajuster ses horaires d'entraînement. C'est bien plus simple pour un sport individuel comme le mien que pour un sport collectif.»

Ceux que les formations proposées par l'Insep ne satisfont pas jonglent encore plus. Léonore Perrus, championne d'escrime (6e à Athènes), a ainsi dû abandonner son rêve de suivre un BTS «son» lorsqu'elle a intégré, en Terminale, le Pôle France. Les horaires étaient incompatibles. Alors, elle est allée à la fac, où, en discutant avec les responsables, elle a réussi, en quatre ans au lieu de trois, à  décrocher un bi-deug d'histoire et de science politiques, puis une licence d'histoire. Elle a ensuite intégré Science Po, où, là aussi, elle a négocié un aménagement d'emploi du temps. 

«Tout a été fait pour que cela se passe au mieux pour moi, mais j'ai dû zapper tout ce qui était "annexe": associations, vie de l'école, soirées, etc.»

De plus en plus de grandes écoles cependant mettent en place des parcours spécifiques pour les sportifs de haut niveau. 

Joost Jansen, membre de l'équipe de France de hockey sur gazon, a choisi d'étudier en école de commerce après son BTS management des unités commerciales. Finalement, il a choisi l'EM de Grenoble, qui a mis en place un cursus de niveau Bac + 5 réservé aux athlètes de haut niveau reposant essentiellement sur le e-learning.

«Il faut certes de l'organisation, et être prêt à travailler dès que l'on revient de l'entraînement, mais sans cela, cela n'aurait pas été possible.» 

Science Po Paris a aussi mis en place un cursus réservé aux sportifs: pas de diplôme de Science Po à la clé, simplement des certificats, mais c'est une façon de s'ouvrir à de nouveaux horizons et de ne pas perdre le fil de ses études, tout en prenant le temps de réfléchir à ses véritables souhaits d'orientation. Qui, eux, attendront peut-être la fin de la carrière sportive. 

Catherine Bernard

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