Pourquoi nous mangerons tous des insectes en 2050

Vos grillons, vous les aimez en macarons? Et vos sauterelles, sous forme de farine? Alors que la FAO vient de vanter le rôle des insectes dans la lutte contre la faim dans le monde, retour sur l'énorme marché potentiel que représente cette forme d'alimentation, chez les animaux comme les humains.

Deux milliards d'humains mangent déjà des insectes dans le monde / adambermingham via Flickr CC License by.

- Deux milliards d'humains mangent déjà des insectes dans le monde / adambermingham via Flickr CC License by. -

Le ragoût de sauterelles ou la tapenade de larves ne sont pas pour tout de suite, mais selon la FAO, les humains ne vont pas avoir tellement le choix d'ici peu: «Les produits forestiers, insectes compris, sont essentiels à la lutte contre la faim», a constaté dans un rapport, lundi 13 mai, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.

En 2050, nous serons en effet 9 millards d'êtres humains sur Terre: «sachant que la superficie des terres agricoles a tendance à reculer, il y a un besoin urgent de trouver de nouvelles sources de protéines», explique Patrick Lhomme, docteur en écologie de l'université de Mons en Belgique. Rappelons qu'entre 1967 et 2010, la consommation de protéines animales a augmenté de 87 % dans le monde.

«Riches en protéines, pauvres en graisse», rappelle le chercheur, les insectes pourraient constituer une de ces solutions pour réduire le problème de la faim dans le monde. Selon la FAO, le niveau de protéines des sauterelles est le même que celui d'une pièce de bœuf, à la différence que la production d'un kilo de sauterelles, par exemple, entraîne «très peu de besoins en eau». De la même manière, ils sont économes en nourriture, selon le docteur Lhomme:

 «Pour seulement deux kilos de végétaux, on peut produire un kilo d'insectes, alors qu'il en faut huit pour produire un kilo de viande de bœuf.»

Dans Indiana Jones et le Temple maudit, les scarabées sont un mets de choix.

Un impact écologique incomparable

Comparons l'impact écologique des vers de farine (ou ténébrions meuniers) avec nos sources habituelles de protéines telles que le porc, le poulet ou le bœuf. Les trois tableaux suivants décortiquent l'impact sur le réchauffement climatique, l'énergie consommée et l'espace utilisé pour produire un kilo de protéines: le ver de farine gagne à tous les coups, ou presque.

[Passez votre souris au dessus des barres pour avoir le détail des chiffres]

Production de gaz à effet de serre (en équivalent kg de CO2)

 

Consommation d'énergie (en mégajoules)

 

Occupation de l'espace (en m2)

 
Source: FAO

La nourriture animale en pointe

Ce que la FAO recommande pour les humains, en particulier dans les pays en voie de développement, on l'applique déjà au bétail. Et ça urge: l'Union européenne importe 76 % des protéines destinées à l'élevage, notamment d'Amérique du sud. La France elle, importe la moitié du soja qui lui sert à nourrir le bétail hexagonal depuis le Brésil, un mets de choix soumis aux aléas du marché. Le Dr. Lhomme conseillerait donc plutôt de passer à une nourriture à base d'insectes:

«Au niveau écologique, cela pourrait limiter la surpêche (car moins de protéines de poisson), la déforestation (moins de protéines de soja brésilien), la destruction des milieux (moins d'élevage et donc moins de gaz à effet de serre).»

C'est toute l'idée portée par une société française, Ynsect, qui travaille sur des farines destinées aux animaux à base de scarabée (Tenebrio molitor, notre ver de farine) et de mouche (Hermetia illucens). Son fondateur, Jean-Gabriel Levon, n'exclut pas de passer un jour à la production pour l'alimentation humaine sous forme de farines — plus faciles à intégrer. Pour le moment, l'entreprise travaille sur de la nourriture en poudre destinée à l'élevage de poissons ou de volailles. Une solution qui, pour ne rien gâcher, permettrait donc de faire baisser les importations:

«L'insecte n'est pas la solution miracle mais peut clairement apporter sa pierre en diversifiant les sources d'approvisionnement en protéines et en relocalisant la production près de sa source.»

Et chez les humains?

Plus de deux milliards d'êtres humains utilisent déjà les insectes dans leur alimentation, en Asie, Afrique et Amérique latine. Et dans le monde occidental, on se gavait déjà des larves de scarabées chez les Romains ou les Grecs, à l'heure de l'apéritif.

Aujourd'hui, il existe un double blocage: culturel et gustatif. Depuis une dizaine d'années, les chercheurs européens essayent de produire des farines d'insectes que l'on pourrait intégrer à de la tapenade, des sauces ou des barres énergétiques par exemple. C'est le cas à l'école d'agronomie de Gembloux, en Belgique, qui cherche de nouvelles solutions en la matière. En Chine, où l'obstacle culturel n'existe pas, la production industrielle de ces farines a débuté depuis longtemps déjà.

La France n'est pas particulièrement en avance, mais la situation bouge avec l'initiative de la société toulousaine Micronutris, qui promet du 100% bio et vend des insectes déshydratés tout plats, qui ressemblent moins à des insectes vivants. L'entreprise propose aussi des farines à intégrer dans n'importe quel plat. Mais cela reste destiné à une clientèle, celle du bio, qui est plus sensible à ces problématiques.

En Europe, un problème de taille subsiste, c'est que la diffusion à grande échelle d'insectes dans notre alimentation nécessite une autorisation de mise sur le marché, qui devrait arriver dans un futur proche, estime le Dr. Lhomme. Le ministère de l'Agriculture «suit et étudie ces questions de très près», mais ajoute qu'il est sans doute trop tôt pour réglementer cette filière, par manque de recul. En attendant que la production à l'échelle industrielle ne soit une réalité, les autorités ont décidé de ne pas réglementer la vente et la consommation de ces nouveaux aliments.

Tout comme pour les champignons, «il faut distinguer les espèces comestibles des toxiques, mais c'est pour bientôt», explique le scientifique. En matière de goût aussi, le choix est large: on évoque souvent un parfum de noisette — qui disparaît rapidement en bouche —, mais là encore cela dépend de l'espèce.

Pour une consommation telle quelle, ce sont les orthoptères (grillons, sauterelles et criquets) qui tiennent la corde, car ils sont faciles à cuisiner et prennent facilement le goût des aliments qui les accompagnent. Qui sait, peut-être dans un futur proche posséderons nous tous la bible de la cuisine des insectes, qui nous permettra de nous régaler au dessert de macarons aux grillons.

Pierre Breteau

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Journaliste les doigts dans les données et la main dans le bac. Suivez-le sur +Pierre Breteau. Ses articles
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Publié le 18/05/2013
Mis à jour le 18/05/2013 à 10h52
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