Sports

Quand Wimbledon donne une leçon à Roland-Garros

Yannick Cochennec, mis à jour le 30.09.2013 à 11 h 48

Le tournoi britannique est un modèle à suivre pour son homologue français.

La Reine n'a plus montré le bout d'un chapeau à Wimbledon depuis 1977, date du couronnement de Virginia Wade, dernière Britannique à avoir triomphé sur le gazon du All England Club, cadre de ce qu'on appelle, outre-Manche, «The Championships». Et tout le monde se demande là-bas si Her Majesty fera l'effort d'un nouveau déplacement, 32 ans plus tard, dans l'hypothèse où Andy Murray, certes Ecossais, mais devenu favori de Wimbledon par la grâce de son succès au récent tournoi du... Queen's, serait en finale, dimanche 5 juillet. Un Britannique, vainqueur de Wimbledon, voilà qui ferait vaciller le royaume tout entier dans la mesure où ce n'est plus arrivé depuis Fred Perry en 1936. Une place de finaliste équivaudrait déjà à un séisme de belle magnitude puisque Bunny Austin, en 1938, reste le dernier Britannique à avoir joué le titre devant son public.

Depuis 1977, et l'apparition d'Elizabeth II dans le Royal Box, Wimbledon a bien changé et il n'est pas sûr que la Souveraine reconnaîtra l'endroit. Cette édition 2009 dessine même le nouveau visage d'un tournoi qui reste, aux yeux des observateurs et de la plupart des joueurs, le plus prestigieux au monde. C'est même d'une révolution dont il est question dans cette vénérable institution qu'est le All England Club avec ses quelque 400 membres triés sur le volet du gotha londonien. Pour la première fois, le célèbre Centre Court est, en effet, doté d'un toit rétractable qui sera fermé en cas de pluie et permettra donc la poursuite du jeu. Wimbledon est donc assuré, en principe, de finir dans les temps et n'a plus à redouter, comme en 2001, de voir sa finale reportée au lundi. Plus aucune finale ne sera désormais découpée en tranches comme du «sliced bread» à cause d'une succession d'averses, à l'image de celle de 2008 entre Rafael Nadal et Roger Federer qui s'était terminée à la bougie. Autant dire que les télévisions sont contentes et contentées.

Wimbledon qui est tout sauf une institution immobile n'en est pas restée là au niveau des nouveautés lors de cette cuvée 2009. Un court n°2 flambant neuf de 4.000 places a été, en effet, inauguré et un nouveau court n°3 devrait sortir de terre en 2010. Résultat de ces évolutions architecturales: les allées du All England Club peuvent désormais recevoir 45.000 spectateurs par jour - nombre record atteint lors du début du tournoi qui a commencé lundi 22 juin. Si bien que Wimbledon a toutes les chances de pulvériser son record d'affluence de 2001 et ses 476.000 visiteurs pour seulement 13 jours de compétition (c'est une tradition : on ne joue pas le premier dimanche afin de préserver la tranquillité des riverains du club).

Avec 424 000 entrées payantes (chiffres 2009) et 15 jours de compétition (depuis 2006, l'épreuve s'étale sur trois dimanches), Roland-Garros ne soutient pas vraiment la comparaison, même si l'ajout de cette journée supplémentaire, il y a trois ans, a permis d'entretenir une illusion en trompe-l'œil. En termes de fréquentation, les Internationaux de France sont désormais quatrièmes et largement décrochés par les trois autres tournois du Grand Chelem, l'US Open (720.000 spectateurs) et l'Open d'Australie (603.000) dominant la hiérarchie loin devant Wimbledon et Roland-Garros parce que ces deux épreuves mettent également sur pied des sessions nocturnes.

Pis, et plus grave sans doute dans cette compétition féroce qui existe entre les Grands Chelems, Roland-Garros paraît, aujourd'hui, le tournoi le plus en retard et le plus figé dans son organisation. Wimbledon se modernise et étend sa capacité d'accueil sur les 18 hectares dont il dispose alors que Roland-Garros se retrouve coincé, et au bord de la crise de nerfs, dans ses 8 petits hectares et toujours sans ce toit devenu indispensable à une époque où la télévision fait la loi (ce qui est un peu compréhensible compte tenu des dizaines de millions d'euros qu'elle paie pour s'arroger les droits de diffusion du tournoi). En résumé, Wimbledon a eu des dirigeants visionnaires, ce qui n'a pas été le cas de Roland-Garros qui n'a jamais remplacé Philippe Chatrier, le président de la Fédération Française de Tennis (FFT) le plus emblématique de son histoire, suffisamment brillant pour devenir président de la Fédération Internationale.

Christian Bîmes, son successeur, avait tout misé sur la candidature de Paris 2012 aux Jeux Olympiques pour réussir l'extension des infrastructures de Roland-Garros dans le Bois de Boulogne au-delà du Périphérique, couvert pour l'occasion et pour un coût mirifique, afin de permettre l'acheminement des spectateurs du site actuel vers le nouveau central. Qui aurait été érigé avec un toit évidemment. Le projet a été envoyé au tapis par Londres qui accueillera, «of course», le tournoi olympique de tennis à Wimbledon.

Depuis quelques mois, la FFT et ses dirigeants s'évertuent donc à croire, et s'échinent à faire croire, que Roland-Garros pourrait gagner du terrain du côté de la Porte d'Auteuil localisée à quelque 400 mètres des présentes installations. L'architecte Marc Mimram a même récemment dévoilé un projet architectural qui risque, hélas, de ne jamais voir le jour à cause de l'hostilité des élus parisiens. A commencer par ceux du 16e arrondissement, comme Claude Goasguen, vent debout contre cette prolongation géographique de Roland-Garros. Et on ne parle pas de la vindicte des riverains qui n'ont pas envie de voir leur quartier transformé en vaste chantier pendant de longs mois. On dit que Bertrand Delanoë, qui soutient le projet, n'a pas l'intention de perdre une énergie démesurée à défendre ce qui risque, pour lui, de vite devenir l'indéfendable. La FFT commence même à douter véritablement de la faisabilité de ce nouveau Roland-Garros. A tel point que Jean Gachassin, nouveau président de la FFT depuis février, laisse désormais entendre qu'une délocalisation complète du tournoi n'est plus à exclure ailleurs en région parisienne.

L'US Open, passé de Forest Hills à Flushing Meadows en 1978, et l'Open d'Australie, qui a quitté son stade de Kooyong pour celui de Melbourne Park en 1988, n'ont pas eu à se plaindre de ces déménagements qui leur ont donné l'espace nécessaire dont ils avaient besoin pour grandir. Plutôt que de perdre son temps à ferrailler avec des élus récalcitrants ou à s'engager dans des procédures judiciaires sans fin, il est peut-être l'heure, pour la FFT de se choisir... un autre toit sous peine de voir le fossé se creuser entre Wimbledon et Roland-Garros.

Yannick Cochennec

(Photo: FDWR, Flickr, CC)

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