Culture

Transformers 2: pourquoi tous les robots ne sont-ils pas copains ?

Dana Stevens, mis à jour le 26.06.2009 à 12 h 56

«Transformers: Revenge of the Fallen» (Paramount Pictures), la nouvelle massue avec laquelle Michael Bay compte enfoncer les spectateurs dans leur siège, est la «reductio ad absurdum» du blockbuster estival. C'est bruyant (boum!), long (deux heures et demie!), incohérent (une guerre intergalactique à laquelle on ne comprend rien!), vaguement libidineux (Megan Fox en short super court!), raciste (des robots qui parlent comme des caricatures de blacks!) et saturé de merchandising (Chevrolet! Hasbro! Le tourisme en Egypte!). Et, sans surprise, Transformers engrangera les spectateurs avec l'efficacité mécanique d'un Decepticon, ces robots maléfiques qui se battent contre les gentils Autobots pendant toute la durée de cet interminable calvaire. Même John Yoo ne pourrait pas écrire un mémo justifiant les tourments que le film inflige à son public, mais des dizaines de millions de personnes vont faire la queue pour aller le voir ce week-end. Vive l'Amérique.

Je vous explique l'histoire avec la même rigueur que le film. Deux ans après avoir aidé les gentils robots à sauver la Terre de l'attaque des Decepticons, Sam Witwicky (Shia LaBeouf) est redevenu un jeune homme ordinaire qui va entrer à l'université. Il fait ses adieux à son copain Bumblebee, une Camaro jaune qui est en fait un robot chargé de le protéger, et à Mikaela (Megan Fox), sa petite amie échappée d'une couverture de Maxim et qui ressemble à une sorte de Jennifer Connelly surgonflée et surbronzée. Mais, pas de chance, Sam trouve dans un vieux blouson un éclat du Cube, le McGuffin cosmique du premier épisode. Saloperie d'éclat! Sans toi, les Autobots et les Decepticons n'auraient pas été forcés de s'en mettre à nouveau plein le radiateur. Et ce film n'aurait jamais existé.

Le contact avec le dit éclat donne des visions à Sam, qui se met à dessiner des symboles runiques sur les murs de sa chambre universitaire. On sent bien qu'il est censé accomplir quelque chose qui devrait aider le gentil Optimus Prime (doublé par Peter Cullen) à mater une révolte menée par un vieil adversaire, Fallen (doublé par Tony Todd). La mythologie de cette inimitié ancestrale est abondamment illustrée par des nombreux flash-backs explicatifs plutôt bien faits. Mais le minimum que Michael Bay aurait pu faire pour clarifier les choses est de différencier visuellement les robots ! Des brassards ? Des chemisettes personnalisées ? Des badges «Bonjour, je m'appelle...»? Parce que là, ces gros tas de pièces détachées sont tellement inexpressifs qu'on oublie rapidement qui vient de lancer un bout de la Grande pyramide sur qui.

Un film tiré d'une ligne de jouet

Le premier Transformers se rapprochait lui aussi de la séance de coups de marteau sur la tête. Mais au moins, il connaissait sa place dans l'échelle des valeurs de la culture de masse: c'est un film tiré d'une ligne de jouet! Conscient de cela, ce premier opus considérait encore les Autobots comme les jouets fantastiques de son héros adolescent. Dans «Revenge of the Fallen», Michael Bay renonce à la moindre distance avec son sujet et nous inflige des répliques pompeuses et prévisibles («Si Dieu a créé l'Homme à son image, qui les a créés, elles ?») qui alternent avec un humour affligeant (le robot miniature vient se frotter contre la jambe de Megan Fox, les robots-blacks parlent comme dans le ghetto, je vous épargne le reste).

Quand Optimus Prime lui demande d'aider les Autobots, Sam commence par refuser de s'engager («Ce n'est pas ma guerre» répond-il, inspiré). Bien sûr, il finit par comprendre l'importance de cette guerre... mais il est bien le seul. Le spectateur, lui, regarde tout ça de très loin. Aussi longue qu'assourdissante, la bagarre finale entre Jetpack et Camshaft, si c'est bien comme ça qu'ils s'appellent, prend place dans l'univers abstrait du blockbuster numérique, qui ne laisse nulle place à l'identification et encore moins à l'émotion. Moi non plus, ce n'est pas ma guerre, et si elle se prolonge jusqu'à l'été 2010, je m'enfuis au Canada.

Cette critique de Dana Stevens, traduite par Sylvestre Meininger, a été publiée sur Slate.com le 24 juin 2009.

crédit: photo officielle du film Transformers 2, Megan Fox

Dana Stevens
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