Monde

Les pays antidémocratiques doivent payer!

Moisés Naím, mis à jour le 20.05.2013 à 12 h 57

Les Etats qui bafouent les principes de base de la démocratie sont de moins en moins inquiétés: le prix à payer est bien faible. Il faut d’urgence renforcer les sanctions contre ceux qui portent atteinte aux libertés.

Mahmoud Ahmadinejad et Nicolas Maduro, mars 2013. REUTERS/Miraflores Palace/Handout

Mahmoud Ahmadinejad et Nicolas Maduro, mars 2013. REUTERS/Miraflores Palace/Handout

Si les autocrates semblent jouir d’une grande impunité, il est étonnant de constater que certains Etats qui revêtent l’habit démocratique continuent de craindre que l’on en découvre les dessous. Ainsi, des régimes autoritaires déploient de formidables efforts pour préserver leur image démocratique: ils se livrent à des manœuvres coûteuses et risquées pour obtenir le «label de qualité» lié à un système électoral reposant sur le «suffrage universel».

Pourquoi, par exemple, Vladimir Poutine a-t-il compliqué à ce point les élections et mis en place cette «alternance» avec Dmitri Medvedev, parmi tout un tas d’autres gesticulations visant se donner des airs de dirigeant démocrate? Pourquoi ne pas tout simplement s’autoproclamer chef de l’Etat et continuer à gouverner sur un mode autoritaire, comme il l’a fait pendant plus d’une décennie?

Ce phénomène existe ailleurs, du Maroc à l’Argentine et de l’Angola au Venezuela, en passant par l’Iran et l’Equateur. Autant de gouvernements qui sont passés maîtres dans l’art de la prestidigitation politique. D’une main, ils focalisent notre attention sur un scrutin ou d’autres rituels démocratiques; de l’autre, ils se livrent à toutes sortes de fraudes pour monopoliser le pouvoir, réprimer leurs opposants et bâillonner leurs détracteurs.

Quelques Etats font tout de même preuve d’un totalitarisme plus sincère, à l’image de la Corée du Nord, de la Biélorussie ou encore de Cuba. Mais ils sont de moins en moins nombreux: en quarante ans, de 1973 à aujourd’hui, le nombre de pays non démocratiques est passé de 69 à 47.

Le point positif, c’est que l’on peut faire pression sur les dirigeants pseudo-démocrates qui entravent les libertés de leurs citoyens. Cette possibilité s’offre aux Etats et aux dirigeants politiques étrangers. Mais ces derniers temps, hélas, bien peu s’en sont saisis.

J’en veux pour preuve la situation de l’Amérique latine. Pendant les dictatures sanglantes qui ont régné dans beaucoup de pays latino-américains durant les années 1970 et 1980, le Venezuela était l’Etat démocratique qui accueillait et protégeait les responsables politiques persécutés par des régimes militaires. A l’heure actuelle, beaucoup de ces anciens réfugiés sont rentrés dans leur pays et occupent des postes haut placés au sein du gouvernement, du Parlement ou de partis politiques. Leur silence devant ce qui se passe au Venezuela est assourdissant.

Mais c’est peut-être la terrible indifférence du Brésil qui retient le plus l’attention. Il ne s’agit pas, pour ce pays, de se poser en gendarme de la démocratie dans cette région du monde, ni d’intervenir de façon arbitraire dans la politique nationale de ses voisins. En revanche, il serait bienvenu que, de temps à autre, il dise quelque chose. Il serait bienvenu que sa politique internationale reflète les valeurs de l’une des plus grandes et des plus dynamiques démocraties au monde. Qu’il exprime publiquement son opinion en tant que pays respecté et influent. En tant que pays dont la classe politique actuelle jouit de l’autorité morale de ceux qui ont vécu dans leur propre chair les conséquences d’une opposition à un régime qui recourait couramment à la répression et au châtiment.

Les démocrates du monde entier, mais en particulier ceux d’Amérique latine, ont été surpris et navrés d’assister au silence fracassant qu’a observé Lula da Silva, pendant ses 8 années de pouvoir, face aux violations criantes des droits de l’homme à Cuba, ou aux atteintes dissimulées à la démocratie imputables à Hugo Chavez au Venezuela, à Rafael Correa en Equateur et à Daniel Ortega au Nicaragua. Nous n’avons pas entendu un mot, pas un seul reproche...

Reste à espérer que Dilma Rousseff prenne une autre attitude. Jusqu’ici, il n’en a rien été. Le Brésil a immédiatement reconnu la victoire de Nicolas Maduro, tout en sachant qu’on pouvait raisonnablement douter de cette issue. Du reste, quelques jours après le scrutin, le Brésil s’est joint à d’autres pays pour exhorter Caracas à réaliser un audit des résultats électoraux. Maduro a accepté un nouveau décompte des voix, mais le Conseil national électoral (CNE) y procède d’une manière tout à fait douteuse.

Un gouvernement certain de l’avoir emporté aux urnes ne devrait pas avoir peur de recompter rigoureusement les suffrages et en toute transparence. En outre, un gouvernement démocratique ne peut pas interdire aux députés de l’opposition de prendre la parole devant l’Assemblée nationale. Et encore moins tolérer que des élus du parti au pouvoir les réduisent au silence et leur infligent, en pleine séance, une volée de coups qui les oblige à aller à l’hôpital.

S’il vous plaît, Madame la présidente Dilma Rousseff, faites-nous part de votre opinion là-dessus.

Moisés Naím

Traduit par Micha Cziffra

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Editorialiste
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