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Le PSG champion de France: l'argent fait le bonheur

Grégoire Fleurot, mis à jour le 13.05.2013 à 15 h 54

Comme Chelsea et Manchester City avant lui, le PSG a gagné son championnat après avoir été racheté par un richissime propriétaire. Mais en football, l'argent met parfois plus de temps que prévu à faire gagner des titres, surtout au niveau européen.

David Beckham et Zlatan Ibrahimovic célèbrent leur titre de champion de France avec le PSG sur le pelouse du Stade Gerland à Lyon le 12 mai 2013, REUTERS/Robert Pratta

David Beckham et Zlatan Ibrahimovic célèbrent leur titre de champion de France avec le PSG sur le pelouse du Stade Gerland à Lyon le 12 mai 2013, REUTERS/Robert Pratta

En battant l'Olympique lyonnais sur le score de 1 à 0 dimanche 12 mai, le Paris Saint-Germain vient de gagner son premier championnat de France depuis 19 ans, et tout le monde s’y attendait depuis le début de la saison. Plus qu’une évidence, c’était même une obligation pour le PSG, qui est devenu il y a deux ans l’un des clubs les plus riches d’Europe quand la famille royale du Qatar, via Qatar Sports Investment (QSI), a racheté le club.

«Encore heureux que le PSG gagne le championnat avec tout l’argent qu’il a dépensé»: si vous passez dans un bistrot / à la cafétaria / cette semaine, vous risquez d’entendre ce genre de phrase, accompagnée des habituelles comparaisons avec Chelsea et Manchester City.

Ces deux équipes anglaises ont en commun avec le PSG d’avoir été rachetées par des propriétaires multimilliardaires (l’oligarque russe Roman Abramovitch en 2003 pour Chelsea, le cheikh émirati Mansour ben Zayed Al-Nahyan en 2008 pour Manchester City) et d’être devenues du jour au lendemain des bulldozers sur le marché des transferts, achetant à coups de millions les meilleurs joueurs de la planète.

Véritables «nouveaux riches» du football européen, ces trois clubs ont aussi attiré les mêmes critiques: ils sont le symptôme de la marchandisation à outrance d’un sport désormais régi par le business. Mais au-delà des considérations morales, une question plus pragmatique se pose: l’argent suffit-il pour gagner des trophées? Et si oui, en combien de temps passe-t-on du statut de club «moyen» à l’échelle européenne à celui de champion?

Des palmarès comparables avant le rachat

Avant leurs rachats respectifs, les trois clubs avaient des palmarès comparables qui leur donnaient une place de clubs moyens dans l’histoire du football européen, même s’il faut garder à l’esprit que le PSG, créé au début des années 1970, est un club très jeune en comparaison de Chelsea (1905) et surtout Manchester City (1880).


Palmarès comparé avant le rachat

Parisiens et Citizens avaient connu les joies d’un titre de champion de première division deux fois chacun, tandis que les Blues n’avaient remporté le titre national qu’une fois. Clin d’œil de l’histoire, les trois clubs avaient comme seul palmarès européen la défunte Coupe des vainqueurs de coupes (deux titres pour Chelsea en 1971 et 1998, un chacun pour Manchester City et pour le PSG, respectivement en 1970 et 1996). Seule la Coupe de France départageait clairement le PSG (huit victoires) des deux clubs anglais (trois FA Cup pour Chelsea, quatre pour Manchester City) avant leurs changements de pavillon.

PSG, Manchester City et Chelsea, un monde à part

Le PSG, Manchester City et Chelsea ne sont pas les seuls clubs européens à être passés sous contrôle de nouveaux propriétaires richissimes depuis la fin des années 1990. Le businessman égyptien Mohamed al-Fayed a racheté le club londonien de Fulham en 1997, l'Américain Malcom Glazer a fait de même avec Manchester United en 2005.

Lakshmi Mittal, un des hommes les plus riches du monde, est un des principaux actionnaires du club anglais des Queen’s Park Rangers (QPR) depuis 2007. Le millionnaire et membre de la famille royale qatarie Abdullah bin Nasser Al-Thani a investi en 2010 dans le club espagnol de Malaga. En décembre 2011, l’homme d’affaires russe Dmitry Rybolovlev, 100e fortune mondiale, est devenu actionnaire majoritaire de l’AS Monaco.

Mais aucun de ces hommes d’affaires n’a investi de sommes comparables à celles injectées dans les trois clubs qui nous intéressent (l'AS Monaco semble néanmoins bien parti pour rejoindre le club des très gros acheteurs cet été). Depuis l'investissement de Lakshmi Mittal, QPR n'a par exemple pas fait de folies: son plus gros achat ne s’élève «qu’à» 12,5 millions de livres (14,8 millions d’euros). En comparaison, Chelsea avait acheté la star espagnole Fernando Torres pour 50 millions de livres en 2011.

Fièvre acheteuse

Comme tout nouveau riche qui se respecte, nos trois clubs ont dépensé des sommes colossales pour se constituer des effectifs de classe mondiale dans les deux ans qui ont suivi leur rachat. Lors de sa première saison sous pavillon qatari, en 2011-12, le PSG a été le club le plus dépensier au monde avec 108 millions d’euros de transferts payés dont 42 millions pour le seul Javier Pastore, battant ainsi le record de transfert pour un club français. Cette année-là, les deux clubs qui complétaient le podium étaient… Chelsea et Manchester City, avec respectivement 102 et 92,5 millions d’euros dépensés. L’année suivante, le club de la capitale est monté d’un cran, dépensant 147 millions lors du marché des transferts estival.


Les dépenses en tranferts lors des deux premières saisons après le rachat, en millions d'euros (les sommes en livres ont été converties en euros avec le taux de change de l'époque)

Avec ce total de 255 millions d’euros, le PSG a dépensé au cours des deux dernières saisons plus que n'importe quel autre club européen. La Juventus de Turin et Manchester United, deuxième et troisième clubs les plus dépensiers sur cette période, on respectivement investi142 et 126 millions d'euros.

Mais le club parisien version qatarie n’égale pas ses prédécesseurs: le Chelsea d’Abramovitch avait dépensé l’équivalent de 313 millions d’euros (177 millions lors de sa première saison et 136 millions lors de sa deuxième), tandis que Manchester City a déboursé 274 millions d’euros (136 puis 138) lors des deux premières saisons de sa nouvelle ère.

Reste à savoir dans quelle mesure les propriétaires du PSG vont continuer leurs investissements dans les transferts et les salaires des joueurs. Si l’on en croit les exemples anglais, tout porte à croire que le PSG va rester un des plus gros acteurs du marché des transferts dans les années à venir. D'autant plus que le business plan du cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani lors du rachat du club prévoyait cinq ans de gros investissements.

The Sun estimait en mars 2012 que Roman Abramovitch avait investit un total de 2 milliards de livres depuis son arrivée à Chelsea à l’été 2003, principalement en salaires et transferts de joueurs, et le club a réalisé le plus gros transfert de son histoire en 2011, soit huit ans après l’arrivée de l’oligarque russe. Manchester City est de son côté resté parmi les plus gros acheteurs du marché des transferts au fil des saisons, dépensant même plus lors de sa troisième année de règne émirati (166 millions d’euros en 2010-2011) que lors des deux premières.

Seul frein possible aux dépenses qataries, l'entrée en vigueur du fair play financier de l'UEFA l'anée prochaine, qui interdira aux clubs de dépenser plus d'argent qu'ils n'en gagnent. Pour contourner cette nouvelle règle, le PSG espère avoir trouvé la parade avec un énorme partenariat d'au moins 150 millions d'euros par an avec Qatar Tourism Autority. Un contrat qui doit encore être validé par l'UEFA.

 

Les titres

En ayant gagné la Ligue 1 après deux ans, les nouveaux propriétaires du PSG sont allés au même rythme que le Chelsea de Roman Abramovitch, qui avait lui aussi échoué à la deuxième place lors de sa première saison avant de s’imposer. Les Qataris sont en revanche allés beaucoup plus vite que leurs homologues de Manchester City, qui ont mis quatre ans à gagner la Premier League, un délai qui peut en partie s'expliquer par le niveau plus élevé du championnat anglais.


Classement en championnat

En Ligue des champions en revanche, objectif affiché du PSG comme de tout club riche et ambitieux, tout le monde est sur un pied d’égalité. Et ce titre suprême s’avère autrement plus difficile à conquérir, même lorsqu’on a de l’argent. FC Barcelone, Inter Milan, Real Madrid, Milan AC, Manchester United... Un simple coup d'oeil au palmarès des dix dernières années suffit pour s'aperçevoir que les vainqueurs sont très souvent des grands clubs historiques qui font partie du gotha européen depuis des décennies. La finale de cette année va opposer deux clubs certes riches, le Borussia Dortmund et surtout le Bayern Munich, mais qui ont des modèles économiques plus durables, sans dettes et avec des sources de revenus variées.

Roman Abramovitch a pour sa part dû attendre sa neuvième saison à la tête des Blues avant de soulever le trophée aux grandes oreilles l’année dernière, après avoir notamment perdu une finale et trois demi-finales. Sur ce tableau, Manchester City est pour le moment en situation d’échec: le club n’a pas réussi à se qualifier pour les huitièmes de finale au cours des deux dernières saisons.

Le PSG peut donc se satisfaire d’avoir atteint les quarts de finale au bout de sa deuxième année sous pavillon qatari, et on peut s’attendre à le voir régulièrement atteindre ce stade de la compétition au cours des prochaines années. Pour ce qui est de la victoire finale, ses propriétaires espèrent bien aller plus vite que Roman Abramovitch. Sinon, ils devront attendre la saison 2019-2020.

Grégoire Fleurot

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Journaliste
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