Art: ce qu'on a pour 500.000 euros, nos conseils à Claude Guéant

Nature morte de Balthasar Van Der Ast (XVIe siècle) partie pour 126.465 euros chez Sotheby's de Londres.

Nature morte de Balthasar Van Der Ast (XVIe siècle) partie pour 126.465 euros chez Sotheby's de Londres.

Investir dans l'art sans s'emmêler les pinceaux ni s'embrouiller avec le fisc.

En dépit des apparences, des prix parfois extravagants dont les médias se font l'écho, des engouements et des spéculations soudaines, le marché de l’art est plus rationnel qu'on ne le croit. Surtout pour les maîtres anciens, même si certains investisseurs particulièrement chanceux, comme Claude Guéant, par exemple, parviennent à réaliser des plus-values assez inattendues.

Comme tous les marchés, mais sans doute plus encore que les autres du fait de la rareté par nature des objets, celui des œuvres d'art anciennes et plus particulièrement des peintures est régi par la loi de l’offre et de la demande. Le prix d'une œuvre est le fruit d'une équation que l'on peut résumer ainsi:

  • Le premier critère est bien sûr le nom de l'artiste, le niveau de reconnaissance, sa réputation auprès des experts.
  • L’authenticité de l’œuvre certifiée est essentielle. Elle l'est par un expert s’il s’agit d’une œuvre ancienne, ou l’inscription dans un catalogue raisonné pour des œuvres plus proches.
  • La provenance a aussi une grande importance. Elle raconte l’histoire d’une œuvre: ses propriétaires passés, son exposition dans des galeries ou des musées pour des rétrospectives par exemple.
  • La «littérature» autour d'une oeuvre a aussi un rôle. Si la pièce a été citée dans de la correspondance, des revues  ou des livres, c'est évidemment un atout.
  • Et puis bien sûr, la taille, l’état ont également leur importance... Sans oublier l'appétit des amateurs, des investisseurs, des collectionneurs qui contribuent à un moment à l’élaboration d'un prix.

Le marché de l’art à un poids financier considérable que peu de personnes imaginent. Selon le dernier rapport publié en mars 2012 par The European Fine Art Foundation (TEFAF), lors de la Foire de Maastricht spécialisée dans les Maitres anciens et les antiquités, il représentait dans le monde 46,1 milliards d’euros de transactions en 2011. Et on peut imaginer qu'il a continué à grossir en 2012.

Si, comme Claude Guéant, vous avez 500.000 euros qui vous embarrassent, que vous aimez l'art et que vous cherchez à faire fructifier votre patrimoine à l'abri des convoitises du fisc, en n'étant pas imposé lors de la revente sur les plus-values, voilà donc quelques pistes à suivre.

Tout d'abord, un avertissement. Si vous êtes novice, il vaut mieux passer par une maison d’enchère réputée. Pourquoi? D'abord, parce que les arnaqueurs existent. Mais surtout, parce qu'une grande maison d'enchère améliore considèrablement la liquidité d'un placement art. Elle sera, en théorie, toujours disponible pour remettre sur le marché la ou les toiles achetées par son intermédiaire.

Une étonnante stabilité

Le marché des maîtres anciens est l’un des moins volatils. Cela s’explique assez facilement. Il est étroit, ne se renouvelle pas par nature, et peu de toiles apparaissent à la vente. Les maitres se trouvent surtout dans les musées du monde entier. En 2009, à la suite de la crise financière née aux Etats-Unis avec l'effondrement des prêts immobiliers dits subprimes, le marché a subi une baisse, pas un effondrement mais tout simplement moins de demande. Tout cela a été vite effacé et depuis 2010 les prix sont repartis à la hausse et ont retrouvé leurs niveaux d’avant la crise.

Richard Feigen, un vendeur privé de New York spécialisé dans la peinture des Maîtres anciens («old masters») l’explique très bien:

«Il n'y a pas de marché grand public pour les maîtres anciens, c'est un marché de professionnels.»

Les prix sont plus faibles que ceux atteints pour les œuvres modernes et contemporaines, mais ils restent stables et il y a un petit nombre d'objets qualité qui arrivent sur le marché.

Maîtres anciens, des valeurs sûres

Ainsi, si vous voulez dépenser vos 500.000 euros en achetant des tableaux de Maîtres anciens pour suivre la recette du succès de Claude Guéant, il vous faudra forcément acheter plusieurs pièces. La dernière vente significative a eu lieu chez Sotheby’s à Londres, qui est avec Amsterdam et la Foire de Maastrich, la place qui dicte la tendance.

Lors de cette vente qui eu lieu le 10 avril,  seuls quatre lots sur 173 ont dépassé les 100.000 euros. Un paysage de moisson de Joos De Momper, un peintre flamand de la toute fin du XVIe vendu 112.427 euros. Trois natures mortes: celle de Balthasar Van Der Ast (XVIe) partie pour 126.465 euros, celle de Joris Van Son, un peintre hollandais du XVIIe dont l’estimation la plus haute était 40.946 euros et qui a créé la surprise en atteignant 129.273 euros. Enfin, ce qui est rare pour cette période, une peintre, Rachel Ruysch, qui a principalement travaillé dans la première partie du XVIIIe siècle, a créé la surprise. L’estimation la plus haute de son œuvre mise en vente (70.193 euros) a été pulvérisée et elle a été acquise pour 157.351 euros. A ces prix, l’acheteur a dû ajouter 20% qui sont les frais payés à la maison d’enchère.

Tableau de Rachel Ruysch.

Ces montants non négligeables sont somme toute modestes si on les compare aux prix atteints par les œuvres des Impressionnistes et de l'Art Moderne. Ici on pourra bien plus facilement trouver des œuvres dont les prix sont de l'ordre de 500.000 euros.

Impressionnistes et Art Moderne, des cotes plus élevées

Le marché de l'art moderne est bien plus complexe et difficile que celui des Maîtres anciens. Les acheteurs sont extrêmement pointilleux et ne s’intéressent qu’aux œuvres de très grande qualité dont la provenance est irréprochable.

Dans notre enveloppe et en consultant les résultats de la vente du 6 février dernier à Londres, on trouve toujours chez Sotheby’s, une Nature Morte Cubiste de Maria Blanchard, une artiste espagnole du début du XXe qui a été vendue 418.543 euros ou une gouache signée Marc Chagall Le Loup et la Cigogne d’après les fables de la Fontaine qui est partie à 446.349 euros.

Femmes au Bain de Edgar Degas.

Maintenant, il faut savoir que plus les montants sont importants, plus le nombre d'acheteurs potentiels se réduit et plus il devient parfois difficile de revendre la pièce. Ainsi lors de la vente du 6 février, deux lots n’ont pas trouvé preneurs, il s'agissait pourtant d'œuvre de peintres connus et reconnus. C'est le cas de Femmes au Bain de Edgar Degas dont l’estimation la basse était de 405.508 euros avec une provenance bien documentée et de La Maison de Piette à Montfoucault, une jolie maison dans la verdure de Camille Pissarro, estimée entre 405.508 et 521.368 euros.

L'art contemporain, pour les joueurs

L’art contemporain est le marché à éviter si vous n'êtes pas un expert. Le marché est très irrationnel, en proie aux modes et parfois aux distorsions plus ou moins organisées. Un investissement conséquent aujourd’hui ne vous garantit pas de rentrer dans vos fonds d’ici quelques années, si vous décidez de vendre. Le marché se décompose en deux segments: de l’après-guerre aux années 1980 et l’ultra contemporain. Le premier segment est un terrain un peu moins mouvant.

Chez Christie’s lors des ventes de novembre 2012, un Untilted de Jean-Michel Basquiat de 1983 est parti pour 526.110 euros; un Mao d’Andy Warhol vert, datant de 1974 pour 582.270 euros; le cheval rouge de l’artiste américaine Susan Rothenberg, Mukahara  a été vendu pour 782.500 dollars ou l’encre sur papier de 1945 Untitled de Barnett Newman, peintre abstrait américain pour 578.500.

Untilted de Jean-Michel Basquiat.

Pour l’ultra contemporain, deux lots ont approchés les 500.000 euros lors de la vente du 15 novembre 2012. S & M de Dan Colens, datant de 2010 réalisées avec des chewing-gum collés sur une toile vendue avec certificat d’authenticité signé par l’artiste est parti pour 442.828 euros tandis que Selbstportrait, un autoportrait du peintre allemand Anselm Kiefer, datant de 1995 a été vendu 415.771 euros.

Dans les périodes troublées et pas seulement, l’art est certainement une valeur refuge. Le très haut de gamme se vend et se revend très bien et s'adresse à une clientèle d'amateurs et d'investisseurs très fortunés dont le nombre ne cesse d'augmenter sur tous les continents par la grâce de la mondialisation. Dans l'art comme ailleurs, l'argent va à l'argent. Il est aujourd'hui plus difficile de vendre une pièce à 20.000 euros qu’à 2 millions d’euros... ou 500.000 euros.

Anne de Coninck