Economie

En Grèce, espoir comptable et désespoir social

Pavlos Kapantais, mis à jour le 03.05.2013 à 9 h 17

L'Etat grec est enfin en train de redevenir solvable. Mais le pays va connaître en 2013 sa sixième année consécutive de récession et la paupérisation est massive.

Devant le Parlement, place Syntagma à Athènes, le 1er mai 2013. REUTERS/Yannis Behrakis

Devant le Parlement, place Syntagma à Athènes, le 1er mai 2013. REUTERS/Yannis Behrakis

Au premier trimestre 2013, la Grèce a dégagé un excédent primaire de 508 millions d'euros. Si la nouvelle n’a pas fait la une des journaux européens, elle est pourtant d’une importance non négligeable. Cela signifie que, si on ne comptabilise pas l'argent qui est comptabilisé pour le remboursement de la dette, le pays a (enfin) plus de recettes que de dépenses. Pour le grand public, cela peut sembler dérisoire au premier abord (la réalité étant que le pays doit continuer à rembourser ses créanciers) mais il s'agit en fait, d'une réelle révolution. 


Trois ans après avoir été le premier pays européen à avoir demandé l’aide de la troïka Commission européenne/FMI/BCE pour ne pas faire faillite, la Grèce peut enfin se targuer d'avoir réussi à atteindre un des impératifs économiques majeurs pour tout pays sous perfusion financière. 


Comment cela a-t-il été possible? En trois ans (la première série de mesures d’austérité a été voté en mai 2010), les salaires des fonctionnaires et les retraites ont été revus à la baisse à sept reprises, la TVA revue à la hausse trois fois, et le nombre de fonctionnaires a diminué de plus de 100.000 en instaurant la règle d’un seul remplacement pour cinq départs à la retraite. En chiffres bruts, entre 2009 et 2012, les dépenses de l’Etat ont diminué de 27 milliards d’euros et le gouvernement grec s’est engagé auprès de ces créanciers de couper encore 12 milliards dans son budget à l’horizon 2014.

En d’autres termes, si les créanciers du pays font eux aussi un nouvel effort, le pays deviendra réellement solvable. Ce qui est depuis le début de la crise grecque le but affiché tant par la troïka que par les trois Premiers ministres grecs  (Papandréou, Papadimos et aujourd'hui Samaras) qui se sont succédés à la tête du pays depuis le début de la crise.

La junte des colonels plébiscitée

Au niveau comptable donc, Wolfgang Schauble, ministre des finances d'Angela Merkel, ne s’est pas trompé en déclarant il y a quelques jours que «la Grèce est un exemple de sauvetage réussi». Mais, évidemment, il y a aussi le revers de la médaille. Il est on ne peut plus sombre. La Grèce connaîtra en 2013 sa sixième année de récession consécutive, du jamais vu depuis l'Allemagne des années 30. En trois ans de crise et d’austérité, le chômage est passé de 11% à 27% et celui des jeunes de 22% à 59%. Cet hiver, plus de 70% des ménages n'ont même pas mis du fioul pour se chauffer, une nouvelle taxe à la consommation ayant doublé son prix. 


Les faits divers sordides qui illustrent la profonde paupérisation de la société se multiplient de manière inquiétante. Exemple, au combien tragique, il y a dix jours une dame de 70 ans a essayé de braquer un magasin avec son couteau de cuisine. Une fois arrêtée par les forces de l'ordre, on a appris qu'elle souffrait de graves problèmes cardiaques et sans le sou, elle ne pouvait pas payer ses médicaments (la sécu ne couvrant que 75% du prix).

Encore plus étonnant, un récent sondage démontre que pour 30% des Grecs, la junte des colonels apparaît aujourd'hui comme une période où «les choses allaient mieux». 
Si le gouvernement Samaras arrive encore à tirer son épingle du jeu, les sondages le donnent encore au coude à coude avec le Syriza (gauche radicale), comme ce fut le cas aux dernières élections qu'il remporta in extremis; c'est aussi parce qu’il a convaincu près d'un quart de l'opinion publique qu’éventuellement, tous les efforts faits par le peuple ne seront pas vains.

En effet, selon Yannis Stournaras, le ministre des Finances, l'accord passé avec la troïka prévoit que, si la Grèce réussit à dégager un excédent primaire, un nouvel effacement de la dette aura lieu, après négociations. Ceci est un aspect de l'accord assez peu connu en Europe. En effet, dire aux contribuables européens que «si le sauvetage est une réussite, on devra encore payer!» n'est probablement pas la manière idéale pour convaincre des opinions publiques déjà très réticentes à payer pour le «patient grec» que le sauvetage de la Grèce est une bonne chose pour eux... 

Virage timide vers la relance

On peut donc sans aucun doute être sûrs, qu'aucun nouvel accord sur la question ne sera mis en place avant les élections  allemandes, prévues fin septembre. Si cela se réalise, l'immense espoir de la société  grecque dans son ensemble est que le gouvernement utilisera sa nouvelle marge de manœuvre pour mettre fin au tout-austérité et mettre en place une véritable politique de relance.


Pour le moment, le gouvernement a déjà donné quelques signes d’un premier virage timide dans cette direction en annonçant une baisse de 15% pour la nouvelle taxe sur l’immobilier mis en place depuis deux ans et aussi une allongement de trois mois pour l’allocation chômage des moins de 29 ans. De plus, à partir du 1er juin, la TVA sur la restauration devrait être revue à la baisse; la coalition gouvernementale voulant ainsi donner un coup de pouce supplémentaire au secteur touristique, phare de l’économie grecque et un des seuls secteurs d’activité à ne pas avoir trop souffert de la crise.

Cependant, même si l’espoir d’un changement des politiques économiques menées existe bel et bien, le contexte social général fait que cela a été plus perçu par la population comme un coup de communication que comme un réel changement de cap. Le fait qu'Antonis Samaras ait déjà promis de mettre fin à  l’austérité et de faire une politique de relance pendant sa campagne électorale victorieuse de juin 2012 est aussi un facteur majeur de ce scepticisme. En effet, une fois élu, il a immédiatement fait voter de nouvelles mesures d’austérité...

Dans la conscience populaire donc, cette éventuelle embellie reste bien théorique et très dépendante de la bonne volonté de ses partenaires. Ce n’est pas un hasard si malgré toutes ces avancées comptables, 76% des grecs déclarent que la politique gouvernementale fait fausse route (sondage VPRC publié le 27 avril).


En attendant donc de voir dans les mois qui viennent ce qu’il en est réellement, les Grecs peuvent continuer de se souvenir et de mettre en pratique les enseignements des philosophes stoïciens: «Supporte tous les maux sans être troublé et abstiens-toi de tous les plaisirs». On s'éloigne sans doute des idéaux qui ont bâti l’Union européenne!

Pavlos Kapantais

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