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Pourquoi le monde a peur quand l'Iran tremble?

La centrale de Bushehr, 2010. REUTERS/Raheb Homavandi

La centrale de Bushehr, 2010. REUTERS/Raheb Homavandi

A cause de la centrale nucléaire de Bushehr.

En moins d'un mois, l'Iran a été frappé par deux forts séismes d'une magnitude de plus de 6 sur l'échelle de Richter. Si les Iraniens s’inquiètent de l’organisation des secours, du côté des voisins du Golfe, la crainte vient surtout de la centrale nucléaire de Bushehr.

Les kilomètres parcourus par les secousses successives de ces dernières semaines ont rappelé la proximité géographique de l'Iran avec les monarchies du Golfe. L'épicentre du séisme qui a fait trembler le sud de l'Iran le 9 avril avec une magnitude de 6,3 ne se trouvait qu'à 89 kilomètres de la centrale de Bushehr.

Les monarchies du Golfe craignent une contamination si le réacteur venait à émettre des fuites. En cause, les vents dominants de la région qui soufflent en direction de Doha au Qatar et des principaux ports des Emirats Arabes Unis. Les six pays membres du Conseil de coopération du Golfe se sont donc réunis en urgence le 14 avril 2013 pour discuter des risques de fuites qui pourraient s'épandre dans le Golfe arabo-persique si la centrale venait à être endommagée par un nouveau tremblement de terre. Ils ont exhorté l’Agence internationale de l’énergie atomique d’envoyer une équipe pour inspecter les dégâts éventuels.

A-t-on de vraies raisons de s'inquiéter?

Aucune trace de radiation n'aurait été mesurée jusqu'à présent et le constructeur russe, Atomstroïexport, promet que la centrale n'a subi aucun dégât. Le réacteur du Bushehr, dont la construction a été achevée en 2010, a été conçu pour résister à un tremblement de terre de magnitude 6,7 sur l'échelle de Richter. Le tremblement de terre du 9 avril 2013 a atteint une magnitude de 6,3!

Pourtant, d'après le site iranien Jahanews, les craintes seraient infondées puisque le site d'implantation de la centrale aurait été choisi en accord avec les experts internationaux. Le média iranien, plutôt proche des conservateurs, rappelle que la construction de la centrale a été amorcée en 1975, sous le règne du Shah d'Iran, et qu'à l'époque le lieu d'implantation du réacteur atomique n'avait posé aucun problème aux pays voisins et occidentaux –soulignant là le caractère politique des réserves émises sur la sécurité du site nucléaire.

L'histoire du réacteur de Bushehr reste tumultueuse, sa construction est passée de main en main sur les 35 dernières années. Ce qui en fait un objet unique en son genre. D'abord initiée par l'allemand Siemens en 1975, interrompu par la Révolution islamique puis la guerre Iran-Irak, la construction a été reprise par les Russes d'Atomstroïexport en 1995, et elle devrait passer aux mains des techniciens iraniens d'ici 2014.

Aucun risque de tsunami...

Une reprise prématurée d'après Ali Vaez, expert de l’Iran à l'International Crisis Groupe –financé à plus d'un tiers par les gouvernements occidentaux et le Qatar. Si les actuels constructeurs russes et les autorités iraniennes ont tenté d'apaiser les craintes après le séisme de Bushehr, c'est loin d'être rassurant pour cet expert qui rappelle que les sanctions internationales prises à l'encontre de l'Iran privent le pays de toute aide extérieure concernant le domaine nucléaire. C'est ainsi que les scientifiques iraniens se voient interdits de participer aux séminaires d'experts internationaux en sécurité nucléaire.

On peut se rassurer en se disant que la centrale de Bushehr pourrait difficilement connaître le même sort que la centrale de Fukushima.

D’abord, la probabilité d’un tsunami y est inexistante. Ensuite, un séisme de magnitude 9 est une centaine de fois plus puissant qu'un tremblement de terre de magnitude 6 sur l'échelle de Richter. Un phénomène qui ne se produit qu'une fois par siècle et même par millénaire.

Parfois on s'attend à un tremblement de terre et c'est un autre qui nous tombe dessus. En Iran, le plus grand danger reste donc celui qu'encourent Téhéran et ses 15 millions d’habitants.

Bahar Makooi

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