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Grippe A: la France ne comptabilise pas tous ses cas

Jean-Yves Nau, mis à jour le 25.06.2009 à 10 h 25

La pandémie ne cesse de progresser dans l'indifférence générale.

La pandémie ne cesse de progresser. Selon le dernier bilan officiel de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) on comptait, mercredi 24 juin, 55.867 cas d'infection dans 109 pays. Quoique généralement peu virulent  le A(H1N1) a fait 238 morts. En deux jours 3.707 nouveaux cas
dont 7 morts supplémentaires, ont été recensés. Les progressions les plus rapides sont observées en Argentine, en Australie et au  Brésil mais aussi au Canada, en Chine et, toujours, au Mexique.

Fait nouveau et potentiellement inquiétant le A(H1N1) est désormais présent en Indonésie, quatrième pays le plus peuplé au monde avec 235 millions d'habitants ou le virus de la grippe aviaire - le A(H5N1) - sévit de manière endémique et où il a tué au moins 115 personnes. Depuis le début de la pandémie les spécialistes redoutent qu'un contact entre ces deux virus grippaux donne naissance à un troisième beaucoup plus virulent que ne l'est l'actuel A(H1N1). Les deux premiers cas de grippe A ont été confirmés le mercredi 24 juin dans l'archipel. Ils concernent un pilote de ligne indonésien qui s'est rendu en Australie et à Hong Kong et une jeune Britannique de 22 ans qui a été  hospitalisée à Bali après être arrivée d'Australie.  

«Honnêtement, je suis très préoccupée par les personnes qui viennent d'Australie, a déclaré Siti Fadilah Supari, ministre indonésienne de la Santé au cours d'une conférence de presse rapporte l'Agence France Presse.. Nous devons être plus vigilants vis à vis des touristes australiens.» Bali, l'île la plus touristique d'Indonésie, a accueilli l'an dernier plus de 310.000 touristes australiens La ministre a précisé que «des mesures spécifiques» avaient été mises en place à l'aéroport international de Denpasar, à Bali, pour contrôler l'état de  santé des passagers.

Et en France? Alors que toutes les mesures de prévention semblaient avoir été prises -et notamment la mise sous Tamiflu des enfants a priori exposés- une bouffée épidémique se développe dans plusieurs classes d'une école parisienne (celle du Cardinal Amette, XVème arrondissement) et un premier dans l'école Dupleix voisine. Le premier cas avait été détecté le 19 juin chez une fillette de 10 ans rentrée le 12 juin d'un voyage scolaire en Grande-Bretagne. Déjà des parents d'élèves estiment que «tout n'a pas été fait pour éviter la propagation de l'épidémie»... Trois cas viennent d'autre part d'être confirmés chez des enfants dans l'école élémentaire du Jeu de Paume à Créteil. La préfecture du Val-de-Marne a décidé de fermer l'école. On ne semble pas savoir, cette fois, d'où vient le virus.

Selon le dernier bilan, en date du 22 juin, la France compte 174 cas d'infection par  le A(H1N1). Mais en est-on si sûr? Certains spécialistes en doutent désormais ouvertement et contestent les choix faits dans ce domaine par les autorités sanitaires. C'est notamment le cas du Pr Antoine Flahault, chercheur en santé publique et spécialiste d'épidémiologie. Ses critiques portent sur la manière dont on définit un cas. Il faut en effet savoir que le dépistage virologique du A(H1N1) ne peut être demandé par un médecin pour une personne présentant les symptômes de la grippe que dans trois situations: la personne rentre de voyage ou a été en contact avec une personne qui rentre de voyage ou lorsqu'on observe ces symptômes chez plusieurs personnes en même temps.

«On ne peut trouver que ce que l'on cherche et l'on ne cherche aujourd'hui, en France, que de nuit et  sous un lampadaire, a expliqué à Slate.fr le Pr Flahault. Si des cas se développent dans l'ombre, sans lien apparent avec un voyage au Mexique, aux USA, au Royaume Uni, au Canada (et la liste s'allonge chaque jour) ils ne sont tout  simplement pas «dépistables». Cela peut selon lui expliquer pourquoi la France a si peu de cas officiellement rapportés, deux fois moins qu'en Allemagne, dix fois moins qu'au Royaume Uni ou en Espagne.

«Vous êtes généraliste de quartier, il ne vous est simplement pas possible de proposer un diagnostic à votre patient qui se demande bien pourquoi, en cette fin du mois de juin il a une grippe carabinée. Circulez monsieur, madame ou mademoiselle ! Vous n'entrez pas dans la définition. Et quand bien même ce patient entrerait dans la définition de cas, le médecin devrait conseiller à son patient d'appeler le 15, et c'est le SAMU qui emmènerait le patient à l'hôpital pour un prélèvement.....

Heureusement, après une campagne quelque peu virulente dans la presse ces derniers jours, le plan s'est adapté un peu, et on laisse retourner à domicile les personnes souffrant de formes bénignes de grippe pour qu'elles y prennent leur Tamiflu prescrit ici à l'hôpital. Car le généraliste ne peut pas prescrire de test de dépistage du virus, pas plus qu'il ne peut donner un masque à son patient suspect, ni prescrire de Tamiflu. Tout doit passer par le 15 dans notre beau pays jacobin. Pour combien de temps ?»

Le Pr Flahault explique que la plupart des autres pays des dispositions différentes ont été adoptées. «Les Etats-Unis, par exemple, sont extrêmement pragmatiques et quasi-opposés à la France, explique-t-il. Ils proposent de tester pour le A(H1N1) toutes les personnes qui ont une affection respiratoire infectieuse aigüe, et précisent que ce n'est pas nécessaire lorsque le diagnostic est évident: lorsqu'il y a eu un contact avec une personne infectée ou chez une personne ed retour d'une zone à risque.»

A la mi-juin une bouffée épidémique d'origine inconnue avait été observée dans la banlieue de Toulouse. Tous les enfants présentant de symptômes avaient alors été hospitalisés. Avant que des spécialistes critiquent à la fois cette débauche de moyens et le risque qu'il y a de faire entrer le virus dans des espaces où se trouvent de nombreux malades. «C'est une épidémie qui n'a pas de raison de nous inquiéter plus que les épidémies de grippe saisonnières que nous connaissons, avait alors déclaré à la presse le Pr Bruno Marchou, chef du service de maladies infectieuses de l'hôpital de Purpan de Toulouse. Il n'y a pas lieu d'hospitaliser tous les cas. A posteriori on se rend compte que les moyens mis en oeuvre étaient disproportionnés, par rapport à la gravité de la maladie». Il semble que l'on a entendu la leçon à Paris où, selon la préfecture les enfants sont «sous traitement à leur domicile». 

Jean-Yves Nau

Crédit photo:  Reuters

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