La corruption n'est pas une exception culturelle française

Valise d'argent (Geldkoffer en néerlandais) avec des euros en chocolat à Francfort, le 4 février 2013. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Valise d'argent (Geldkoffer en néerlandais) avec des euros en chocolat à Francfort, le 4 février 2013. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Comment cela se passe-t-il en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Grande-Bretagne? Petite discussion entre les correspondants européens de Slate, au sujet de la corruption et des différents systèmes politiques et cultures des pays européens.

La «moralisation» de la vie française passe, selon le gouvernement, par plus de transparence. Du coup, vous savez tout des prêts bancaires, des vélos, voitures, ou combi Volkswagen des membres du gouvernement. Est-ce un premier pas vers l'éradication de la corruption? Sommes-nous tellement moins ou tellement plus corrompus que nos voisins? Comment luttons-nous pour devenir meilleurs? Sommes-nous tous-pourris-tous-foutus?

Slate a décidé d’en discuter avec ses correspondants européens. Charlotte Pudlowski pose les questions depuis Paris, Margherita Nasi répond pour l’Italie, Bruno Tur pour l’Espagne, Yann Morell y Alcover pour le Royaume-Uni et Annabelle Georgen pour l’Allemagne.

De: Charlotte
A: Margherita, Yann, Bruno, Annabelle
C'est un peu la déprime là. En France, on se sent un peu tous pourris, côté corruption. Et vous ça va?

De: Margherita (Italie)
A:
Charlotte, Yann, Bruno, Annabelle 

Tu veux rire!! L’année dernière, l’Italie a fêté les 20 ans de Mani Pulite, l’opération «mains propres», censée avoir nettoyé la politique italienne. Ça a été l’occasion de dresser le bilan de la situation depuis cette série d’enquêtes qui avaient mis au jour un système de corruption et de financement illicite des partis politiques. Les résultats ne sont pas glorieux. L’Italie ne semble pas avoir progressé, la situation actuelle serait même pire que lors de la découverte de Tangentopoli, le surnom du système de corruption de l’époque.

Le journaliste Luigi Ferrarella a expliqué comment les personnes concernées par ces enquêtes des années 1990 font toujours partie du paysage politique italien. Un exemple? Umberto Bossi, qui avait écopé de 8 mois de prison lors de Tangentopoli est le président de la Ligue du Nord et a été le ministre des Réformes sous le gouvernement Berlusconi. Beaucoup s’accordent pour dire que Mani Pulite fut une occasion ratée pour l’Italie.

De: Charlotte
A: Margherita, Yann, Bruno, Annabelle
Et depuis, les affaires politico-judiciaires continuent à se multiplier?

De: Margherita (Italie)
A: Charlotte, Yann, Bruno, Annabelle 

Oui. Parmi les scandales récents, on peut citer les scandales autour des administrations régionales. Dans le Latium par exemple, la région de Rome, les conseillers régionaux se sont notamment octroyés des augmentations et ont augmenté les dotations accordées par la région aux partis politiques pour un total de 6 millions d’euros sur 2 ans; l’argent public était dilapidé en dépenses privées. En Lombardie, le conseiller régional Domenico Zambetti aurait acheté son élection à la ’Ndrangheta. Dans les Abruzzes, il y a eu un scandale autour de la gestion du tremblement de terre de l’Aquila.

Il y a aussi, bien sûr, les procès de Silvio Berlusconi, condamné en octobre dernier en première instance à quatre ans de prison pour fraude fiscale. Sans compter que l’ancien Président du conseil est accusé de prostitution de mineure.

Bon, je ne vous raconte pas tout, ça serait trop long.

De: Charlotte
A: Bruno, Yann, Annabelle, Margherita
Ola! En Espagne, la situation est-elle plus rose?

De: Bruno (Espagne)
A:
Charlotte, Margherita, Yann, Annabelle

Pas du tout. L’Espagne connaît elle aussi plusieurs affaires de corruption, qui impliquent des politiques célèbres ou anonymes, des membres de la famille royale, des artistes... La corruption la plus répandue semble être la corruption politique. On parle beaucoup de la droite, mais les affaires n’épargnent pas le PSOE (socialistes). Cependant, 66% des affaires actuellement en cours d’enquête ont été ouvertes en 2012. Il y a actuellement plus de 300 hommes et femmes politiques mis en examen, sans compter ceux qui vont l’être ou ceux qui ont déjà été condamnés. Même dans les affaires de corruption bancaire, qui portent sur la gestion des banques, on retrouve des anciens politiques reconvertis, comme dans Bankia par exemple.

En regardant de plus près, j’ai l’impression que les régions méditerranéennes sont plus concernées: les Baléares, Valence, l’Andalousie. Il y a des affaires retentissantes, comme celle autour de Jaume Matas, l’ancien président des Baléares condamné pour corruption, ou celle de Francisco Camps, président de la Généralité valencienne, qui a dû démissionner de ses fonctions pour de graves soupçons de corruption. Il y a tellement d’affaires nationales, régionales ou locales qu’il serait impossible de toutes les lister ici. Il y en a cependant qui font plus parler que d’autres.

En plein crise économique, et alors qu’ils subissent les politiques d’austérité, les Espagnols sont tellement indignés que même le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, s’est vu obligé d’annoncer un durcissement des lois anticorruption lors du débat sur l’état de la Nation au Parlement, en février dernier. Surtout que son mouvement, le Parti Populaire (PP, droite), fait la une des journaux espagnols avec «l’affaire Bárcenas»: pendant 20 ans, Luis Bárcenas, son trésorier, aurait tenu une comptabilité secrète du parti et versé des «compléments de salaire» non déclarés à des membres du parti, dont Rajoy lui-même, président du PP dès 2004.

Cette affaire, révélée en début d’année, pourrait avoir des liens avec une autre affaire, «l’affaire Gürtel», qui implique également des ténors du PP et dont l’instruction est en cours. Francisco Correa («Gürtel» étant la traduction approximative de «correa», ceinture, en allemand) aurait été à la tête d’un réseau d’entreprises dont le but était de décrocher des contrats publics, contre des cadeaux ou de l’argent, particulièrement dans les communautés autonomes de Madrid, Valence et Galice. C’est en enquêtant sur cette affaire que le célèbre juge Garzón a été condamné pour écoutes illégales.

De: Charlotte
A: Bruno, Yann, Annabelle, Margherita
Et même la famille royale est éclaboussée?

De: Bruno
A:
Charlotte, Margherita, Yann, Annabelle

C’est l’autre affaire emblématique, «l’affaire Nóos», du nom de l’institut dans lequel travaillait Iñaki Urdangarin, médaillé olympique, et surtout mari de la princesse Cristina et donc le gendre du roi d’Espagne Juan Carlos. Il est accusé d’avoir détourné des fonds publics. Mis en examen en février 2012, il a entraîné sa belle-sœur, la princesse Elena, dans sa chute puisqu’elle a été mise en examen à son tour en avril 2013: une première pour la monarchie espagnole, au plus mal.

Mais il suffit de lire les journaux espagnols pour constater la multitude des affaires de corruption, à tous les niveaux. Par exemple, un coup d’œil rapide sur la presse du 16 avril 2013 et on voit, pêle-mêle, qu’Isabel Pantoja, l’une des chanteuses folkloriques les plus connues en Espagne, est condamnée à trois ans de prison pour blanchiment d’argent sale; que Jordi Pujol (ancien président de la région de la Catalogne) et ses fils sont également accusés de corruption; que le président de Galice, Alberto Núñez Feijóo, a été pris en photo sur un yacht, en 1995, en maillot de bain et torse nu, avec le narcotrafiquant Marcial Dorado, qui risque la prison pour blanchiment d’argent sale et fraude fiscale; que la justice met en examen l’ancien maire d’Alicante pour avoir caché 2 millions d’euros au fisc, etc.

***

De: Charlotte
A: Annabelle, Margherita, Yann, Bruno
Merci, la France se sent moins seule. C’est vrai que dans le dernier classement mondial sur la corruption, publié par Transparency International, l’Espagne se classe 30e... L’Italie 72e. Mais l’Allemagne et la Grande-Bretagne, vous, vous êtes 13e, et 17e. Vous avez l’air plutôt cool. (La France est 22e).

De: Annabelle
A: Margherita, Yann, Bruno, Charlotte

Plusieurs gros scandales de corruption ont pourtant ébranlé l'Allemagne durant ces deux dernières décennies, mais le phénomène touche plus le secteur privé. L'affaire Siemens reste la plus célèbre. En 2006, le conglomérat a été accusé d'avoir versé durant des années des enveloppes de plusieurs millions d'euros afin de décrocher de gros contrats internationaux.

On peut aussi citer l'affaire Volkswagen, révélée en 2005. L'ancien chef du personnel de VW avait versé 2,5 millions de dollars de pots-de-vin au patron des syndicats de l'entreprise pour s'acheter son soutien. Une partie de l'argent avait été utilisée pour offrir des séjours à l'étranger à des représentants des salariés dans des hôtels de luxe en compagnie de prostituées.

En 2011, une autre affaire de pots-de-vin, cette fois-ci à la tête de la grande chaîne de magasins d'électronique Media Markt, a défrayé la chronique: deux hauts responsables ont été condamnés par la justice pour avoir empoché quatre millions d'euros en échange de gros contrats d’installation de connexions Internet à haut débit dans leurs magasins.

Plusieurs grandes entreprises allemandes ont par la suite durci les règles de leurs codes déontologiques internes.

Ceci dit, la classe politique n'est pas en reste. Le scandale du financement occulte de la CDU via des comptes secrets en Suisse, qui a éclaté en 1999-2000 sous le gouvernement d’Helmut Kohl, a bouleversé durablement le paysage politique allemand. La loi sur le financement des partis politiques a par la suite été modifiée Les partis sont aujourd'hui tenus de déclarer les dons de personnes privées supérieurs à 10.000 euros.

Plus récemment, c'est l'affaire Wulff qui a défrayé la chronique. L'ancien Président allemand a été contraint de démissionner l'an dernier après que le quotidien Bild a révélé que la femme d'un riche industriel lui avait concédé un prêt à taux préférentiel pour l'achat de sa résidence secondaire. Il vient d'être inculpé pour corruption. Mais sur les 21 charges qui avaient été retenues contre lui l'an dernier, il n'en reste aujourd'hui plus qu'une: Wulff est accusé d'avoir aidé un ami producteur à obtenir des financements pour un projet de film, en échange de quoi ce dernier lui aurait payé une partie des frais d'un séjour à Munich pendant la Fête de la bière en 2008. Coût de la note: 754 euros. L'inculpation de Wulff serait difficilement imaginable en France.

De: Charlotte
A: Yann, Annabelle, Bruno, Charlotte
Ha oui, d’ailleurs je vous conseille l’article de Daniel Vernet, publié sur Slate l’an dernier: les «petites faveurs» dont a bénéficié Wulff passent en France pour des «broutilles».

De: Yann
A: Annabelle, Margherita, Bruno, Charlotte

Au Royaume-Uni, ce sont moins les questions de corruption franche qui posent problème mais plus un sentiment général de collusion entre les élites politiques et du monde des affaires (et surtout de la finance) pour diriger le pays, collusion qui inclut généralement les journalistes.

***

De: Charlotte
A: Margherita, Yann, Bruno, Annabelle
Une étude conduite par Raymond Fisman, sur le Parlement européen, montre qu'un député européen italien est bien plus susceptible de se présenter au Parlement, de signer le registre, d'obtenir ses indemnités, puis de partir sans avoir participé aux sessions parlementaires, bien plus qu'un parlementaire danois par exemple. Et ce manque d'éthique personnelle est corrélé au degré de corruption mesuré dans les pays dont les membres du Parlement sont originaires. Comment s'explique selon vous cette différence d'éthique politique?

De: Margherita
A: Yann, Bruno, Annabelle, Charlotte

Il y a certainement une donnée culturelle. Ou «socio-culturelle», pour reprendre les termes d’un rapport publié en octobre 2012 par le ministère de l’Intérieur italien qui explique que «la diffusion des phénomènes de corruption est moins probable dans ces contextes où les standards moraux, le sens civique, le sens de l’Etat et des fonctionnaires, sont plus élevés».

On peut à cet égard citer l’exemple de l’évasion fiscale, particulièrement élevée en Italie: en 2010, le taux moyen d’évasion fiscale était de 13,5% du revenu déclaré. En moyenne, le contribuable a soustrait 2.093 euros au fisc. La dimension culturelle a un rôle de taille dans l’ampleur du phénomène. «Le point le plus important c’est la légitimation», estime Roberto Ippolito, auteur de Evasori, livre-enquête sur l’évasion fiscale en Italie. Pas étonnant si les fraudeurs se voient attribuer le sobriquet de «furbetti», petits malins.

Même Silvio Berlusconi avait, en 2008, justifié l’évasion fiscale: 

«Si l'Etat demande aux citoyens plus d'un tiers de ce qu'ils gagnent, alors, il est moralement licite de frauder l'impôt.»

Résultat, les citoyens semblent moins enclins à dénoncer les cas de corruption: la croissance du nombre de cas de corruption ne s’accompagne pas d’une augmentation des condamnations, au contraire. Dans l’index de perception de la corruption (de 1 —non corrompu– à 5), les partis viennent en premier lieu (4,4), suivis par le Parlement (4), le secteur privé (3,7) et l’administration publique.

***

De: Charlotte
A: Margherita, Yann, Bruno, Annabelle
Selon Transparency International, un des problèmes de la France, et l’un des enjeux pour lutter contre la corruption, serait de mettre en place davantage de règles de transparence pour encadrer la vie politique et économique, comme rendre publiques les déclarations de patrimoine des élus, de nouveau au coeur de l'actu française. C’est comment chez vous?

De: Margherita
A: Yann, Bruno, Annabelle, Charlotte

En Italie aussi, on préconise davantage de règles de transparence. La nouvelle loi anticorruption prévoit différents mécanismes de transparence, comme l'inéligibilité pour toute personne qui a été condamnée définitivement à une peine supérieure à deux ans. A titre préventif, les fonctionnaires qui dirigent des administrations en contact avec des entreprises privées seront soumis à des rotations régulières, et les dirigeants et employés condamnés pour corruption seront licenciés et devront répondre des dommages subis par l'image de l'administration publique. Enfin la Commission pour l'évaluation, la transparence et l'intégrité de l'administration (Civit) aura un rôle accru et renforcé.

Mais compte tenu de la particularité du phénomène en Italie, la nouvelle loi joue aussi sur le facteur «culturel», par exemple en offrant une tutelle plus grande aux «whistleblowers», c'est-à-dire ceux qui dénoncent des irrégularités au sein de l' organisation qui les emploie. En leur garantissant pour la première fois une protection, le gouvernement souhaite changer l’approche et le regard des Italiens sur le phénomène.

De: Yann
A: Annabelle, Margherita, Bruno, Charlotte

Au Royaume-Uni, les parlementaires (a fortiori les ministres) sont tenus de déclarer leurs intérêts financiers (financial interests), ce qui inclut par exemple les sociétés dans lesquelles ils ont des participations significatives, les ONG dans lesquelles ils sont impliqués, les éventuels salaires/pensions qu’ils perçoivent, leurs biens immobiliers (une description très succincte suffit) détenus en dehors de leur résidence principale, etc. Ils ne sont toutefois pas tenus de communiquer d’informations absolument exhaustives sur l’ensemble de leur patrimoine.

De: Annabelle
A: Bruno, Margherita, Yann, Charlotte

En Allemagne, les membres du Bundestag doivent déclarer leurs intérêts financiers et leurs revenus secondaires lorsque ceux-ci dépassent 10.000 euros par an. Ceux-ci sont publiés au bas de leur biographie sur le site Internet du Bundestag. Ils doivent également déclarer les dons d'argent et les cadeaux dont le montant est supérieur à 5.000 euros par an.

De: Bruno
A: Margherita, Yann, Annabelle, Charlotte

Depuis 2007, les élus municipaux doivent, d’après la loi, rendre public leurs biens ou leurs affaires, mais cette loi est très largement détournée. Le Parlement espagnol va prochainement débattre d’une «Loi de Transparence» très attendue, car l’Espagne est le seul pays européen de plus d’un million d’habitants sans loi encadrant l’accès des citoyens à l’information publique. Mais tant que cette loi n’est pas adoptée, le gouvernement et les institutions publiques n’ont aucune obligation de renseignement.

Plusieurs associations pointent déjà les lacunes du texte déposé au Parlement, car, dans l’état actuel, il permettrait à certaines institutions (partis politiques, syndicats, Maison du Roi) de passer outre. 

***

De: Charlotte
A: Bruno, Margherita, Annabelle, Yann
Un autre reproche fait à la France, par l’OCDE par exemple, c’est notamment d’avoir certes retranscrit les règles internationales en droit français, mais de façon incomplète et peu appliquée. C’est aussi un reproche que l’on vous fait?

De: Bruno
A: Margherita, Yann, Annabelle, Charlotte

Oui, la lutte anticorruption est jugée insuffisante en Espagne, et on lui reproche surtout de ne pas chercher à freiner la corruption de fonctionnaires étrangers par des entreprises espagnoles. Depuis que l’Espagne a adhéré à la Convention anticorruption de l’OCDE, il n’y a eu que 7 enquêtes espagnoles, et toutes ont abouti sur un non-lieu alors que 16 personnes étaient soupçonnées.

L’Espagne a d’ailleurs jusqu’à décembre 2013 pour présenter un projet de réformes, car l’OCDE juge sa situation «assez critique». On lui demande donc de réformer son code pénal et d’appliquer les 24 recommandations qui lui avaient été faites en 2009.

De: Margherita
A: Annabelle, Yann, Bruno, Charlotte

L'OCDE (elle l’a dit dans un rapport) voudrait bien que l’on prolonge le délai de prescription pour les affaires de corruption transnationale, ou que l’on prenne des dispositions pour que les sanctions à l’encontre des personnes physiques et morales soient suffisamment dissuasives. Mais elle met aussi en relief les efforts engagés et a accueilli favorablement les progrès accomplis par l’Italie grâce à la nouvelle loi contre la corruption.

De: Annabelle
A: Yann, Bruno, Margherita, Charlotte

On nous parle de laxisme. Du moins c’est ce que le Groupe d'Etats contre la corruption (Greco), placé sous la tutelle du Conseil de l'Europe, pointe dans son dernier rapport d'évaluation: le laxisme du gouvernement allemand en matière de lutte contre la corruption. Il lui reproche de n'avoir seulement mis en œuvre que quatre des vingt recommandations qu'il lui avait faites, en particulier dans le domaine du financement des partis politiques. Et de n'avoir toujours pas ratifié la Convention pénale sur la corruption, qui se veut un outil «visant à incriminer de manière coordonnée un large éventail de conduites de corruption et d'améliorer la coopération internationale pour accélérer ou permettre la poursuite des corrupteurs et des corrompus».

De: Yann
A: Margherita, Bruno, Annabelle, Charlotte

Le Bribery Act de 2010 est considéré comme l’une des législations les plus complètes et les plus dures en matière de corruption. Il oblige notamment les entreprises commerciales à prendre des dispositions pour prévenir la corruption, sans quoi elles sont passibles de poursuites. Les autorités ont par ailleurs énormément communiqué autour de cette loi, ce qui a permis une prise de conscience accrue du public et des entreprises sur ces questions.

Le travail du Serious Fraud Office, en charge des poursuites, est également bien considéré, même si certains points (comme la confidentialité de certaines procédures) peuvent lui être reprochés. En revanche, cette belle mécanique a un important talon d’Achille: les territoires d'outre-mer! Paradoxalement, avoir l'une des législations les plus abouties en matière de lutte contre la corruption n'empêche pas la Grande-Bretagne de protéger certains des paradis fiscaux les plus opaques, situés dans les fameux «British overseas territories», comme par exemple les îles vierges britanniques, les îles Cayman ou les Bermudes.

***

De: Charlotte
A: Margherita, Bruno, Annabelle, Yann
Puisqu’on parle de paradis fiscaux, est-ce que vos contrôles sont plus efficaces que les nôtres?

De: Margherita
A: Annabelle, Yann, Bruno, Charlotte

Depuis quelques années, le fisc italien s'est équipé pour dépister sérieusement la fraude: abolition du secret bancaire, déclaration télématique obligatoire des revenus, interdiction de payer en liquide toute facture ou prestation supérieure à 1.000 euros. Les esprits ont été particulièrement marqués par les blitz opérés depuis début 2012: les inspecteurs italiens ont fait des descentes dans des lieux symboliques, comme la luxueuse station de ski Cortina d’Ampezzo. En 2012, ce sont quand même plus de 12 milliards d’euros qui auraient été récupérés par le fisc.

De: Annabelle
A: Bruno,
Yann, Margherita, Charlotte

L'administration fiscale allemande dispose de moyens humains beaucoup plus importants qu'en France. Elle emploie par exemple trois fois plus de contrôleurs pour une population de seulement environ 30% plus nombreuse.

Mais le fisc allemand, placé pour l'instant sous le contrôle de chaque Land, gagnerait en efficacité en étant piloté de façon centralisée. C'est pourquoi le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, en réaction à la publication des Offshore Leaks, vient d'annoncer vouloir créer une sorte de «FBI des impôts» en transférant une partie des pouvoirs des Länder vers l'Office central fédéral des impôts, qui dépend de son ministère.

Et l'évasion fiscale reste en Allemagne un problème majeur, un «sport national» contre lequel les autorités ont du mal à lutter, même si plusieurs coups de filet spectaculaires ont eu lieu ces dernières années, comme l'arrestation en 2008 du patron de la Deutsche Post, Klaus Zumwinkel, accusé d'avoir caché près d'un million d'euros au fisc allemand via une fondation au Lichtenstein et condamné par la justice à rembourser cette somme. Ce n'était pas un cas isolé: son nom figurait parmi un millier de contribuables allemands fortunés.

De: Bruno
A: Margherita, Annabelle, Charlotte, Yann

En Espagne, d’après un rapport de Tax Justice Network, plus de 20% de l’économie est «souterraine». Plus de 80 milliards d’euros échappent donc au fisc espagnol. Quand on sait que l’Espagne a besoin de quelque 60 milliards d’ajustement  pour couvrir son déficit…

En 2012, la fraude fiscale atteignait 6% du PIB. Les contrôles fiscaux en Espagne laissent donc à désirer. En  2012, le fisc espagnol a quand même durci ses contrôles, en augmentant les redressements et les recettes. Mais en même temps, le ministre de l’Economie a accordé une amnistie fiscale aux contribuables ayant des biens non déclarés, y compris dans des paradis fiscaux, pour qu’ils soient déclarés avec une taxe de 10%, sans suites pénales.  

De: Margherita
A: Bruno, Yann, Annabelle, Charlotte

Dans les pays occidentaux, il y a aussi des secteurs à risques: énergie, bâtiment, armement, aéronautique, industries minières. En Italie, les secteurs les plus à risque sont la santé, les marchés publics, et le gouvernement des territoires. C’est votre cas aussi?

De: Bruno
A: Margherita, Yann, Annabelle, Charlotte

En Espagne aussi, certains secteurs semblent plus touchés que d’autres. Une très forte corruption locale, avec beaucoup d’affaires en cours, impliquent des maires ou des conseillers municipaux, qu’il s’agisse de villes importantes ou de villages. On a beaucoup construit en Espagne ces dernières décennies, et souvent n’importe comment. Derrière, il y avait parfois des contrats juteux pour les entreprises, prêtes à tout, même aux transactions illégales, pour obtenir les marchés, avec la complicité d’élus.

Mais au-delà du secteur de la construction et du BTP, c’est le monde de l’entreprise, en général, qui est très touché. Mais dans cette liste des «secteurs à risque», je pense qu’il faut inclure... le milieu de la politique.

De: Yann
A: Annabelle, Margherita, Bruno, Charlotte

Un article récent de The Economist suggère que l’une des différences entre nos pays, concernant la corruption, c’est aussi le facteur religieux, son influence sur la culture. L’idée que dans le catholicisme, à l’issue d’un péché, une rédemption est possible: cela vous paraît pertinent?

De: Annabelle
A: Margherita, Bruno, Yann, Charlotte

C'est une hypothèse que partage en tous cas Stefan Seidendorf, chargé de recherches à l'Institut franco-allemand et spécialiste de la politique européenne, qui estime que la culture protestante de l'Allemagne, à l'instar de celle des pays d'Europe du Nord, pourrait en partie expliquer qu'il y a «assez peu de tolérance par rapport aux irrégularités au niveau des sous, par rapport à tout ce qui est corruption, conflits d'intérêts».

De: Margherita
A: Yann, Bruno, Annabelle, Charlotte

Dans un article de décembre 2012 paru dans la revue MicroMega, Barbara Befani relaie cette thèse. Elle explique que la différence dans les niveaux de corruption est liée à une des majeures différences théologiques entre les deux christianismes (catholicisme et protestantisme): les moyens pour atteindre la rédemption. Pour la journaliste, l’exposition à une culture historiquement liée à la religion catholique est un facteur de risque.

«Le risque provient du cœur théologique du catholicisme, qui intrinsèquement alimente et justifie la corruption en réclamant de bonnes œuvres pour accéder à la rédemption.»

Je pense que c’est une idée galvaudée. Elle me paraît déformer les principes du catholicisme en les simplifiant. Et passe sous silence les vrais responsables: une classe dirigeante cloisonnée et qui défend ses privilèges, «la casta» comme on l’appelle en Italie, la criminalité organisée gouvernée par ses propres codes et ses propres lois... C’est pourquoi parmi les thèses tentant d’expliquer ce particularisme culturel, je préfère retenir celle sur la perception de l’Etat en Italie.

Le fondateur du journal La Repubblica, Eugenio Scalfari, a lié le phénomène de corruption à «la précarité de l’Etat, la faiblesse des institutions, l’évanescence de l’Etat de droit». L’Etat a toujours été perçu comme une entité distante, le peuple n’ayant pas participé mais assisté à sa naissance. Il est perçu comme un facteur d’oppression plus que comme le garant de la légalité.

De: Charlotte
A: Margherita, Bruno, Yann, Annabelle

A propos d’Etat faible... La mafia s’installe notamment dans les Etats les plus faibles: en Europe de l’Est. Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, a bien expliqué que ce n’était pas un problème circonscrit à l’Italie.

De: Margherita
A: Bruno, Yann, Charlotte, Annabelle

C’est en effet la thèse de Saviano, qui pose la question du lien entre mafia, Etat faible et capitalisme, comme il l’explique dans une interview au Figaro. 

«Je pense que la mafia prospère partout où il n'y a plus d'Etat. Dans le sud de l'Italie, l'Etat est absent ou trop affaibli par les clans mafieux. En dehors d'eux, point de salut. Dans ces pays, comme d'ailleurs dans l'est de l'Europe, les mafias au sens large sont les avant-gardes d'un capitalisme effroyable prospérant sur la déréglementation, les privatisations et le moins d'Etat. Ne nous voilons pas la face. Même en Italie, les chefs d'organisations criminelles sérieuses sont avant tout des hommes d'affaires qui ont commencé à faire de belles fortunes depuis une trentaine d'années.

C'est fini le temps des Toto Riina ou des Provenzano, les chefs de la mafia sicilienne, qui étaient des paysans incultes, devenus mafieux pour sortir de la misère. Aujourd'hui, la plupart des chefs mafieux sont des fils de familles aisées, des enfants de médecins, d'avocats, de grands propriétaires. Ils ont souvent fait un MBA. Certes, ils doivent être encore des spécialistes du crime pour s'imposer dans la mafia militaire, mais ce sont avant tout des entrepreneurs sans éthique qui, à la différence des autres, n'hésitent pas à tuer pour arriver à leurs fins.»

De: Bruno
A: Yann, Charlotte, Annabelle, Margherita

En Espagne, il y a plusieurs réseaux mafieux qui font aussi la une des journaux, comme en ce moment avec une mafia chinoise, et l’Espagne est une porte d’entrée européenne pour des mafias étrangères, comme la mafia mexicaine. Donc non, la mafia n’est pas un problème circonscrit à l’Italie, et il faudrait même parler «des mafias» plutôt que de «la mafia».

***

De: Charlotte
A: Yann, Bruno, Annabelle, Margherita

Puisqu’on parle de la presse… En France, Jean-Marc Ayrault l’a rappelé après les aveux de Cahuzac, le rôle des journalistes dans la révélation de ces affaires est majeur. Chez vous, c’est aussi le cas?

De: Annabelle
A: Margherita, Bruno, Yann, Charlotte

L'Allemagne occupe la 17e place dans le dernier classement de RSF, quand la France n'apparaît qu'en 37e position. Cela s'explique en grande partie par le fait qu'ici il n'y a pas de confusion des genres: les médias n'appartiennent pas à des grands groupes industriels comme c'est le cas en France. Beaucoup de journaux sont restés indépendants, à l'instar du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui appartient à une fondation créée dans les années 1950 par ses fondateurs, ou du Tageszeitung, qui est financé par ses lecteurs via une coopérative. Mais cette indépendance est tout de même menacée par un phénomène de concentration via des grands groupes de médias tels que Axel Springer Verlag et Bertelsmann.

De: Margherita
A: Yann, Bruno, Annabelle, Charlotte

Dans le dernier rapport mondial sur la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières, l’Italie occupe la 57e position alors que près de la moitié des pays européens occupent les 30 premières places. RSF critique notamment les institutions qui utilisent dangereusement les «lois bâillons».

Le rôle de Silvio Berlusconi, qui a débuté en politique en tant que propriétaire de la totalité des chaînes nationales de télévision privée, est souvent décrié. Pour bien saisir la situation italienne, comme me l’expliquait Fabrizio Tonello, un professeur de sciences politiques à l’université de Padoue, il faut imaginer un homme politique français qui soit à la fois propriétaire de TF1, de France 2 et de M6, capable de nommer ses fidèles à la tête de Radio France et du reste du service public. A cela il faudrait ajouter quelques bricoles comme Hachette, Le Point, Le Figaro et une fortune personnelle évaluée par Forbes à 6,5 milliards de dollars.

Après, le côté positif, c'est que la totalité des médias n'est pas à la botte de Berlusconi. A commencer par la télévision, où il y a des émissions très critiques vis-à-vis du Cavaliere, comme Servizio Pubblico de Santoro. Sans parler de la presse écrite, que Berlusconi dit régulièrement trop partisane. S’ils sont politisés, on ne peut pas reprocher à des titres comme la Repubblica, l’Unità, Il Manifesto, ou encore L’Espresso d’être soumis à celui qu’on surnomme «Sua Emittenza» (jeu de mots entre éminence et émetteur).

De: Yann
A: Bruno, Charlotte, Margherita, Annabelle

Au Royaume-Uni, la question de l’indépendance de la presse est revenue sur le devant de la scène à l’occasion de l’affaire des messageries vocales piratées par les journalistes du tabloïd News of the World. Au-delà des poursuites en justice, une grande enquête publique (Leveson Enquiry) a été menée sur les méthodes et les pratiques de la presse écrite (l’audiovisuel dispose déjà d’un cadre règlementaire plus strict défini par la loi) et sur la meilleure façon de les encadrer.

L’une des conclusions majeures de l’enquête a été que la presse devait continuer à s’autoréguler dans le cadre de la loi sans possibilité pour le gouvernement de contrôler ce qui est publié. Pour reste, les règles en matière de publications d’information et de protection des sources sont assez clairement établies dans la loi et laissent en principe une grande liberté d’expression (sauf pour tout ce qui se rapporte à la sécurité nationale, à l’obstruction du cours de la justice et à la prévention des troubles à l’ordre public).

Tout comme en France, les groupes de presse sont dans de nombreux cas détenus par des actionnaires avec leur propres intérêts politiques ou économiques, mais l’impression générale est tout de même d’une moindre complaisance à l’égard des milieux politiques.

De: Bruno
A: Yann, Margherita, Annabelle, Charlotte

La presse a joué un rôle essentiel en Espagne dans la lutte anticorruption. El País a sorti l’affaire Gürtel en 2012, El Mundo a sorti l’affaire Barcenas en janvier 2013. Mais comme ailleurs, la presse va économiquement mal, et on ne peut que s’inquiéter de voir disparaître des titres, comme la version papier du jeune quotidien Público.

***

De: Charlotte
A: Bruno, Yann, Margherita, Annabelle
Autre ingrédient essentiel aux révélations de ces scandales, la justice –et surtout l’indépendance de la justice vis-à-vis du pouvoir politique...

De: Bruno
A: Margherita, Yann, Annabelle, Charlotte

L’indépendance de la Justice est inscrite dans la Constitution espagnole et sur le papier, les juges et les magistrats sont libres d’enquêter. On le voit bien par exemple avec la mise en examen de la princesse Cristina, impensable il y a encore un an, mais qui finalement a été décidée par un juge enquêtant sur l’affaire Nóos. Mais comme ailleurs, la justice espagnole manque de moyens et on lui reproche sa lenteur. Des juristes s’inquiètent aussi de la politisation de la justice et des magistrats, qui nuirait à leur indépendance.

Dans les faits, certaines décisions ont pu étonner la société espagnole, comme lors de l’acquittement de Francisco Camps en ce qui concerne les affaires de corruption, mais également dans des décisions concernant des prisonniers de l’ETA ou des affaires liées au franquisme.

De: Margherita
A: Annabelle, Yann, Bruno, Charlotte

Le système judiciaire italien comporte de nombreuses garanties d’indépendance: les juges sont élus sur la base d’un concours et les procureurs n’ont pas à recevoir d’instruction, même de leur hiérarchie. Cela dit, la justice italienne est régulièrement critiquée pour la lenteur de ses procédures. Et la volonté politique de mettre en échec les magistrats trop indépendants inquiète l’Union européenne. «Laissez travailler les juges de façon indépendante», a ainsi affirmé Viviane Reding, vice-présidente de la commission européenne, à la suite d’une question sur les affrontements entre politique et magistrature en Italie, au cours de la présentation d’un rapport de l'UE sur la justice.

De: Annabelle
A: Yann, Bruno, Margherita, Charlotte

La plus haute juridiction en Allemagne est la Cour constitutionnelle fédérale, qui a pour rôle de veiller au respect de la Constitution. Ses décisions sont souveraines, le gouvernement étant obligé de s'y conformer.

***

De: Charlotte
A: Margherita, Annabelle, Bruno, Yann
Et comment tout ceci se traduit-il dans le rapport des citoyens avec la classe politique? Comme en France avec une grande défiance et la montée des populismes?

De: Margherita
A: Annabelle, Charlotte, Bruno, Yann

Oui. Beppe Grillo par exemple a largement bénéficié du mécontentement des électeurs italiens envers une classe politique considérée comme corrompue et cloisonnée. En refusant tout accord avec les vieux partis politiques, en décriant le nouveau gouvernement comme un énième «inciucio» (la combine), le M5S suscite l’approbation des déçus par «la casta» des partis traditionnels.

De: Annabelle
A: Bruno,
Margherita, Yann, Charlotte

L'Allemagne est elle aussi touchée par une vague de populisme qui trouve un écho politique, comme on a pu le voir récemment avec la création d'un nouveau parti anti-euro. Mais je pense que ce nouveau populisme aux accents eurosceptiques ne vient pas tant d'une défiance à l'égard de la classe politique allemande que d'un mécontentement vis-à-vis de la gestion de la crise européenne, de l'impression partagée par de plus en plus d'Allemands que c'est l'Allemagne qui paye seule pour tout le monde.

Cela se traduit aussi par une hausse de l'abstentionnisme. Entre les élections fédérales de 1998 et celles de 2009, le nombre d'Allemands qui ont boudé les urnes a presque doublé. Selon les récents sondages, 30% des Allemands n'iront pas voter lors des prochaines élections au Bundestag, en septembre prochain.

Mais d'un autre côté, les scandales de corruption ont aussi des retombées positives dans la société civile allemande. Leur révélation dans la presse a entraîné la constitution de groupements de citoyens appelant à plus de vigilance à l'égard des élites. Il existe par exemple plusieurs organisations anti-corruption: à côté de la branche allemande de Transparency International, on peut citer Campact, Lobby-Control et Mehr Demokratie. Elles font un travail de lobbying important pour prôner plus de transparence dans la sphère politique et dans le monde des affaires.

De: Bruno
A: Yann, Margherita, Annabelle, Charlotte

Il y a manifestement une perte de confiance envers les élus et les administrations publiques. Le PP espagnol vient d’organiser un débat intitulé «Les hommes et femmes politiques ne sont pas le problème». Mais force est de constater que la multiplication des affaires les rend de moins en moins populaires, à droite comme à gauche. Pas étonnant qu’avec le chômage, la corruption soit le deuxième sujet de préoccupation des Espagnols d’après les dernières enquêtes: pour trouver des solutions et améliorer l’emploi, comment faire confiance à des politiques que l’on juge corrompus?

Annabelle Georgen, Yann Morell y Alcover, Margerita Nasi, Charlotte Pudlowski, Bruno Tur