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Coming-out de Jason Collins: a-t-il un avenir en NBA?

Josh Levin, mis à jour le 30.04.2013 à 17 h 36

Le pivot des Washington Wizards, qui est devenu le premier joueur de NBA en activité à dire qu'il est gay, n'a marqué en moyenne qu'un point par match cette saison.

Jason Collins (au premier plan à droite) lors d'un match de NBA entre les Chicago Bulls et les Washington Wizards le 17 avril 2013 à Chicago, REUTERS/Jim Young

Jason Collins (au premier plan à droite) lors d'un match de NBA entre les Chicago Bulls et les Washington Wizards le 17 avril 2013 à Chicago, REUTERS/Jim Young

Jason Collins n’est pas le premier athlète homosexuel. Il n’est pas le premier homme homosexuel en sport professionnel. Il n’est même pas le premier homme homosexuel de la NBA. Mais malgré toutes les mises en gardes, il est, répétez après moi, le premier homme homosexuel à faire son coming-out en tant que joueur actif de la NBA, la MLB, la NFL ou la NHL.

Collins n’est rien de moins qu’un pionnier, et c’est un jour historique pour le sport et pour les droits des homosexuels. Quand Collins a annoncé son homosexualité dans Sports Illustrated, il a rendu la chose beaucoup plus facile pour les autres athlètes masculins qui veulent faire de même.  

Espérons que les annonces semblables ne feront pas la une des journaux dans dix ans. Si la situation change vraiment à ce point, on pourra dire qu’un pivot de rechange sorti de Stanford aura été en grande partie responsable du changement de culture.

Une première

Si l’annonce de Collins fait autant de bruit, c'est parce qu’il porte toujours un maillot de NBA. D’autres hommes, dont le joueur de NBA John Amaechi et celui de NFL Esera Tuaolo, ont fait leur coming-out après avoir pris leur retraite sportive. Le joueur de football Robbie Rogers, qui a joué pour l’équipe nationale américaine de soccer, a annoncé qu’il était homosexuel au début de l’année et déclaré au même moment qu’il faisait une pause à l’âge de 25 ans.

Mais Jason Collins, un athlète de 34 ans qui termine sa douzième saison en NBA, veut continuer. Il a confié à Franz Lidz de Sports Illustrated:

«Je suis désormais un agent libre, littéralement et au figuré [NDT en NBA, un agent libre est un joueur qui n’est sous contrat avec aucune équipe]. J’ai atteint cette étape désirable de la vie où je peux faire ce que je veux. Et ce que je veux, c’est de continuer à jouer au basketball. J’aime toujours le jeu, et j’ai encore quelque chose à apporter.»

Alors que la fin de la saison NBA approche, les managers de la ligue vont devoir décider s’ils sont d’accord. Y aura-t-il une équipe professionnelle pour penser que Collins a encore quelque chose à apporter? Aura-t-il l’opportunité d’enfiler son maillot en tant que joueur ouvertement homosexuel, ou va-t-il perdre sa place dans la ligue avant d’avoir la chance d’écrire l’histoire?

Pas Shaquille O'Neal

Jason Collins n’est pas Shaquille O’Neal ni Dwight Howard ni aucun autre joueur dont un amateur occasionnel de basket a pu entendre parler. C’est un pivot de rechange. Il fait des écrans, prend des rebonds et défend contre le grand bonhomme de l’équipe adverse, au moins les rares fois où son entraîneur décide de le faire jouer. En février, le gaillard de 2m13 a été transféré des Boston Celtics aux Washington Wizards. Le titre du Washington Post était:

«Les Washington Wizards transfèrent Jordan Crawford aux Celtics, et n’obtiennent pas grand-chose en échange.»

Collins a été à la hauteur des attentes à Washington, participant à cinq des 29 matchs restants des Wizards et marquant un total de quatre points. Sur toute la saison, il a eu une moyenne de 1,1 point par match.

Et il n’y a pas que dans les statistiques traditionnelles qu’il a l’air mauvais: l’outil statistique avancé PER fait de lui le deuxième pire joueur de la ligue en 2012-2013 parmi ceux qui ont joué au moins 150 minutes.

35 ans

Collins va aussi avoir 35 ans en décembre. Il n’y avait que 23 joueurs de cet âge ou plus vieux en NBA cette saison, et la plupart d’entre eux (des types comme Grant Hill, Jason Kidd, Steve Nash, Ray Allen, Kevin Garnett, Tim Duncan et Paul Pierce) étaient bien plus connus que Jason Collins avant qu’il ne fasse la couverture de Sports Illustrated.

Il serait donc injuste de penser que le futur professionnel de Collins donnera une indication de la tolérance de la NBA. Difficile en effet de s’emporter contre le manque de place pour des vieux joueurs qui ne marquent pas. Pourtant, il y aura sans doute une place pour Collins dans la NBA.

Statistiquement parlant, il n'est pas si inhabituel qu'un homme soit homosexuel. Ce qui est vraiment anormal, c’est que Collins mesure 2m13. Dans un article de Sports Illustrated paru en 2011, Pablo S. Torre rapportait qu’il pourrait y avoir moins de 70 Américains âgé de 20 ans à 40 ans qui mesurent 2m13 ou plus. Torre soulignait aussi qu’il y a 17% de chances pour que cet Américain qui mesure 2m13 ou plus soit un joueur de NBA.

Un grand défenseur

C’est bien la taille de Collins, et non son orientation sexuelle, qui va lui permettre d’avoir du boulot. Si ce diplômé de Stanford était connu pour quelque chose avant aujourd’hui, c’était pour sa qualité de «stoppeur de Dwight». En 23 confrontations de saison régulière, Collins a fait en sorte que Dwight Howard reste en dessous de ses moyennes de carrière en points, rebonds et pourcentage de tirs réussis.  

La défense de Collins a aussi été la clé de la victoire des Atlanta Hawks contre les Orlando Magic d’Howard lors du premier tour des playoff 2011. Quand Collins n’était pas sur le terrain lors de cette série, celui qui était alors le pivot d’Orlando a marqué 26,9 points et pris 13 rebonds toutes les 36 minutes. Quand Collins jouait, Howard n’a marqué que 16,1 points et pris 8,7 rebonds toutes les 36 minutes.

Ironiquement, Collins fait son coming-out alors que les grands gabarits de la NBA sont sur le départ. Tandis que les équipes comme le Miami Heat rendent les petits joueurs à la mode, un stoppeur d’Howard est devenu un luxe que la plupart des équipes ne peuvent se permettre (et Dwight Howard est assez bon pour se stopper tout seul en ce moment).

Le coéquipier idéal

Il devrait pourtant y avoir quelques franchises pour considérer Howard comme le candidat parfait pour remplir la dernière place de leur effectif. Il connaît son rôle, et il ne se plaindra pas du manque de temps de jeu. Il attirera aussi sans doute de nouveaux fans tout en gagnant le salaire minimum du vétéran.

Le courage de Collins restera intact, qu’il joue ou non en NBA la saison prochaine. Mais il serait bon pour la ligue, et pour les futurs joueurs (homosexuels ou non), de le voir encore sur les parquets, même si ce n’est que pour faire quelques contres pendant qu’un meilleur joueur se repose.

Ses statistiques de points marqués ont beau ne pas être impressionnantes, personne ne peut désormais douter de son courage. Qui ne voudrait pas d’un coéquipier comme lui?

Josh Levin

Traduit par Grégoire Fleurot

Josh Levin
Josh Levin (21 articles)
Rédacteur en chef de Slate.com
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