France

Remaniement: Nicolas Sarkozy reprend les choses en main

Ariane Istrati, mis à jour le 27.06.2009 à 20 h 37

Au lendemain de son discours au Congrès de Versailles, Nicolas Sarkozy a, une nouvelle fois, montré qu'il était le seul et unique boss de la majorité. Eclipsé le Premier ministre François Fillon qui est passé complètement à côté de ce remaniement concocté à l'Elysée par le Président et ses plus proches conseillers. N'avait-il pas annoncé qu'il ne s'agirait que de quelques changements techniques? C'est dire à quel point il n'est pas dans les petits secrets du Château qui a procédé à un grand remue-ménage. Sarkozy est maître en son royaume: c'est le principal enseignement que l'on peut tirer de l'affiche de cette nouvelle équipe gouvernementale. Il fait ce qu'il veut et tient à ce que cela se sache.

Démonstration en quatre points.

1) Pas de pitié pour les gêneurs.

A part Michel Barnier, qui quitte le gouvernement pour de hautes destinées européennes, les partants étaient tous sur la liste noire du locataire de l'Elysée. Ils n'ont pas donné satisfaction? Ils ont agacé le Président? Ils dégagent. Sans surprises, la garde des Sceaux Rachida Dati prend la porte. L'ancienne chouchoute du chef de l'Etat avait scellé son sort il y a des mois en se mettant tout le monde judiciaire à dos et en affichant un peu trop ostensiblement son goût pour les paillettes et le show-biz.

Exit également ceux qui ont mis l'Exécutif dans l'embarras en gérant mal leurs dossiers comme Yves Jégo (Outre-Mer) ou Christine Albanel (Culture) avec le fiasco de la loi Hadopi. Même certains proches n'ont pas eu droit à la clémence présidentielle comme le vieux complice de Nicolas, Roger Karoutchi (Relations avec le Parlement), sanctionné également pour sa mauvaise gestion de la loi Hadopi, ou l'inexistant Bernard Laporte (Sports) qui, visiblement impressionne plus son pote Nico sur les terrains de rugby que sur le banc des ministres.

Seule rescapée de ce jeu de massacre, Rama Yade, que le patron ne peut plus voir en peinture, mais qui a été sauvée grâce à sa bonne côte de popularité et ses qualités de femme et de représentante de la diversité. Sarkozy lui a tout de même envoyé un signal clair de défiance en la rétrogradant des Droits de l'Homme aux Sports.

2) Bye bye l'ouverture.

C'était sa marque de fabrique en 2007, elle est reléguée aux oubliettes. La chasse aux socialistes semble bel et bien close. Nicolas Sarkozy avait envisagé un temps de recruter l'ancien ministre PS de l'Education Claude Allègre mais les prises de position de ce dernier relatives au réchauffement climatique ont rendu caduque cette hypothèse au lendemain du succès des écologistes aux élections européennes. Les autres tentatives du Président pour recruter à gauche ont fait chou blanc et les socialistes, malgré la panade dans laquelle ils sont, se sont révélés capables de tenir leurs troupes. C'est que l'ouverture ne fait plus illusion. Les exemples de Bernard Kouchner et d'Eric Besson ont montré à ceux qui pouvaient être tentés par l'aventure sarkozyste qu'ils devraient laisser leurs convictions au vestiaire et revêtir complètement les habits UMP.

Nicolas Sarkozy s'est donc contenté de la nomination surprise de Frédéric Mitterrand à la Culture. Mais ce dernier ne peut être considéré comme un ministre d'ouverture. Neveu de François Mitterrand, il n'a jamais été socialiste et avait déjà appelé à voter Chirac en 1995. Quant à Michel Mercier, le sénateur centriste nommé ministre de l'espace rural et de l'aménagement du Territoire, il est inconnu du grand public et avait pris depuis déjà quelques temps ses distances avec François Bayrou. Contraint par les événements, Nicolas Sarkozy semble avoir pris son parti de renoncer à l'ouverture et de composer un gouvernement classique de droite.

3) La part belle aux copains.

Ils n'avaient pas été gâtés au lendemain de son accession à l'Elysée, les voici aux premières loges. Les sarkozystes historiques tiennent leur revanche. Et notamment Brice Hortefeux qui voit son rêve se réaliser en s'installant au ministère de l'Intérieur. Le fidèle lieutenant de Sarko a fini de manger son pain noir avec le ministère de l'identité nationale puis celui des Affaires sociales qu'il avait pris à reculons il y a à peine six mois. Nicolas Sarkozy le remercie enfin pour ses années de bons et loyaux services. Parmi les proches, Patrick Devedjian est conforté à son poste (Relance) et Christian Estrosi, un autre fidèle, entre au gouvernement à l'Industrie.

Outre les copains, les lieutenants zélés ont également été récompensés comme Luc Chatel, qui décroche une belle promotion avec le ministère de l'Education nationale ou Benoist Apparu, jeune député toujours prompt à dire tout le bien qu'il pense du grand chef. Il atterrit au Logement.

4) Deus ex machina

La légèreté avec laquelle Nicolas Sarkozy s'est amusé à jouer avec les attributions de ses ministres montre bien qu'il ne fait pas grand cas d'eux et qu'il entend continuer à tout gérer de l'Elysée. Plusieurs nominations semblent pour le moins incongrues mais le chef de l'Etat n'en a cure, il semble décidé à faire ce que bon lui semble avec ses obligés. S'il n'a pas touché au tandem de Bercy Lagarde-Woerth, crise économique oblige, il ne s'est pas gêné pour entraîner les autres dans une gigantesque partie de bonneteau.

Xavier Darcos se retrouve ainsi avec le portefeuille du Travail, lui qui n'a pas brillé à l'Education par sa capacité de dialogue avec les syndicats. Michèle Alliot-Marie devient garde des Sceaux alors qu'elle souhaitait rester à l'Intérieur. Pierre Lellouche a été nommé de façon surprenante aux affaires européennes alors qu'il est favorable à l'entrée de la Turquie en Europe. Christian Estrosi se retrouve à l'Industrie sans pour autant connaître grand chose à ce dossier. Mais si le chef en a décidé ainsi...

Quant à ceux qui ont eu le malheur de faire savoir qu'ils attendaient une promotion, ils en ont été pour leurs frais. Nadine Morano reste à la Famille, Nathalie Kosciusko-Morizet ne bouge pas de l'économie numérique et Valérie Pécresse continuera à gérer la colère des chercheurs à l'Enseignement supérieur.

Que cela soit dit: on ne force pas la main du Président!

Ariane Istrati

A lire sur Slate: Un Mitterrand et peu de changement.

Ariane Istrati
Ariane Istrati (18 articles)
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