L'industrie textile, un concentré des maux du Bangladesh

Jeudi à Savar, 30 km de Dhaka, devant les bâtiments qui se sont effondrés la veille. REUTERS/Stringer.

Jeudi à Savar, 30 km de Dhaka, devant les bâtiments qui se sont effondrés la veille. REUTERS/Stringer.

Ils sont multiples et engagent la plupart des acteurs: les compagnies occidentales qui se satisfont trop souvent de rapports de sécurité ineptes, les autorités corrompues, le manque de volonté politique et collusion entre les politiciens, les forces de sécurité et le grand patronat.

Près de 400 morts en six mois et dans tous les cas par négligence. Le dernier exemple en date, l’immeuble de neuf étages qui s’est effondré près de Dhaka, la capitale du Bangladesh, ensevelissant près de 250 ouvriers et ouvrières de cinq usines textiles avait été construit sans supervision et sans réelle autorisation.

En pleine expansion depuis une vingtaine d’années, l’industrie du vêtement au Bangladesh qui représente avec quelques 20 milliards de dollars près de 80% des exportations du pays sert beaucoup d’intérêts. D’abord elle emploie environ 3,5 millions d’ouvriers —à 90% des femmes— qui pour la plupart n’ont en commençant, aucune formation.

Même si les salaires restent très bas, 28 euros au minimum et entre 40 et 80 euros en moyenne, ils constituent un apport non négligeable dans un pays qui demeure l’un des plus pauvres du monde.

Ces salaires très inférieurs à ceux de la Chine ou de l’Inde par exemple ont permis au Bangladesh de devenir le deuxième exportateur mondial de vêtements. La plupart des grandes compagnies occidentales mais aussi les acheteurs dans ces pays profitent bien évidemment de la situation.

Depuis quelques années, l’accent mis sur le développement responsable ont conduit nombre de ces compagnies à se montrer plus regardante sur les conditions de travail dans les pays où ils se fournissent. Le Bangladesh a pris des mesures dans ce sens et des efforts ont été faits. Mais le pays n’échappe pas aux maux traditionnels de la région: corruption généralisée, police politisée, absence de réelle considération pour une main d’œuvre corvéable à merci.

La chaîne de fabrication est souvent plus diversifiée que ne le croit l’acheteur qui de son côté ne cherche pas trop à savoir. Le Bangladesh a plus de 5.000 usines de confection et à côté d’usines modernes aux normes internationales, combien sont des ateliers installés dans des immeubles insalubres, sans protection contre l’incendie, sans voie d’accès pour les secours etc. Ces ateliers ne commercent pas directement avec les grandes chaines occidentales. Ils ne sont que des sous-traitants de sous-traitants, chacun prenant sa dime au passage.

Pour satisfaire les clients dans les délais les plus rapides, des compagnies établies sous-traitent le travail sans là aussi trop regarder comment se déroule les choses.

De leurs côtés, les autorités ne veulent pas tuer la poule aux œufs d’or que représente cette industrie. Ces deux dernières années, toutes les manifestations des ouvriers du textile réclamant une hausse des salaires et de meilleures conditions de travail ont été durement réprimées. Dans les zones franches où sont installées de nombreuses usines de confection, les syndicats sont interdits.

A cela s’ajoute la corruption ambiante qui fait que beaucoup d’usines qui ne respectent aucune des normes établies continuent de fonctionner. L’immeuble qui vient de s’effondrer appartenait à une jeune étoile montante du parti au pouvoir. Quel agent municipal ou policier oserait s’opposer à un politicien qui a tous les moyens de lui faire perdre son emploi?

Les remèdes aux maux de l’industrie de la confection bangladeshie sont multiples et engagent la plupart des acteurs.  Les compagnies occidentales se satisfont trop souvent de rapports qu’elles ne contrôlent pas et d’enquêtes hâtives et succinctes dans des usines habilement choisies.

La sous-traitance pratiquée par de grands patrons bangladeshis devrait être sévèrement encadrée pour éviter tous les abus. Enfin le gouvernement bangladeshi porte la responsabilité de faire appliquer les règles qu’il édicte et qui sont bafouées par manque de volonté politique et collusion entre les politiciens, les forces de sécurité et le grand patronat.

La multiplication des accidents pourrait toutefois menacer à terme cette industrie très porteuse pour le pays.

Françoise Chipaux