Anzor et Zubeidat Tsarnaev, les parents terribles des deux suspects de Boston

Anzor et Zubeidat Tsarnaev, les parents de Tamerlan et Dzhokhar Tsarnaev, le 25 avril 2013 à Makhachkala. REUTERS

Anzor et Zubeidat Tsarnaev, les parents de Tamerlan et Dzhokhar Tsarnaev, le 25 avril 2013 à Makhachkala. REUTERS

Ils ont ignoré les avertissements, sont aujourd’hui dans le déni de crime et lancent de fausses accusations.

Il y a trois ans de cela, le magazine Inspire, édité par al-Qaida, avait publié un article intitulé «Fabriquez une bombe dans la cuisine de votre maman». L’article expliquait ainsi comment fabriquer une bombe dans une cocotte-minute, des bombes du modèle de celles qui ont explosé au marathon de Boston. Mais la recette omettait toutefois l’ingrédient essentiel pour la confection d’une telle bombe. Parce que pour fabriquer une bombe dans la cuisine de votre maman, la première chose dont vous avez besoin, c’est d’une maman inattentive.

Il semble bien que c’est un ingrédient dont Tamerlan et Dzhokhar Tsarnaev aient disposé. Nous ne savons pas encore où ni quand ils ont confectionné les bombes qu’ils sont accusés d’avoir déposé au marathon. Mais ce que nous savons, en revanche, c’est que leur père, Anzor Tsarnaev, et leur mère, Zubeidat Tsarnaev, ont à maintes reprises reçu des informations indiquant que Tamerlan devenait dangereux. Tamerlan était une cocotte-minute humaine, bourrée de fanatisme, de violence et d’une idéologie destructrice. Ses parents aveuglés par leur adoration et des excuses, ont tout simplement refusé de le voir.

La plupart des gens qui ont rencontré ou qui connaissaient Tamerlan, dont certains membres de sa famille, le décrivent comme un pauvre type. Mais son père insiste au contraire sur le fait que Tamerlan était «serviable» et «très gentil». Anzor «a perdu le contrôle sur cette famille il y a déjà un bon bout de temps», affirme son frère Ruslan.

Dans chaque interview, Anzor affirme avoir été sans cesse au courant de ce que ses fils faisaient, bien qu’il ait également admis ne pas les avoir revus depuis qu’ils sont revenus du Daghestan, il y a un an. Il affirme, contre toute évidence, qu’il n’a «jamais perdu Tamarlan de vue» quand ce dernier a visité le Daghestan l’an dernier. D’après Anzor, encore une fois, Tamerlan était si doué comme boxeur «qu’aux Etats-Unis, tout le monde le connaît, il est célèbre». Quand Anzor a quitté Boston, il a demandé à Tamerlan de veiller sur Dzhokhar. Il pense que son fil aîné a évité à son fils cadet de subir de mauvaises influences.

Des parents aveuglés

La mère de Tamerlan et de Dzhokhar est tout autant dans le déni. Elle jure que ses deux fils n’auraient jamais pu se lancer dans une entreprise terroriste de ce genre au motif que ses fils «étaient incapables de garder un secret». Au lieu de tenter de démonter les théories conspirationnistes de Tamerlan, sa mère les a purement et simplement intégrées.

Un des clients de son spa a ainsi pu raconter que Zubeidat lui avait récemment déclaré que les attentats du 11 septembre 2001 étaient un coup monté par les Américains pour que le reste du monde haïsse les musulmans. «Mon fils est très bien informé sur ce sujet», aurait-elle déclaré à ce client. Zubeidat a également affirmé que le FBI surveillait sa famille depuis des années, ce que nie le FBI. L’an dernier, elle a été arrêtée, mais apparemment jamais poursuivie, pour avoir volé des vêtements dans un magasin, pour une valeur de 1.600 dollars.

Anzor et Zubeidat auraient dû être alertés par de nombreux faits qui indiquaient que Tamerlan filait un mauvais coton. A un moment donné, entre 2007 et 2009, Tamerlan et Zubeidat se sont tournés vers la religion. Zubeidat est devenue très praticante, mais Tamerlan est quant à lui devenu intolérant et hostile. Il a d’ailleurs tenté de diffuser ses opinions et ses visions restrictives au sein du reste de la famille, provoquant des tensions. Quand sa sœur a épousé un non-musulman, Tamerlan a refusé d’accepter son beau-frère. L’oncle de Tamerlan, Ruslan, a remarqué un changement dans la personnalité de son neveu. Ruslan affirme qu’un ami de la famille lui a dit en 2009 qu’un musulman converti avait «lavé le cerveau» de Tamerlan.

Une famille sous tension

La tension aurait explosé entre les deux au cours d’une conversation tenue à peu près à la même période au cours de laquelle Tamerlan aurait traité son oncle d'«infidèle». Tamerlan aurait également tenté de pousser un autre de ses oncles, Alvi Tsarni, à se battre avec lui. Personne dans la famille n’a expliqué la teneur des échanges qui ont suivi entre les parents de Tamerlan et ses deux oncles, mais ce qui est certain, c’est que les deux oncles ont coupé les ponts avec cette partie de la famille. Ruslan a déclaré que son point de désaccord portait sur «la manière dont ils élevaient leurs enfants». Anzor, manifestement peu perturbé par les attentats de Boston, continue de dire que les deux oncles ne connaissent pas vraiment ses enfants. «Ils sont juste en train de blablater sur un sujet dont ils ne savent rien», a-t-il ainsi déclaré au New York Times.

C’est à peu près à la même période que Tamerlan est arrêté et mis en examen pour violences domestiques à l’encontre de sa petite amie. «Oui, je l’ai giflée», a-t-il dit à la police. L’affaire a été finalement classée sans suite. «Il lui a donné une petite tape», a déclaré Anzor au Times. «C’est une histoire de jalousie... en Amérique, on ne peut pas toucher à une femme.»

Début 2011, deux agents du FBI aiguillés par une alerte en provenance des services de renseignement russes se sont rendu au domicile des Tsarnaev pour parler de Tamerlan à sa famille. Zubeidat raconte que les agents lui ont alors affirmé que Tamerlan surfait sur «des sites extrémistes» et que «son comportement les inquiétait». Elle affirme que Tamerlan, plein de défiance, a répondu aux agents: «Je vis dans un pays qui me donne le droit de lire ce que je veux et de regarder ce que je veux.»  Anzor n’a pas pris cet avertissement au sérieux: «Je savais ce qu’il faisait, où il allait. J’ai bien élevé mes enfants Zubeidat a quant à elle déclaré que les agents du FBI ne se sont intéressés à Tamerlan qu’au motif de «son amour pour l’islam».

Le déni conspirationniste

Ces avertissements sont donc restés lettre morte. Quand les deux bombes du marathon ont explosé et après que les vidéos aient impliqué Tamerlan et Dhzokhar, les oncles se sont inclinés face à ces preuves, mais les parents les ont rejetées. Et ils ne se sont pas contentés de balbutier, comme de nombreux parents l’auraient fait, que leurs fils ne pouvaient pas être les auteurs de ces attentats. Ils ont au contraire déclaré que les jeunes gens étaient tombés «dans un piège» et se sont mis à dérouler diverses théories conspirationnistes impliquant les autorités. «C’est la police qui est responsable», a déclaré Anzor.

«Comme ce sont des lâches, ils ont tué ce gamin. Il y a des flics comme ça.»

Il a dénoncé la chasse à l’homme engagée contre son deuxième fils en la décrivant comme «une provocation des services spéciaux qui ne traquent mes fils que parce qu’ils sont Musulmans et que personne en Amérique ne peut les protéger». Zubeidat a déclaré que les autorités «voulaient éliminer [Tamerlan] car son amour pour l’islam était perçu comme une menace».

La sœur d’Anzor, Maret Tsarnaeva, s’est elle-même faite l’écho de cet aveuglement. «J’ai grandi au sein de cette famille et tout était parfait», a-t-elle déclaré à des journalistes vendredi dernier. Des neveux n’avaient aucune raison de poser des bombes, a-t-elle insisté: «Au nom de quelle croyance? Je ne crois pas qu’ils aient jamais eu des croyances très affirmées.» Sa conclusion? «Les garçons sont tombés dans un piège.» Quand des journalistes lui ont montré les preuves vidéos impliquant les deux frères, elle a répondu que «c’était un montage».

Que faire?

Les voisins et les pratiquants qui se rendaient à la mosquée que fréquentait Tamerlan ont eux aussi reçu quelques avertissements. En novembre 2012, il s’en était ainsi pris violemment à un commerçant de Cambridge (une ville au nord de Boston, NdT) pour avoir fait de la publicité pour les dindes de Thanksgiving, ce que Tamerlan considérait apparemment comme une insulte grave envers la loi islamique.

Lors des prières du vendredi, il avait interrompu et critiqué un sermon en faveur de la célébration du 4 juillet et de Thanksgiving. Deux mois plus tard, il avait interrompu un imam qui avait suggéré que Martin Luther King Jr., comme le prophète Mahomet, était digne d’émulation. Tamerlan répliqua que King n’était pas un musulman et traita l’imam de «kafir», c’est-à-dire d’incroyant. Certaines des personnes présentes menacèrent d’expulser Tamerlan de la mosquée, mais apparemment, personne n’a rapporté ces incidents aux autorités, Tamerlan n’ayant jusqu’alors ni prêché ni commis le moindre acte de violence.

On ne peut évidemment s’attendre à ce que toute sortie d’un fanatique soit rapportée au FBI. Mais quand les membres d’une famille sont régulièrement confrontés à des signes qui peuvent laisser penser qu’un de leurs êtres chers est en train de glisser dans le vortex de l’extrémisme radical, il est de leur devoir d’intervenir ou, tout du moins, de prévenir quelqu’un.

S’ils ne le font pas et que cette personne passe à l’acte et tue, ils portent une lourde part de responsabilité. Et quand ils refusent d’assumer cette responsabilité en accusant la police et le gouvernement d’une conspiration anti-musulmane, il devient impossible pour nous de leur accorder la moindre sympathie, le moindre respect, la moindre confiance. Veillez sur votre famille. Veillez sur votre congrégation. Veillez sur votre communauté. Si vous ne le faites pas, d’autres vont s’en charger à votre place.

William Saletan

Traduit par Antoine Bourguilleau

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