Contrôle des armes à feu: Obama a-t-il failli?

Le président américain est critiqué pour son échec face au Sénat, mais remporter cette bataille aurait nécessité des compétences et une carrière qui auraient pu l'empêcher d'être élu en 2008.

Barack Obama avec Mark Barden, le père d'une des victimes de la tuerie de Newtown, avant son discours sur le vote négatif du Sénat sur les armes, le 17 avril 2013. REUTERS/Yuri Gripas.

- Barack Obama avec Mark Barden, le père d'une des victimes de la tuerie de Newtown, avant son discours sur le vote négatif du Sénat sur les armes, le 17 avril 2013. REUTERS/Yuri Gripas. -

La semaine dernière, alors que la législation sur le contrôle des armes venait d'être rejetée par le Sénat américain, le New York Times proposait dans son édition du dimanche deux explications très différentes pour comprendre l'échec du projet de loi.

D'abord, la journaliste dépêchée auprès du Congrès faisait valoir que le contrôle des armes n'avait jamais eu la moindre chance d'y être approuvé. Malgré le massacre de l'école primaire de Sandy Hook, la structure du Sénat, sa composition partisane et les pressions émanant du lobby des armes rendaient son adoption impossible.

Ensuite, dans les pages opinion, la chroniqueuse Maureen Dowd estimait que la responsabilité de cet échec incombait directement au président Obama, incapable de faire passer ce projet de loi pourtant soutenu par 90% de la population américaine.

Deux versions des faits qui mettent en lumière l'énigme centrale de la présidence Obama. Est-il un président tenu en échec par les divisions partisanes, ou dépourvu des compétences politiques nécessaires? Sur cette question, les analyses n'ont pas manqué, mais les présidences ressemblent aux chaises musicales: ce qui vous définit, c'est l'endroit où vous vous trouvez à la fin de votre mandat quand la musique s'arrête. (Ou du moins avant que des historiens arrivent à interpréter ou expliquer les choses autrement).

Au cours du second mandat d'Obama, ses succès et ses échecs sur les plus gros dossiers permettront d'évaluer à brûle-pourpoint son legs politique. Des appréciations également capables d'influencer l'opinion publique sur les attributs du futur président: dans les atouts faisant défaut à Obama, les gens rechercheront peut-être ceux qu'ils voudront voir chez ses successeurs putatifs.  

«On savait que le Congrès ferait obstacle»

Quel parti prendre? Obama aurait pu en faire davantage —on peut toujours en faire davantage— mais cela n'aurait sans doute pas été d'un grand secours. Un président capable de résoudre un tel problème aurait dû être doté de compétences bien différentes, de celles qui s'acquièrent au cours d'une longue carrière politique.

Et ce n'est précisément pas pour cela que Barack Obama a été élu. En réalité, s'il avait été le genre de président capable, dans l'environnement politique actuel, de dompter ou d'amadouer le Sénat, probablement qu'il ne l'aurait jamais été.  

La législation sur le contrôle des armes n'est sans doute pas le meilleur test de l'autorité d'Obama. Même du côté des partisans acharnés du projet, on savait dès le départ que le combat s'annonçait extrêmement difficile.

Les électeurs se souviendront peut-être des élus qui ont cédé aux pressions des lobbys. Mais sanctionner les sénateurs les plus vulnérables électoralement ne servira qu'à leurs adversaires et, malgré la vague d'émotion qu'a connue le pays après la tragédie de Newton, rien ne laissait entendre que les sondages rapportant un soutien populaire massif en faveur des vérifications des antécédents des acheteurs d'armes allaient se traduire en une approbation parlementaire.

«Nous savions depuis le premier jour que le Congrès américain allait faire obstacle», explique le sondeur Stanley Greenberg. «Avec ce Congrès, aucun scénario ne pouvait présager du passage d'une législation quelconque sur les armes d'assaut et la vérification des antécédents.»

Obama a essayé

Mais Obama aura essayé. Il a fait la chose la plus importante qu'un président puisse faire: encore et encore, il a parlé du contrôle des armes et la question n'a jamais quitté l'ordre du jour. Lors d'un récent symposium sur les sondages et la Maison Blanche, Greenberg s'est servi de la ténacité d'Obama sur le contrôle des armes pour illustrer sa capacité à s'engager sur un sujet quand il le veut —ce qui contraste avec les velléités de pédagogie économique de son premier mandat, traduisant un manque de persévérance selon le sondeur.

En privé, Obama a travaillé les sénateurs au corps et s'est adjoint les services de son meilleur négociateur parlementaire, le méconnu Joe Biden. On peut se moquer du vice-président pour ses gaffes, mais il connaît très bien le Sénat et a contribué à l'adoption de la loi de 1994 sur la criminalité, qui comporte à ce jour les mesures les plus strictes sur le contrôle des armes. En mettant Biden à contribution, Obama —qui, selon ses propres dires, s'estime souvent capable de faire le boulot de son équipe mieux qu'elle—, a fait du mieux qu'il pouvait.

Mais tout cela n'était peut-être que du flan. La fermeté d'Obama était beaucoup plus palpable après l'échec du vote que dans les jours qui ont précédé. On aurait pu s'attendre à ce qu'un homme manifestement si exaspéré et si prompt à désigner des coupables dans son discours de la Roseraie ait arpenté le Sénat en long et en large quelques heures auparavant, comme le suggère Dowd.

Cette audace aurait-elle changé quelque chose? Probablement pas, mais elle aurait pu faire égaler en véhémence la tentative de faire passer ce texte et l'indignation de le voir rejeté.

La guitare et le piano

En fin de compte, il est impossible que le président dépasse ses limites de négociateur au cours de son mandat. Obama n'adore pas cette partie du boulot, où il est le moins bon, et chez les anciens de Washington, pratiquement tout le monde vous dira qu'il pourrait améliorer son agilité parlementaire.

Mais ce n'est pas parce qu'il pourrait mieux faire qu'il arrivera à faire ce qu'il faut. Pour gagner un vote sur le contrôle des armes, vous devez être un virtuose de la carotte et du bâton. Dans le contexte actuel, remporter une bataille législative sur une question aussi compliquée — et qui l'est d'autant plus avec une assise démocrate aussi faible sur le Congrès— n'est pas chose facile pour un président. 

C'est un don que vous devez avoir d'entrée et ce n'est pas sur ces critères qu'Obama a été embauché. En réalité, c'est même tout le contraire: si Obama a été élu, c'est parce qu'il était l'anti-politicien par excellence.

Il n'avait pas été formé à Washington, ni même vraiment à la politique. Quand on vous engage parce que vous savez jouer de la guitare, vous n'allez pas vous mettre à devenir un virtuose du piano, qu'importe si on vous répète à longueur de journée que Lyndon Johnson pouvait jouer Brahms sans partition.

Il faudra attendre 2016

Pourquoi est-il si difficile d'imaginer l'électorat jeter son dévolu sur un candidat capable de faire passer la loi sur le contrôle des armes? Parce qu'un tel candidat aurait dû jouir d'une longue expérience législative, bourrée de compromis et de petits arrangements, une carrière grâce à laquelle il ou elle aurait appris à contourner les obstacles et à faire avancer les choses.

En 2008, pendant la primaire démocrate, Hillary Clinton avait passé un sale quart d'heure à vouloir différencier les talents requis pour faire promulguer des lois et ceux requis pour parler des lois que l'on veut faire promulguer. Elle avait déclaré qu'il avait fallu un Johnson pour que les droits civiques de Martin Luther King soient adoptés par le Sénat. A l'époque, on l'avait accusée de vouloir faire passer Johnson devant King.

Mais son intention, c'était de montrer que son expérience de sénatrice allait pouvoir l'aider en tant que présidente, qu'elle était mieux qualifiée quand il s'agissait de traduire les mots en actions. Maintenant, nous devrons attendre 2016 pour tester à nouveau cette théorie.

John Dickerson

Traduit par Peggy Sastre

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L'AUTEUR
John Dickerson est le chef du service politique de Slate.com et l'auteur de «On Her Trail». Vous pouvez le contacter à slatepolitics @ gmail.com. Ses articles
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Publié le 25/04/2013
Mis à jour le 28/04/2013 à 9h25
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