Economie

L'Indonésie, le pays de l'aviation low-cost

Gurvan Kristanadjaja, mis à jour le 25.04.2013 à 10 h 39

Voyager avec Lion Air, la compagnie qui vient d'effectuer une commande record auprès d'Airbus et dont un des appareils s’est récemment crashé à Bali, n’est pas de tout repos.

L'appareil de Lion Air qui s'est écrasé à Bali, le 13 avril 2013. REUTERS/Indonesian Police/Handout.

L'appareil de Lion Air qui s'est écrasé à Bali, le 13 avril 2013. REUTERS/Indonesian Police/Handout.

Pour ceux qui en ont fait l’expérience, voyager en Indonésie nécessite une bonne dose de patience ou une absence totale de peur de l’avion.

Les Indonésiens, eux —en tout cas ceux de la classe moyenne—, ont choisi. Ça sera la voie des airs.

Dès mon arrivée au pays, les locaux m'ont prévenu:

«Si tu veux voyager ici, prends l'avion, les trains sont lents. Les bus? On ne les utilise pas pour voyager.»

«Prendre l'avion ici, c'est comme prendre le train chez vous», me dit-on.

De quoi expliquer pourquoi ce pays, avec ses 17.500 îles et son boom économique à rendre jaloux l’ensemble des ministres des Finances de la zone euro, connaît actuellement plus de 20% d'augmentation du trafic en moyenne par an. Pour le président de la compagnie aérienne Garuda, «en Indonésie, le secteur du transport aérien croît près de deux fois plus vite que la croissance économique». Avec une telle expansion, les aéroports pourraient bientôt ne plus pouvoir accueillir tous les voyageurs.

Comme un billet SNCF en France

Une compagnie privée a accompagné ce boom: Lion Air. Lancée il y a treize ans avec une flotte de 230 Boeing, elle a misé sur le low-cost. Pour un vol long en basse saison, il faut compter en moyenne 1 million de roupies indonésiennes (79,45 euros) et en haute saison 1,5 million (119,18 euros). L'équivalent d'un billet de train SNCF en France. Certains billets pour se rendre de la capitale Jakarta à Jogjakarta (près de 500 km) se vendent même entre 10 et 15 euros.

Dirigée par l'homme d'affaires Rusdan Kirana, dont la fortune est estimée à 900 millions de dollars, la compagnie a raflé près de 50% du trafic local et son ambition est presque sans limites. En mars, elle a signé avec Airbus le plus gros contrat d'aviation civile de l’année: 18,4 milliards d'euros pour 234 A320, soit près de 2% du PIB du pays.

L’information n’est pas passée inaperçue en France: d’abord parce que le contrat a été signé en grande pompe à l’Elysée, ensuite parce que la société figure sur la liste noire des compagnies interdites de vol dans le ciel européen.

Lion Air a beau rafler des parts de marché, la sécurité parfois défaillante à bord des avions lui vaut une mauvaise presse, même en Indonésie, où les normes sécuritaires sont parfois surprenantes. J’ai déjà brandi, sur les conseils de mes proches, des Indonésiens, la photocopie en noir et blanc de mon passeport français à moitié déchirée. Imaginez vous présenter pour un vol à Roissy avec une piètre copie de votre passeport pour seul titre d'identité!

Je me souviens avoir embarqué avec un couteau suisse, de nombreux flacons de produits de toilette et un ballon de football. Seul ce dernier m'a finalement été confisqué. J’ai même voyagé embaumé par l’odeur du durian, un fruit typique mais interdit à la cuisine dans les restaurants de plusieurs pays asiatiques à cause de sa forte odeur justement, mais visiblement autorisé au transport dans les soutes à bagages des avions Lion Air. 

Sept crashs depuis 2004

Ces petits rien seraient anecdotiques si Lion Air n’avait pas connu sept crashs entre 2004 et 2013, dont un a fait 25 morts à l'atterrissage en novembre 2004 à Surakarta (Indonésie). Le dernier en date est aussi spectaculaire que miraculeux: le 13 avril, un Boeing de la compagnie a fini sa course dans l’eau à Bali, ne faisant aucun mort mais une quarantaine de blessés.

Il faudra attendre le résultat de l’enquête pour connaître les raisons de cet accident. La vétusté de l’avion? Si beaucoup des appareils de la compagnie sont anciens, le Boeing 737-800 NG qui s'est écrasé à Bali venait d'être reçu en mars dernier.

La faute au pilote, donc? Le PDG de la compagnie assure que toutes les personnes aux commandes de ses appareils ne font pas plus de neuf heures de vol par jour.

Des suspicions persistent en Indonésie depuis que cinq d'entre eux ont été jugés pour avoir consommé de la drogue au cours des deux dernières années. Pour la plupart, de la crystal meth, qui selon l'enquête leur permettrait de tenir les (trop) nombreuses heures de vol. Mais les résultats des premières analyses visant à déceler de l'alcool ou de la drogue chez les pilotes du vol de Bali se sont révélés négatifs.

Incroyable potentiel du secteur aérien indonésien

Il faudra pourtant que Lion Air —et le secteur aérien indonésien dans son ensemble— fasse encore des efforts si la firme veut améliorer son image et confirmer son ambition de devenir une des compagnies incontournables dans la zone Asie-Pacifique. Dans un rapport de 2010, l’IATA notait déjà l’incroyable potentiel du secteur aérien indonésien, à condition qu’il règle ses problèmes avec la sécurité: l’Indonésie pesait alors 1,4% du trafic mondial, mais 4% des accidents.

Et mon trajet? Il s’est finalement passé sans encombres. Peu de contrôles, mais un climat de confiance. Ici, en Indonésie, malgré l'absence apparente de règles, le nombre d'attentats et de délits dans l'espace aérien n'est pas plus élevé qu'ailleurs, et Lion Air n'a subi qu'un seul accident mortel en treize ans.

Gurvan Kristanadjaja

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