France

Remaniement: «Tout ça pour ça»?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 24.06.2009 à 18 h 37

Ce qui s'est dit du remaniement sur le web.

Au lendemain du remaniement ministériel, les éditorialistes soulignent tous l'entrée au gouvernement de Frédéric Mitterrand comme le changement le plus symbolique et le plus marquant, mais sont partagés sur l'ampleur et la portée du remaniement. La «blogosphère» a mis l'accent sur d'autres nominations moins médiatiques.

Pour Arnaud Leparmentier (Le Monde), il s'agit ni plus ni moins d'un «remaniement mécanique» auquel Nicolas Sarkozy a été contraint à cause du «départ de deux ministres: Michel Barnier, ministre de l'agriculture, élu député européen — et qui veut depuis longtemps aller à Bruxelles pour devenir commissaire européen, et Rachida Dati, dont le sort a été scellé il y a six mois parce qu'elle ne faisait pas l'affaire à la justice.» Pour lui, le «vrai remaniement» interviendra en 2010, après les élections régionales.

La souris accouche d'une montagne

Un avis que ne partage pas Marianne2, qui titre «la souris accouche d'une montagne», expliquant que «le «remaniement mécanique» s'est transformé en tremblement de terre ministériel avec dix-huit changements de portefeuilles.» Didier Louis va dans le même sens dans son éditorial pour le Courrier Picard «on est passé de l'ajustement mécanique annoncé [...] à un grand mouvement d'horlogerie.» Il concède néanmoins qu'au-delà du grand nombre de changements, il ne s'agit pas d'un «rééquilibrage politique mais, la formule n'est pas usurpée, d'un jeu de chaises musicales», expression qui revient dans plusieurs analyses.

Dans son analyse vidéo, Guillaume Tabard estime que Nicolas Sarkozy montre «qu'il change son équipe en profondeur pour attaquer une deuxième étape de son mandat». «Bien qu'il se défende de vouloir attaquer un acte II de son quinquennat, Nicolas Sarkozy avait besoin d'un acte politique fort après les européennes.»

La belle prise

Unanimité en revanche pour souligner, à leur manière, le coup politique que représente la nomination de Frédéric Mitterrand au ministère de la Culture. Pour Jacques Camus (la République du Centre), c'est le fait que ce dernier ait éventé la «surprise du chef» et par la même forcé Sarkozy à avancer l'annonce du remaniement qui doit être retenu. «On s'attendait à tout, sauf à ce que l'annonce du remaniement ministériel soit précipitée par une gaffe monumentale de Frédéric Mitterrand, ministre sans culture... gouvernementale.» Sur le fond, il estime que «Nicolas Sarkozy a privilégié la cohésion sur l'ouverture, la fiabilité sur l'amateurisme.»

Laurent Joffrin souligne quant à lui dans Libération la force du symbole de l'arrivée d'un Mitterrand. «Mitterrand arrive au pouvoir sous Sarkozy: la force d'un patronyme ainsi arraisonné colore un remaniement pour le reste fondu dans la grisaille.» Mais cette nomination représente en fait «une certaine fermeture politique» selon Joffrin, et ne doit pas cacher la mise en place d'«une garde sarkozienne compacte et efficace». «L'ouverture, somme toute, aura duré ce que durent les roses sur un champ de bataille, l'espace d'une manœuvre». Si la plupart des sites pointent l'homme de télévision et le militant gay, Aude Baron a cherché ce que le nouveau ministre a dit, pensé du Web — l'échec d'Hadopi devant le Conseil Consitutionnel est la raison de la non-reconduction d'Albanel à son poste: «Rien, nada. Au moins, il arrive blanc comme un linge.»

«Tout ça pour ça», écrit Bruno Dive dans les colonnes de Sud-Ouest. Il est aussi d'avis que «la diversité se trouve relayée en bas du tableau gouvernemental et, l'ouverture ne faisant visiblement plus recette, place aux fidèles et à la droite sérieuse.» Selon lui, il flotte une odeur familière autour de ce remaniement. «En fait, ce gouvernement Sarkozy aurait pu être composé par Jacques Chirac. D'ailleurs, si Frédéric Mitterrand est un homme de gauche, c'est là encore d'ouverture au chiraquisme qu'il faudrait parler, puisqu'il a voté Chirac en 1995...»

Lu sur les blogs

La lecture des blogs politiques donne une perspective différente du remaniement. Jean Quatremer, sur son blog «Coulisses de l'Europe», qualifie de «faute professionnelle» la promotion de Bruno Le Maire au ministère de l'Agriculture six mois seulement après sa nomination au secrétariat d'Etat aux affaires européennes. Le départ de celui qui a su «réconcilier l'administration Sarkozy avec le gouvernement allemand» pourrait être perçu comme «de la désinvolture sarkozienne à l'égard de l'Europe, mais aussi de la relation franco-allemande.» L'atlantisme proclamé du remplaçant de Le Maire, Pierre Lellouche, «devrait jouer en sa faveur au sein d'une Europe partageant très majoritairement ses vues» selon Quatremer. «Le fait qu'il soit favorable à l'adhésion de la Turquie n'est pas, à mon sens, très important.»

«Le vrai débat», qui promeut un débat politique de fond, considère également que la nomination de Pierre Lellouche comme étant la plus marquante. Elle témoigne de la volonté de Sarkozy de mettre en place «une Europe ultralibérale alignée sur Washington, en détruisant pour cela les nations à même de définir un autre modèle.» Sur la Turquie, le blog n'est pas d'accord avec Quatremer: «Nicolas Sarkozy, soi-disant opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Europe, vient de nommer ce soir un secrétaire d'Etat aux affaires européennes qui soutient précisément la position inverse, dans un moment critique où d'importants choix stratégiques devront être faits pour l'avenir.»

Le blog Secret Défense de Jean-Dominique Merchet s'attarde quant à lui sur la nomination d'Hubert Falco au poste de secrétaire d'Etat à la défense et aux anciens combattants. A 62 ans, «il ne découvre pas les problèmes de défense, peut-on y lire. Maire (UMP) de Toulon, élu du Var, il est originaire d'une ville et d'un département à forte connotation militaire, navale évidemment, mais également Terre, avec Canjuers ou Draguignan. Par ailleurs, secrétaire d'Etat à l'aménagement du territoire depuis mars 2008, il a eu en charge une partie du dossier des fermetures de garnison et de leurs conséquendes locales.»

Dans un billet intitulé «de l'Oréal à l'Education nationale», Radical Chic se pose la question des compétences de Luc Chatel pour remplir ses nouvelles missions. «Quelle connaissance a-t-il des débats compliqués entre les pédagos et les tradis de l'éduc nat? Où se place-t-il? Qu'est ce qu'il annonce, sinon encore un peu plus de professionnalisation et ses talents d'ex-DRH pour accompagner les mutations de carrières?» L'auteur du billet, Guillermo, voit en ce remaniement une addition d'«erreurs de casting», dont Rama Yade est un autre exemple flagrant.

Enfin, le site de partage de vidéo Dailymotion propose une sélection de vidéos autour de la valse ministérielle et des réactions qui ont suivi son annonce dans une «playlist» spéciale.

Grégoire Fleurot

(Photo: Le nouveau gouvernement devant le Palais de l'Elysée le 24 juin 2009, REUTERS/BenoitTessier)

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