Economie

Les précédents facheux des grands emprunts

Oriane Claire, mis à jour le 26.06.2009 à 17 h 06

Les grands emprunts Giscard et Balladur n'ont pas vraiment montré l'exemple en matière d'efficacité économique.

L'idée «de relancer la machine» avec un grand emprunt national est une bonne chose, elle ne fait que répondre à un besoin structurel en matière de production. En France, les entreprises privées se sont déchargées de leur rôle principal: celui d'investir dans l'économie locale. La richesse ne dépend plus que quasi-essentiellement de notre consommation. Alors, difficile de crier au scandale, lorsque l'Etat français tente d'être là pour compenser le manque d'appétit, et d'initiatives des entreprises françaises.  

Mais, il est vrai que dans le contexte actuel de marasme économique et de crise du crédit, nos entreprises ont des excuses. Difficile de se lancer dans un quelconque projet d'investissement quand la croissance est en berne et que les perspectives de reprise restent bien incertaines. D'autant que le secteur bancaire ne semble n'avoir qu'une idée en tête: rétablir ses marges pour pouvoir de nouveau se redistribuer des bonus et des primes «convenables», entend-on.  Alors quand l'ensemble du secteur privé est en panne, l'Etat a un rôle à jouer. Les Etats-Unis l'ont bien compris et ont lancé massivement des mesures de sauvetage inégalées par leur ampleur et leur rapidité.

En France, alors que le chef de l'Etat se réveille huit mois après le déclenchement de la tempête (la faillite de Lehman) pour tenter l'impossible: relancer fortement notre croissance, voilà que tout le monde monte au créneau!  Il faut savoir que les Français n'ont pas assez de ressources mais ils ont de l'épargne. Difficile à comprendre mais les chiffres nationaux l'attestent. Notre taux d'épargne est l'un des plus élevé au monde avec selon l'Insee, l'équivalent de 15,6% d'une année de revenu disponible.  Donc, nous avons les moyens de souscrire à un vaste emprunt national. Par ailleurs, il est toujours plus rentable de prêter (la somme est reversée à échéance plus les intérêts à percevoir tout au long de l'emprunt) que de payer des impôts.

Mais, en regardant l'efficacité de nos emprunts nationaux par le passé, il y a de quoi se montrer perplexe. Les vastes politiques industrielles d'antan ont été un fiasco et les emprunts Giscard et Balladur restent des exemples d'échec cuisant. Jusqu'à présent, il faut bien se rendre à l'évidence, les dépenses publiques en France ont coûté très chères et pesé lourdement sur le contribuable mais n'ont rapporté que très peu en croissance et en emplois, c'est bien là où le bât blesse. Alors pourquoi l'emprunt Sarkozy fonctionnerait?

Aujourd'hui, les hypothèses de départs sont connues: nous savons qu'en France le coût du travail est élevé et que notre fiscalité est pénalisante. Pourtant, nous ne sommes pas uniques, l'Allemagne et le Japon disposent de contraintes quasi-similaires et rien ne les a empêché de développer un secteur industriel puissant et compétitif. Il reste que nos capacités en matière d'innovation sont assez faibles car les moyens dédiés à la recherche n'ont jamais été suffisants. En revanche, nous savons que c'est sur une main d'œuvre qualifiée et une technologie haut de gamme qu'il faudra compter. Rien ne sert de vouloir se lancer tous azimuts dans une production de masse.  

Ce qui reste inquiétant, c'est la méthode appliquée. Monsieur Sarkozy a annoncé une vaste consultation de trois mois qui devra être lancée par Francois Fillon pour «définir les priorités nationales». C'est bien à ce niveau là que tout se jouera: c'est en choisissant les bonnes orientations que notre avenir sera assuré. Or, en France nous avons eu jusqu'à présent une fâcheuse tendance à prendre des directions très pénalisante pour nos finances sans résultat pour l'économie industrielle.  Et puis, il ne suffira pas de faire de la France une «économie de production, il faudra encore savoir vendre la marque France avec des produits compétitifs et de qualité, notamment sur le marché national.

Pour ce faire, nous devrons compter sur la bonne volonté, l'énergie et la connaissance de nos chercheurs et experts pour orienter les choix et prendre pour une fois une voie gagnante.  Et il faut peut-être aussi que cette fois-ci l'Etat s'engage à être responsable de ses investissements en rendant compte de son efficacité. Jusqu'à présent, l'Etat n'a pas su «transformer l'essai». Gardons un œil vigilant pour que Nicolas Sarkozy ne se cantonne pas à cet effet d'annonce pour ensuite placer ses camarades de jeu sous prétexte de «financer l'avenir».

Oriane Claire

Crédit photo: marché boursier   Reuters

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