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Les attentats de Boston prouvent qu'il faut davantage de caméras de vidéosurveillance

Les images des deux suspects diffusées par le FBI.

Les images des deux suspects diffusées par le FBI.

La façon dont les autorités ont identifié les deux suspects montrent que nous devrions réfléchir à la manière dont les caméras peuvent aider à empêcher les crimes plutôt qu’à seulement les résoudre après coup.

Le jeudi 18 avril, le FBI diffusait des photos et des vidéos montrant deux personnes présentant un intérêt dans le cadre de l’attentat du marathon de Boston. Selon l’agent spécial du FBI Richard DesLauriers, les autorités recherchaient deux hommes, qu’il nommait suspect N°1 (avec une casquette de couleur sombre) et suspect N°2 (portant une casquette blanche). DesLauriers déclara également que le suspect N°2 avait été vu sur Boylston Street en train de poser un engin et de partir vers l’ouest juste avant les explosions de lundi.

Ce qui était remarquable, c’est la clarté des images publiées par le FBI. Si DesLauriers n’en a ce jour-là pas indiqué la provenance, le Boston Globe a alors rapporté que les autorités se concentraient sur des vidéos «enregistrées par des caméras de surveillance du même côté de Boylston Street que les explosions».

Les deux suspects présumés de l'attentat, Tamerlan Tsarnaev, mort lors de sa traque par les autorités, et Dzhokhar Tsarnaev, arrêté dans la nuit de vendredi à samedi, ont vu des caméras de surveillance causer leur perte. Nous devrions considérer cet aspect de l’affaire comme un signe des vertus de la vidéosurveillance.

Mieux encore, nous devrions réfléchir à la manière dont les caméras peuvent aider à empêcher les crimes plutôt qu’à seulement les résoudre après coup. Les villes sous la menace d’attentats terroristes devraient installer des réseaux de caméras pour contrôler tout ce qui bouge dans les installations urbaines vulnérables.

D’accord, vous n’aimez pas qu’on vous surveille. Moi non plus. Mais de toutes les mesures envisageables pour améliorer la sécurité à l’ère du terrorisme, l’installation de caméras de surveillance partout pourrait s’avérer être le meilleur choix. Elles ne coûtent pas cher, sont moins intrusives que beaucoup de systèmes de sécurité physiques et elles peuvent s’avérer extrêmement efficaces pour résoudre des crimes.

Manifestation de l'existence de Big Brother

Les caméras de surveillance ne sont pas seulement le cauchemar des ayatollahs des libertés civiques. Aux yeux de la plupart d’entre nous, l’idée d’être soumis à une surveillance de tous les instants est néfaste. Les caméras dans le ciel sont la manifestation ultime de l’existence de Big Brother —pour le gouvernement, une manière de vous surveiller partout, tout le temps.

Outre la normalisation de la surveillance —qui transforme chaque lieu public en un site d’investigations criminelles—, il y a aussi un potentiel d’abus. Quand une ville est surveillée de façon routinière, le gouvernement peut transformer chaque indiscrétion en délit.

Autrefois, vous pouviez mettre un petit coup d’accélérateur quand vous étiez pressé. Aujourd’hui, dans beaucoup d’endroits du monde, un radar enregistre votre excès de vitesse et vous envoie une prune par la poste.

Associez caméra et technologie de reconnaissance faciale et vous vous retrouvez avec la recette de l’intrusion étatique. Venez-vous de rouler un pétard, traverser hors des clous ou taguer un arrêt de bus? Vous n’avez pas payé vos impôts ou votre pension alimentaire? Eh bien, préparez-vous à faire l’objet d’une enquête —voire à être poursuivi, mis à l’amende ou arrêté.

Ce ne sont pas là des craintes sans fondement. C’est vrai, il y a un prix à payer pour une surveillance de tous les instants. Mais il ne s’agit pas de problèmes insolubles. Abus et dérives pourraient être contenus par des règlementations limitant la manière dont le gouvernement peut utiliser les enregistrements des caméras de surveillance.

Nous avons davantage l’habitude de réfléchir à la façon de faire travailler les caméras pour nous qu’aux raisons de les supprimer. Comparées aux autres mesures de sécurité, les caméras se trouvent être l’option la moins coûteuse et la plus efficace.

Depuis le 11-Septembre, nous avons transformé la plupart des espaces publics en forteresses —aujourd’hui, il ne vous est plus possible d’entrer dans des gratte-ciel, des aéroports, de nombreux musées, des concerts et même de participer à des festivités publiques sans être soumis à des fouilles et à des détecteurs de métaux. Associées à un système compétent assurant le respect de la loi, les caméras de surveillance sont plus efficaces, moins intrusives, moins épuisantes psychologiquement et bien plus agréables que ces alternatives. Comme l’ont montré plusieurs études, un réseau de caméras bien surveillées peut aider les enquêteurs à élucider des crimes rapidement, et il est même prouvé que les caméras peuvent contribuer à décourager et à prévoir les actes criminels.

Des études montrent un impact

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que des terroristes sont attrapés grâce à des caméras de surveillance. Cela s’est produit à Londres, la ville la plus surveillée du monde, il y a presque dix ans.

Lorsqu’un groupe de kamikazes a attaqué le système de transports de la ville le 7 juillet 2005, les autorités se sont principalement appuyées sur des caméras de vidéosurveillance pour identifier les terroristes. Grâce à ces caméras, l’identité des kamikazes et de leurs complices fut dévoilée en l’espace de quelques jours.

Deux semaines plus tard, un autre groupe de terroristes tenta d’attaquer le métro et le bus londoniens. Leurs bombes ne fonctionnèrent pas. Les suspects prirent la fuite, mais la police avait des enregistrements vidéo. Il ne lui fallut qu’une journée pour isoler les images des terroristes et diffuser leur photo dans les médias. Les informations données par le public ne tardèrent pas à affluer—et en l’espace d’une semaine, la police avait arrêté les agresseurs et leurs complices (pendant la traque, les policiers abattirent également un homme innocent).

Les preuves que la vidéosurveillance participe à la lutte contre les délits plus habituels sont légion. Selon une étude du Bureau des services de police orientés vers les communautés du ministère de la Justice américain, lorsque les réseaux de surveillance sont installés et gérés de façon compétente par du personnel formé, ils réduisent de façon significative de nombreux types d’activités criminelles, et ce de façon rentable.

Lorsque des caméras ont été installées dans le centre-ville de Baltimore en 2005, expose l’étude, le nombre de crimes violents a baissé de 23% et la criminalité dans son ensemble de 25%. Dans un quartier de Chicago, la criminalité a baissé de 38% après l’installation de la vidéosurveillance.

L’étude montre un taux de réussite plus réduit à d’autres endroits —à Washington D.C., par exemple, les chercheurs ont découvert qu’un système de surveillance n’avait aucun impact perceptible sur la criminalité. Mais les raisons de cet échec ne vont pas plaire aux libertaires: les chercheurs expliquent que les caméras n’ont probablement pas eu d’impact parce que leur utilisation était trop strictement réglementée à la suite de craintes d’atteintes à la vie privée.

Après consultation de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), Washington a institué des règles limitant sévèrement les personnes autorisées à regarder les caméras et celles qu’elles peuvent suivre. Ces règles empêchent aussi les opérateurs de sauvegarder de façon routinière des vidéos de surveillance.

Concrètement, elles ont pour conséquence un nombre très réduit de gens derrière les caméras susceptibles de réagir aux actes criminels captés dans les vidéos. Le rapport estime qu’avec un assouplissement des règlementations, les caméras pourraient s’avérer bien plus efficaces.

Intervention de l'intelligence artificielle

L’étape suivante dans le domaine des techniques de surveillance implique l’intervention de l’intelligence artificielle. Plusieurs entreprises travaillent sur des logiciels qui suivent de près les images de caméras de sécurité afin de repérer les activités criminelles avant qu’elles ne se produisent. Une de ces entreprises, BRS Labs, a mis au point une technologie pour le système de transports publics de San Francisco qui opère une surveillance et alerte les responsables quand elle repère un «comportement inhabituel ou anormal».

De quoi s’agit-il exactement? Selon l'offre de l'entreprise et son matériel publicitaire, le logiciel recherche tous les événements statistiquement inhabituels. En surveillant un lieu pendant un long moment, il détermine ce qui est «normal» pour cet environnement précis. Il alerte ensuite des responsables si quelque chose sort de la normalité.

Par exemple, le président de BRS a confié à The Daily l'année dernière que le logiciel avait déclenché l’alerte en remarquant un camion entrant dans un tunnel de San Francisco normalement réservé aux rames du métro. Les autres occurrences susceptibles de déclencher une alerte par le logiciel sont des gens qui traînent au lieu de s’occuper, qui sautent par-dessus les tourniquets et qui déposent un paquet et s’éloignent.

La meilleure raison d’accepter un réseau étatique de caméras est que de toute façon, nous sommes déjà surveillés—seulement pas systématiquement, ni d’une manière qui aiderait à faire respecter la loi. Toutes les rues fréquentées sont déjà couvertes de caméras de sécurité privées, et tout le monde a sa caméra.

Il aurait pu être utile à un certain moment de nous demander si nous voulions vraiment nous engager sur cette voie et avoir des caméras partout. Mais nous avons raté le coche —à la place, vous et moi et toutes nos connaissances, nous sommes allés nous acheter des smartphones et nous nous sommes mis à mitrailler. De nos jours, à chaque événement important, nous cédons tous volontiers nos droits à notre vie privée —estimant tous comme allant de soi que les photos donnent de précieux aperçus de l’actualité, et inondant le Web de photos et de clips illustrant l’actu à la une.

Les documents obtenus par l'ACLU du Massachusetts montrent que la ville de Boston a déjà installé des caméras de sécurité. Il n’y a qu’environ 55 caméras de surveillance de la police observant la ville, plus 92 dans les villes voisines et à peu près 600 dans le métro (et beaucoup plus gérées par des entreprises privées).

«L’Anneau d’acier» de Londres

Cela semble beaucoup, mais comparé à celui d’autres villes, le système de Boston est plutôt modeste. Le programme de caméras de sécurité de New York, surnommé «l’Anneau d’acier» (Ring of Steel), utilise 3.000 caméras rien qu'à Lower Manhattan; ce programme s’inspire de «l’Anneau d’acier» londonien, qui comprend rien moins qu’un demi-million de caméras.

Bien sûr, Boston est bien plus petit que New York ou Londres, mais le problème n’est pas seulement le nombre de caméras, il est aussi que Boston —comme la plupart des autres villes américaines— n’a pas fait de ces caméras l’atout majeur de son programme de sécurité. Boston n’a pas d’anneau d’acier. Ni Los Angeles, Chicago, San Francisco, ou Atlanta.

Les caméras ont aidé le FBI à trouver des personnes présentant un intérêt dans le cadre des attentats du marathon. Mais auraient-elles pu faire davantage? Je ne peux vous affirmer que l’attentat du marathon aurait été évité si Boston avait disposé d’un plus vaste réseau de caméras manipulées par des logiciels ou des humains.

Il est certainement possible que même en observant la scène en temps réel depuis 100 angles différents, la police aurait tout de même pu rater un truc. Mais au moins, elle aurait eu une chance de voir quelque chose. Ce qui est mieux que de rester dans le noir.

Farhad Manjoo

Traduit par Bérengère Viennot

Publié sur Slate.com avant l'identification de Tamerlan et Dzhokhar Tsarnaev, cet article a été légèrement adapté dans sa version française.

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