Israël boude Obama et lorgne vers Sarkozy
Le premier ministre israélien est venu mercredi à Paris.
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L'opinion israélienne n'a toujours pas digéré l'arrivée au pouvoir de Barack Obama. Il n'est pas de jour sans que les médias les plus extrémistes n'affublent le président américain de son deuxième prénom, Hussein, afin de rappeler ses origines musulmanes et de suggérer implicitement la raison de ses éventuelles amitiés avec les Palestiniens. Le discours du Caire a pourtant été considéré comme modéré par tous les observateurs dont l'un, sur la chaîne 10, a utilisé une image sportive pour qualifier cette intervention. Le résultat du match Israël-Palestine s'est soldé par un 6 à 6. Egalité donc pour les points positifs au profit de chaque camp.
Ce rejet du président par une majorité d'Israéliens ne s'explique que par le procès d'intention qui lui est systématiquement fait alors que l'administration américaine s'évertue à calmer le jeu. A ce jour, aucune décision mettant en jeu les intérêts d'Israël n'a été prise qui remette en question les liens étroits entre les deux pays.
Barack Obama aurait pu, s'il le voulait, donner l'ordre à son représentant à l'ONU de ne plus soutenir systématiquement Israël et l'autoriser à ne pas user de son droit de veto au Conseil de sécurité. C'est le seul signe qui aurait pu être significatif d'un revirement politique des Etats-Unis. A l'approche du renouvellement du don annuel de trois milliards de dollars, aucune voix ne s'est par ailleurs prononcée contre l'octroi de cette aide américaine sans contrepartie.
Israël se comporte en fait comme l'enfant gâté des Etats-Unis et il n'a de cesse de réclamer ouvertement des marques d'attention exceptionnelles et exclusives. Georges W. Bush avait habitué les Israéliens à une attitude trop partisane mais le nouveau locataire de la Maison Blanche se doit, dans l'intérêt du processus de paix, d'équilibrer sa politique au profit de l'autre bord. Pour argumenter leurs critiques, les journalistes reviennent souvent sur ce qui pourrait être considéré comme digne des magazines «people» à savoir le salut d'Obama au roi d'Arabie Saoudite, lors du G20 de Londres, jugé trop obséquieux par comparaison à son comportement face à la reine Elisabeth II.
Les commentateurs israéliens enfoncent le clou en interprétant cette politesse comme une allégeance aux alliés saoudiens tandis que les plus virulents qualifiaient sa génuflexion de soumission à un chef religieux.
Benjamin Netanyahou est largement responsable de cette attitude contre Obama. Inquiet par avance du changement de ton de l'administration américaine, il avait suscité la charge en règle contre le nouveau président en laissant son ministre des affaires Etrangères et son ministre de l'Environnement tonner contre ce qu'ils avaient qualifié «d'ingérence dans les affaires intérieures de l'Etat».
Pas un diner, pas un colloque, pas une seule réunion où l'attitude du dirigeant américain n'est fustigée. Le matraquage orchestré par le clan religieux et les colons extrémistes tend à alarmer une opinion sensible et à obtenir le soutien des communautés juives dans le monde. Chaque week-end, de nombreux cars remplis de partisans venus des villes, sillonnent les implantations pour soutenir moralement et financièrement des colons majoritairement religieux dont les mentors se trouvent parmi les communautés orthodoxes américaines. Les prières collectives sont espacées de discours enflammant une assistance conquise et prête à condamner le nouveau président qui veut s'opposer à l'extension des colonies.
Beaucoup ont cru en Israël que la nomination de Rahm Emanuel, fils d'un héros de l'Irgoun, au poste de secrétaire général de la Maison Blanche constituait une assurance du maintien du soutien inconditionnel de l'administration Bush. En fait, ce conseiller de Obama est à l'origine de la nouvelle politique au Proche-Orient et Yossi Beilin, ancien président du groupuscule gauchiste Meretz, s'en félicite en relevant que «les positions d'Obama et de Hillary Clinton sont très proches des points défendus par l'Initiative de Genève», le plan de paix dont il a été l'initiateur avec des dirigeants palestiniens.
Les Israéliens interprètent toujours à leur détriment toute information, telle celle diffusée par l'AFP spécifiant que «le président américain Barack Obama avait affirmé la nécessité d'une certaine fermeté envers Israël sur la création d'un Etat palestinien et la colonisation dans les territoires». Ils n'ont pas vu que cette déclaration s'inscrivait dans le laïus minimum qu'il pouvait prononcer dans un pays arabe alors qu'il n'a jamais prôné le démantèlement des colonies israéliennes et encore moins le retrait total des territoires occupés.
La droite extrémiste s'offusque quand on prétend lui dicter la politique à suivre mais elle ne se prive pas de donner ses conseils à Obama lui-même. On ne compte plus les dérives de certains préposés aux attaques virulentes qui estiment que la situation doit rester bloquée pour satisfaire les intérêts israéliens. Le jeune ministre de l'Environnement Gilad Erdan sort souvent de ses attributions en affirmant : «lorsque le président américain demande le gel de la construction, y compris de jardins d'enfants dans les colonies, il s'écarte des ententes conclues avec Israël par le président Bush».
Un mail très diffusé, mais tronqué, précisait qu'Obama avait déclaré que les Etats-Unis étaient un des plus grands pays musulmans au monde». Le contexte a été tout simplement violé et la phrase réduite aux mots qui fâchent. Le président faisait référence à des chiffres et ne portait aucun jugement de valeur: «les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l'islam. D'ailleurs, si l'on compte le nombre d'Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l'un des plus grands pays musulmans de la planète».
Les officiels américains tentent d'éclairer les Israéliens sur la position réelle de leur administration. Le porte-parole du département d'Etat américain, Robert Wood, a affirmé que «les relations entre les Etats-Unis et Israël ne sont pas mises en doute. Nous avons des relations très étroites et stables avec le gouvernement israélien. Un point c'est tout.» Il confirme en tout point les propos d'un important responsable politique israélien exprimés au Yediot Aharonot: «Il n'y a pas de crise dans les relations avec les Etats-Unis. Entre amis, il y a des mésententes, mais la maturité de nos relations est telle que nous n'avons nullement besoin de cacher nos différends.»
La droite religieuse et les colons, qui s'inquiètent d'éventuelles décisions douloureuses concernant les implantations, orchestrent le lâchage d'Obama. Ils profitent des divisions qui agitent la coalition hétéroclite pour brandir le spectre d'un conflit avec les Etats-Unis si d'aventure l'on touchait au statut actuel des localités juives de Cisjordanie. Benjamin Netanyahou, qui se sent prisonnier des militants extrémistes qui lui assurent une majorité au parlement, tente de convaincre Tzipi Livni de Kadima (centre gauche) de le rejoindre au gouvernement pour contrer les pressions américaines. En cas de refus, il la rendra responsable de la nouvelle tournure que prendront les relations entre les Etats-Unis et Israël.
Barack Obama estime, sans doute à raison, que la réactivation du processus de paix passe par un gel de l'extension des colonies.Ce sacrifice est difficilement explicable aux tenants de la coalition gouvernementale actuelle.
Certains dirigeants, qui s'inquiètent de la dépendance accrue vis-à-vis des Américains, songent à s'affranchir de la mainmise américaine et commencent ouvertement à se poser la question d'un rééquilibre des relations avec l'Europe. Benjamin Netanyahou, qui rencontre mercredi 24 juin Nicolas Sarkozy, son modèle et ami, envisage de poser le problème ouvertement.
Israël dont l'économie est uniquement ouverte vers les Etats-Unis pourrait envisager de se rapprocher de l'Europe. Les entreprises israéliennes qui lorgnaient jusqu'à présent outre atlantique, estiment que la source américaine est tarie et que la France pourrait offrir des opportunités pour les sociétés israéliennes d'investissements. Le milliardaire israélien Nochi Dankner donne l'exemple et a décidé d'investir 630 millions d'euros dans le groupe Carrefour.
Jacques Benillouche
Crédit photo: Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahou Reuters
Mis à jour le 25/06/2009 à 6h48











![[Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus» [Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/villepin_4_0.jpg)






























Vous écrivez: "Yossi Beilin, ancien président du groupuscule gauchiste Meretz, s'en félicite en relevant que «les positions d'Obama et de Hillary Clinton sont très proches des points défendus par l'Initiative de Genève», le plan de paix dont il a été l'initiateur avec des dirigeants palestiniens."
BEILIN, un gauchiste ? Parce qu'il n'a pas trahi les idéaux du parti travailliste de Yitzhak Rabin, assassiné par un Israélien d'extrême-droite ? A-t-on le droit de rappeler sans passer pour un affreux gauchiste, qu'il a été un des négociateurs des "accords d'Oslo", aujourd'hui reniés par la quasi-totalité des politiciens israéliens ?
Cette propension de la plupart des commentateurs à traiter par le mépris tous les partisans de "la paix maintenant" est aussi inquiétante que la facilité avec laquelle on colle l'étiquette infamante de l'antisémitisme à toute critique des positions jusqu'au-boutistes du gouvernement israélien ; celui-ci, je le rappelle, est une "auberge espagnole" où on trouve à la même table l'extrême-droite raciste et les travaillistes les plus va-t-en-guerre.
La propagande a encore de beaux jours devant elle, et les fanatiques religieux de chacun des deux peuples, israélien comme palestinien, ont leur avenir assuré, Dieu soit loué !
En ces temps intéressants,
Souvenons nous, ou apprenons que M. Sarkozy est de par sa famille, sa formation politique, ses soutiens et ses choix stratégiques un neo-conservateur américain.
C'est pourquoi M Obama le méprise et le rejette tant, et pourquoi tout ce que la planète compte de pays ou d'homme politiques issus de l'ère Bush n'hésite pas à le soutenir.
La tristesse est que M Obama a été élu avec la bénédiction des milieux d'affaire et qu'il n'a donc pas de liberté d'action ni de choix en cette matière.
L'enveloppe sera plus propre, mais le contenu sera aussi glauque que par le passé.
C'est un peu le message que M Benjamin Netanyahou va passer en France tout en faisant miroiter de l'activité économique avec Israel en ces temps de vache maigre.
Oh! Le gentil Obama et les méchants Sarkozy et Netanyahou.
Belle vision archéo-romantique d'hommes d'état qui défendent d'abord... leurs intérêts nationaux
Chaque jeu de tennis est différent mais le but est toujours le même. Gagner sur un terrain dont les frontières sont strictement délimitées. On n'y échappe pas. On gagne un avantage par ci, on en perd un par là. Et les jeux peuvent être longs.
Celui entre l'Israel et la Palestine dure depuis 60 ans. Les joueurs ont été relayés des deux côtés mais le match n'a pas été intérrompu. Un des joueurs a profité pendant tout le match de l'oeil bien veillant de l'arbitre (et principal sponsor). L'autre a le soutien de la plupart des spectateurs.
Puis sensation! On a changé l'arbitre! Le sponsor choisit d'autres joueurs! Consternation du joueur qui a bénéficié si longtemps d'une interprétation très élastique du réglement. Fâché, il fait appel à un petit arbitre de touche qui répond qu'il l'aime beaucoup mais que, sincèrement, la balle était 'out'.
La comparaison s'arrète là.
Dans ce match des gens meurent, des milliers souffrent, plusieurs générations n'ont connu que cette misère injuste. Comme autrefois en Afrique de Sud lors de l'apartheid, une minorité vie comfortablement, soutenue par certaines grandes puissances, tandis que d'autres sont parqués dans des ghettos où ils meurent avant leur temps.
Il est temps que ce jeu ensanglanté s'arrête. Le monde a d'autres problèmes à résoudre sur un terrain bien plus vaste et bien plus peuplé.
Sauver la planète par exemple.
Quand Sarkozy envoie balader Obama qui lui suggère de faire rentrer la Turquie en Europe, se comporte t-il aussi comme un "enfant gâté"? A quel titre Israel devrait se plier aux lubies de la nouvelle administration américaine dirigée certes par un président brillant, mais qui n'a aucune experience diplomatique, militaire, ni même économique? Quand Obama se faisait élire sénateur junior de l'Illinois en 2004, Netanyahu avait déjà été premier ministre, ministre des affaires étrangères et des finances, avec une expérience de plus de 30 ans derrière lui. Ce n'est pas parce que Obama a décidé un beau matin de remettre en cause les accords passés entre Israel et l'administration Bush pendant 8 ans, qu'Israel devrait se plier à ces exigences. C'est son problème.
Vous me retorquerez peut-être que les 3 milliards de dollars d'aide annuel des USA à Israel signifie aussi des devoirs pour l'Etat Hebreu. Mais je vous répondrai que ces $3M ne représentent que 1,8% du PNB Israelien, et qu'ils servent aussi aux américains à financer indirectement leur industrie militaire: Boiening, Raytheon, McDonnell. En donnant cet argent à Israel qui revient aux USA indirectement, l'Amerique se fait aussi du bien!
Les US sont libres de décider leur politique, et Israel aussi. Les deux pays sont souverains et leur dirigeants élus par la volonté du peuple. Netanyahu est avant tout redevable aux israéliens avant de l'être à Obama.
Obama n'a en vérité pas la même expérience que Bibi. Israël est un petit pays qui bénéficie pour une large mesure de sa diaspora qui compte environ le même nombre de ressortissants. cela n'est en rien comparable aux états unis pour lesquels la gouvernance est beaucoup plus restreinte. il n'y a donc pas de comparaison à faire, et l'expérience de l'un ne peut pas vraiment être utile à l'autre.
Bush à été soutenu par les néocons qui ont évidemment privilégiés les multinationales, de l'armement tout particulièrement, dans cette guerre en Irack. si en effet la technologie militaire vous ait alloué (comptez 5 milliards, en partie financement, l'autre en envois direct d'armes, logistique...)Ce sont les contribuables Américains qui paient la note et non les Israëliens, sachez le, (environ 500dollards par an et par israëliens). pour ce qui est des devoirs Israëliens en retour il est juste de dire que l'état d'Israël s'assoit dessus, et que la seule façon de faire plier les dirigeant arrogants actuels serait de leur couper les vivres. Ce qui est fait parfois avec parcimonie .
Sarkozy vient de s'aligner sur la position d'Obama. Il a demandé l'arrêt des constructions dans les territoires occupés. Même si la France ne joue pas un grand rôle dans le processus de paix, si Benjamin Netanyahou espérait un retour à la politique du Moyen Orient de la IV ème république c'est raté. Nicolas Sarkozy a recentré la politique française mais n'a pas modifié les fondamentaux. Sa politique étrangère est plus subtile qu'on ne le dit ou l'écrit