Monde

Israël boude Obama et lorgne vers Sarkozy

Jacques Benillouche, mis à jour le 25.06.2009 à 6 h 48

Le premier ministre israélien est venu mercredi à Paris.

L'opinion israélienne n'a toujours pas digéré l'arrivée au pouvoir de Barack Obama. Il n'est pas de jour sans que les médias les plus extrémistes n'affublent le président américain de son deuxième prénom, Hussein, afin de rappeler ses origines musulmanes et de suggérer implicitement la raison de ses éventuelles amitiés avec les Palestiniens. Le discours du Caire a pourtant été considéré comme modéré par tous les observateurs dont l'un, sur la chaîne 10, a utilisé une image sportive pour qualifier cette intervention. Le résultat du match Israël-Palestine s'est soldé par un 6 à 6. Egalité donc pour les points positifs au profit de chaque camp.

Ce rejet du président par une majorité d'Israéliens ne s'explique que par le procès d'intention qui lui est systématiquement fait alors que l'administration américaine s'évertue à calmer le jeu. A ce jour, aucune décision mettant en jeu les intérêts d'Israël n'a été prise qui remette en question les liens étroits entre les deux pays.

Barack Obama aurait pu, s'il le voulait, donner l'ordre à son représentant à l'ONU de ne plus soutenir systématiquement Israël et l'autoriser à ne pas user de son droit de veto au Conseil de sécurité. C'est le seul signe qui aurait pu être significatif d'un revirement politique des Etats-Unis. A l'approche du renouvellement du don annuel de trois milliards de dollars, aucune voix ne s'est par ailleurs prononcée contre l'octroi de cette aide américaine sans contrepartie.

Israël se comporte en fait comme l'enfant gâté des Etats-Unis et il n'a de cesse de réclamer ouvertement des marques d'attention exceptionnelles et exclusives. Georges W. Bush avait habitué les Israéliens à une attitude trop partisane mais le nouveau locataire de la Maison Blanche se doit, dans l'intérêt du processus de paix, d'équilibrer sa politique au profit de l'autre bord. Pour argumenter leurs critiques, les journalistes reviennent souvent sur ce qui pourrait être considéré comme digne des magazines «people» à savoir le salut d'Obama au roi d'Arabie Saoudite, lors du G20 de Londres, jugé trop obséquieux par comparaison à son comportement face à la reine Elisabeth II.

Les commentateurs israéliens enfoncent le clou en interprétant cette politesse comme une allégeance aux alliés saoudiens tandis que les plus virulents qualifiaient sa génuflexion de soumission à un chef religieux.

Benjamin Netanyahou est largement responsable de cette attitude contre Obama. Inquiet par avance du changement de ton de l'administration américaine, il avait suscité la charge en règle contre le nouveau président en laissant son ministre des affaires Etrangères et son ministre de l'Environnement tonner contre ce qu'ils avaient qualifié «d'ingérence dans les affaires intérieures de l'Etat».

Pas un diner, pas un colloque, pas une seule réunion où l'attitude du dirigeant américain n'est fustigée. Le matraquage orchestré par le clan religieux et les colons extrémistes tend à alarmer une opinion sensible et à obtenir le soutien des communautés juives dans le monde. Chaque week-end, de nombreux cars remplis de partisans venus des villes, sillonnent les implantations pour soutenir moralement et financièrement des colons majoritairement religieux dont les mentors se trouvent parmi les communautés orthodoxes américaines. Les prières collectives sont espacées de discours enflammant une assistance conquise et prête à condamner le nouveau président qui veut s'opposer à l'extension des colonies.

Beaucoup ont cru en Israël que la nomination de Rahm Emanuel, fils d'un héros de l'Irgoun, au poste de secrétaire général de la Maison Blanche constituait une assurance du maintien du soutien inconditionnel de l'administration Bush. En fait, ce conseiller de Obama est à l'origine de la nouvelle politique au Proche-Orient et Yossi Beilin, ancien président du groupuscule gauchiste Meretz, s'en félicite en relevant que «les positions d'Obama et de Hillary Clinton sont très proches des points défendus par l'Initiative de Genève», le plan de paix dont il a été l'initiateur avec des dirigeants palestiniens.

Les Israéliens interprètent toujours à leur détriment toute information, telle celle diffusée par l'AFP spécifiant que «le président américain Barack Obama avait affirmé la nécessité d'une certaine fermeté envers Israël sur la création d'un Etat palestinien et la colonisation dans les territoires». Ils n'ont pas vu que cette déclaration s'inscrivait dans le laïus minimum qu'il pouvait prononcer dans un pays arabe alors qu'il n'a jamais prôné le démantèlement des colonies israéliennes et encore moins le retrait total des territoires occupés.

La droite extrémiste s'offusque quand on prétend lui dicter la politique à suivre mais elle ne se prive pas de donner ses conseils à Obama lui-même. On ne compte plus les dérives de certains préposés aux attaques virulentes qui estiment que la situation doit rester bloquée pour satisfaire les intérêts israéliens. Le jeune ministre de l'Environnement Gilad Erdan sort souvent de ses attributions en affirmant : «lorsque le président américain demande le gel de la construction, y compris de jardins d'enfants dans les colonies, il s'écarte des ententes conclues avec Israël par le président Bush».

Un mail très diffusé, mais tronqué, précisait qu'Obama avait déclaré que les Etats-Unis étaient un des  plus grands pays musulmans au monde». Le contexte a été tout simplement violé et la phrase réduite aux mots qui fâchent. Le président faisait référence à des chiffres et ne portait aucun jugement de valeur: «les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l'islam. D'ailleurs, si l'on compte le nombre d'Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l'un des plus grands pays musulmans de la planète».

Les officiels américains tentent d'éclairer les Israéliens sur la position réelle de leur administration. Le porte-parole du département d'Etat américain, Robert Wood, a affirmé que «les relations entre les Etats-Unis et Israël ne sont pas mises en doute. Nous avons des relations très étroites et stables avec le gouvernement israélien. Un point c'est tout.» Il confirme en tout point les propos d'un important responsable politique israélien exprimés au Yediot Aharonot: «Il n'y a pas de crise dans les relations avec les Etats-Unis. Entre amis, il y a des mésententes, mais la maturité de nos relations est telle que nous n'avons nullement besoin de cacher nos différends.»

La droite religieuse et les colons, qui s'inquiètent d'éventuelles décisions douloureuses concernant les implantations, orchestrent le lâchage d'Obama. Ils profitent des divisions qui agitent la coalition hétéroclite pour brandir le spectre d'un conflit avec les Etats-Unis si d'aventure l'on touchait au statut actuel des localités juives de Cisjordanie. Benjamin Netanyahou, qui se sent prisonnier des militants extrémistes qui lui assurent une majorité au parlement, tente de convaincre Tzipi Livni de Kadima (centre gauche) de le rejoindre au gouvernement pour contrer les pressions américaines. En cas de refus, il la rendra responsable de la nouvelle tournure que prendront les relations entre les Etats-Unis et Israël.

Barack Obama estime, sans doute à raison, que la réactivation du processus de paix passe par un gel de l'extension des colonies.Ce sacrifice est difficilement explicable aux tenants de la coalition gouvernementale actuelle.

Certains dirigeants, qui s'inquiètent de la dépendance accrue vis-à-vis des Américains, songent à s'affranchir de la mainmise américaine et commencent ouvertement à se poser la question d'un rééquilibre des relations avec l'Europe. Benjamin Netanyahou, qui rencontre mercredi 24 juin Nicolas Sarkozy, son modèle et ami, envisage de poser le problème ouvertement.

Israël dont l'économie est uniquement ouverte vers les Etats-Unis pourrait envisager de se rapprocher de l'Europe. Les entreprises israéliennes qui lorgnaient jusqu'à présent outre atlantique, estiment que la source américaine est tarie et que la France pourrait offrir des opportunités pour les sociétés israéliennes d'investissements. Le milliardaire israélien Nochi Dankner donne l'exemple et a décidé d'investir 630 millions d'euros dans le groupe Carrefour.

Jacques Benillouche

Crédit photo: Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahou   Reuters

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