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Pourquoi la chute des cours de l'or est inquiétante

En Autriche en 2011. REUTERS/Lisi Niesner

En Autriche en 2011. REUTERS/Lisi Niesner

La chute des cours de l’or et de beaucoup de matières premières est le signe d’une interruption de la reprise de la croissance mondiale. Cela n’arrangera pas nos problèmes d’emploi et de déficit public.

Souvent, en économie, le même phénomène peut être interprété de façons différentes, voire opposées, sans que personne n’ait complètement tort... On en trouve un bel exemple avec la récente chute de l’or. Quelques chiffres d’abord pour montrer les faits: l’once d’or s’échangeait à Londres à 1.790 dollars le 5 octobre dernier, elle a terminé l’année 2012 à 1.675, le vendredi 12 avril elle était à 1.548 dollars et le lundi 15 elle est tombée à 1.416  avant de se stabiliser dans les jours suivants entre 1.380 et 1.400. Maintenant, voyons comment on peut interpréter cette dégringolade.

Pour certains, c’est une bonne nouvelle. En hausse continue depuis le début de ce siècle, le cours du métal précieux avait encore accéléré son mouvement à la faveur de la crise financière de 2008. Le raisonnement des investisseurs était simple: dans un monde menacé par une grave crise économique et avec des banques au bord de la faillite (certaines ne sont pas restées au bord, elles ont plongé), le placement le plus sûr était l’or (dans certains pays comme les Etats-Unis ou l’Espagne, il ne pouvait être question de trouver refuge dans la pierre, puisque la crise était également immobilière).

Que l’or baisse aujourd’hui parce qu’il est délaissé est donc une bonne nouvelle: c’est la preuve que les investisseurs ne craignent plus un effondrement du système bancaire international et qu’ils ne rechignent plus à placer leur argent sur des produits financiers. En somme, ce serait le signal de la fin de la crise.

C’est vrai, mais en partie seulement. On peut trouver à la chute de l’or d’autres explications, qui sont nettement moins réjouissantes. La principale est incontestablement la crainte d’une reprise de l’économie mondiale moins forte que cela n’était prévu, avec pour conséquence de moindres tensions sur le marché des matières premières et donc un risque plus faible de dérapage des prix. L’or, il ne faut pas l’oublier, est d’abord une protection contre l’inflation.

Les matières premières en perte de vitesse

Cette explication semble effectivement très plausible. Le mouvement récent de baisse n’a pas affecté seulement l’or, il a touché l’ensemble des métaux précieux (argent, platine, palladium) et industriels comme le cuivre, le nickel, l’étain, etc. On a pu aussi voir les cours du pétrole fléchir nettement, le Brent de mer du Nord revenant au-dessous de 100 dollars le baril pour la première fois depuis juillet 2012. Cette baisse des cours du pétrole trouve son origine dans une production abondante dans certains pays, notamment aux Etats-Unis, mais aussi dans une révision à la baisse des estimations de la demande, notamment en Europe.

Ce signal envoyé par le marché des matières premières n’est pas nouveau, il était déjà perceptible avant cette journée du 15 avril qui a vu la chute du cours de l’or. Depuis quelque temps, certains économistes, comme ceux du courtier Aurel bgc, mettaient en garde les investisseurs contre les risques d’euphorie face à la valse des records des indices boursiers à Wall Street.  

Certes la politique monétaire très accommodante poursuivie par la Réserve fédérale était favorable à la bourse, qui misait sur une accélération de la croissance, mais l’évolution des cours des matières premières montrait que cette accélération se faisait attendre. A un moment donné, les marchés financiers allaient finir par en prendre acte. C’est effectivement ce qu’ils ont fait, avec leur brutalité habituelle.

Un autre élément a joué: la rumeur a couru que Chypre allait vendre son or pour regarnir les caisses de l’Etat. En elle-même, la nouvelle n’était pas très inquiétante: il n’y avait pas là de quoi déséquilibrer le marché. Mais si cette vente se produisait, elle risquait de donner des idées à d’autres pays européens très endettés qui pouvaient décider de vendre eux aussi leur or. Et des investisseurs ont donc décidé de vendre tout de suite avant que les banques centrales ne fassent baisser les prix.  Et comme ils ont été nombreux à avoir eu la même idée au même moment, on a vu le résultat…

Pas d’accélération de la croissance mondiale

Mais cela n’a été que le déclencheur. La grande question qui se pose sur le marché de l’or est bien celle de la croissance mondiale et les informations des derniers jours sont venues confirmer les craintes. Au premier trimestre, la croissance chinoise a été inférieure aux prévisions, à un rythme de «seulement» 7,7 % l’an. C’est d’autant plus fâcheux que la Chine est le plus gros acheteur de matières premières et le grand pays émergent dont les économistes attendent le plus, alors que la Russie piétine et que l’Inde et le Brésil peinent à accélérer.

Aux Etats-Unis, les dernières statistiques ont été décevantes, notamment en ce qui concerne la consommation et le moral des ménages. Au Japon, une nouvelle politique se met en place; on en voit les effets immédiats sur la Bourse mais l’impact sur l’économie reste à démontrer. Quant à l’Europe, on voit bien qu’elle est à la peine.

Les nouvelles prévisions du Fonds monétaire internationale ne font que rendre plus visible ce désenchantement: à 3,3 % en 2013 contre 3,2 % l’an dernier, la croissance mondiale ne connaîtrait pas l’accélération espérée. Pour la zone euro, ce serait encore une année de récession, avec un recul de 0,3 % du PIB. Même l’Allemagne ne réussirait pas à faire mieux qu’un maigre 0,6 % cette année.

Quant à la France, le FMI rejoint les instituts de conjoncture de plus en plus nombreux à lui prédire un léger recul de 0,1 % de son PIB et non pas une hausse du même ordre de grandeur comme le prévoit le gouvernement.

Que faire en Europe?

Principales accusées: les politiques de rigueur ou d’austérité, selon les pays, menées en Europe.  Sur ce point, pratiquement tout le monde est d’accord: ces politiques ont eu un impact sur la croissance plus fort qu’on ne le pensait. Et, de surcroît, avec une croissance plus faible, les objectifs annoncés en matière d’assainissement budgétaire ne sont ne sont pas atteints, car les recettes fiscales ne sont pas au rendez-vous.

Une fois que l’on a fait ce constat, que décide-t-on? Ou l’on accepte une réduction plus progressive des déficits publics ou l’on rajoute une dose d’austérité, au risque de casser encore un peu plus la croissance. En renonçant à imposer une réduction supplémentaire des dépenses publiques, le gouvernement des Pays-Bas, traditionnellement classés du côté des orthodoxes, a montré dans quelle voie allait probablement s’engager l’Europe: celui d’un rallongement des délais  accordés aux Etats, à condition qu’ils continuent tout de même de progresser vers l’équilibre de leurs finances publiques.

Cette solution semble conforme au bon sens. Mais il reste à déterminer comment elle sera appliquée Etat par Etat. En France, le gouvernement se veut encore relativement optimiste, avec une croissance moyenne estimée à 2% entre 2015 et 2017 et un déficit public estimé à 0,7% à la fin de cette période. Ce qui lui vaut, en interne, des critiques de tout bord. D’un côté, l’institut COE-Rexecode dénonce le dérapage des finances publiques: en dépit du matraquage fiscal, le programme n’est pas tenu parce que les dépenses publiques sont insuffisamment maîtrisées.

De l’autre côté, l’OFCE reproche à la France comme à la zone euro dans son ensemble d’en faire trop en matière de rigueur, ce qui a pour conséquence de prolonger la récession, faire monter le chômage et, du coup, rendre encore plus difficile l’assainissement des finances publiques.

Notre gouvernement a choisi une voie moyenne, en espérant améliorer l’état de ses finances sans trop nuire à la croissance et à l’emploi. Avec le risque de ne donner satisfaction sur aucun de ces points. Mais a-t-il vraiment d’autre choix possible?

Gérard Horny

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