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Boston: quel genre de traces trouve-t-on sur le lieu d'un attentat à la bombe?

Forrest Wickman, mis à jour le 18.04.2013 à 7 h 03

Des indices extrêmement utiles.

Le 16 avril sur un des lieux de l'explosion à Boston, des enquêteurs sont à la recherche d'indices. REUTERS/Shannon Stapleton

Le 16 avril sur un des lieux de l'explosion à Boston, des enquêteurs sont à la recherche d'indices. REUTERS/Shannon Stapleton

Au lendemain de l'attentat du marathon de Boston, les enquêteurs ont commencé à travailler sur une scène de crime de 12 pâtés de maison afin de déterminer le genre d'explosif utilisé et le type de poseur de bombe –national ou international– à l'origine de cette explosion. Quel genre de preuves scientifiques peut-on collecter sur le lieu d'une explosion?

Des morceaux de la bombe, des résidus d'explosifs, des fragments de composants électroniques et même parfois les empreintes digitales et l'ADN du poseur de bombe. L'une des premières tâches des enquêteurs sur le lieu d'une explosion, c'est de déterminer le type d'explosif utilisé. Et ils peuvent s'y prendre de plusieurs façons. Par exemple, la police scientifique peut se servir d'un spectromètre à mobilité ionique pour détecter des traces d'explosif dans l'air ambiant. (Qui fonctionne sur le même principe que le portique de détection d'explosifs ou de drogues des aéroports américains.)

Certains de ces appareils peuvent identifier dans l'air ambiant le type d'explosif utilisé et afficher son nom sur un écran numérique. Les enquêteurs peuvent aussi pratiquer des tests chimiques en appliquant des réactifs sur les fragments de la bombe qui changeront de couleur en fonction du type d'explosif présent. Ces deux tests sont considérés comme indicatifs et doivent être confirmés en laboratoire par des techniques de chromatographie et de spectrométrie de masse.

Où l'explosif a-t-il été acheté?

Si l'explosif est atypique, les enquêteurs peuvent savoir où il a été acheté. Par exemple, certains explosifs sont «tagués» avec des marqueurs chimiques qui permettent d'en déterminer l'origine. Par contre, si l'explosif est du TNT, alors vous saurez qu'il a probablement été volé et vous devrez compulser les déclarations de vol déposées auprès de l'ATF, comportant obligatoirement la photo et la copie d'une pièce d'identité de l'acheteur. (Des vols qui se produisent plusieurs fois par an, mais de telles données peuvent servir aux enquêteurs travaillant sur l'attentat). Malheureusement, si l'explosif est «artisanal» et confectionné à partir d'engrais ou de poudre à canon, la trace de ces ingrédients sera difficile à remonter. 

Les enquêteurs peuvent aussi collecter des fragments de la bombe dispersés sur toute la zone d'impact –et dans des cas aussi horribles que celui des attentats de Boston, sur les victimes– pour tenter de la reconstituer. Dès qu'ils savent à quoi elle ressemble, ils peuvent croiser leurs informations avec celles du FBI et de son centre d'analyse des dispositifs terroristes explosifs, qui répertorie tous les types d'«engins explosifs improvisés» (EEI) confectionnés par les terroristes étrangers. Certains groupes terroristes signent leurs EEI en utilisant toujours le même type de matériaux et de composants, ce qui peut permettre au FBI de recouper l'engin avec d'autres présents dans sa base de donnés.

Des bombes plus puissantes au corps flexible ont tendance à laisser des fragments plus petits, tandis que les bombes au corps rigide, comme les bombes tuyau en métal, peuvent laisser des fragments de plusieurs centimètres. Il suffit que le bouchon du tuyau s'envole pour que les enquêteurs retrouvent le reste de la bombe. Mais de petits fragments peuvent aussi se révéler très utiles pour les enquêteurs.

Par exemple, lors de l'attentat de Lockerbie, un morceau minuscule de circuit imprimé retrouvé, selon les enquêteurs, sur la chemise carbonisée d'une victime s'est révélé être une preuve cruciale. Les enquêteurs peuvent aussi essayer de déterminer l'origine de chaque composant, comme par exemple le modèle de la montre ayant servi de retardateur ou même la marque de la colle ou du ruban isolant utilisés pour sceller l'engin explosif.

De l'ADN?

Si les enquêteurs arrivent à collecter des fragments suffisamment conséquents, ils peuvent parfois retrouver des empreintes digitales partielles ou de l'ADN. L'un des moyens de détecter et de préserver des empreintes digitales consiste en une «fumigation à la super-glu»: déposez dans un récipient fermé votre pièce à conviction et chauffez de la super-glu, une fois vaporisés, les composants de la colle iront se fixer sur l'empreinte pour la révéler et la préserver.

C'est parce que la super-glu se lie remarquablement bien à la sueur et à d'autres résidus présents sur les doigts (et c'est aussi pour cela qu'il est très facile de se coller les doigts en manipulant de la super-glu). Mais sur les EEI, les empreintes sont souvent carbonisées, ce qui fait que les enquêteurs cherchent plutôt de l'ADN. De l'ADN de contact, par exemple: les particules de peau que vous laissez derrière vous en touchant simplement un objet, d'autant plus si sa surface est rugueuse.

S'il s'agit là des principales techniques qu'utilisent les enquêteurs pour collecter des indices sur une scène de crime, ce ne sont pas les seules. Par exemple, si le poseur de bombe laisse derrière lui une besace ou un sac à dos, un enquêteur pourra y retrouver des traces de pollens ou de poils d'un animal domestique. Avec les pollens, les experts botanistes de la police peuvent savoir de quels types de fleurs ils proviennent et déterminer l'environnement familier du poseur de bombe. De même, avec les poils d'un animal, il est possible par exemple de remonter à une certaine race de chien. Et une fois un suspect identifié, c'est autant d'éléments qui seront utilisés pour fouiller sa maison à la recherche de correspondances.

Forrest Wickman

Traduit par Peggy Sastre

L’Explication remercie David Foran de l'université d’Etat du Michigan, John Goodpaster de l'université de l'Indiana–université Purdue d'Indianapolis et Glen Jackson de l'université de Virginie Occidentale.

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