France

Joey Barton: les footballeurs doivent bien se tenir, sauf sur Twitter

Grégoire Fleurot, mis à jour le 18.04.2013 à 11 h 17

La Fédération française de football n'a pas sanctionné le joueur anglais de l'OM pour ses insultes envers un autre joueur du championnat postées sur le réseau social, alors qu'elle a déjà distribué des amendes pour des propos similaires.

Joey Barton célèbre un but avec l'Olympique de Marseille contre le Borussia Mönchengladbach au Stade Vélodrome, le 8 novembre 2012. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Joey Barton célèbre un but avec l'Olympique de Marseille contre le Borussia Mönchengladbach au Stade Vélodrome, le 8 novembre 2012. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Joey Barton pourra continuer d’insulter ses adversaires sur Twitter avec des blagues de mauvais goût.

Le Conseil national de l’éthique (CNE), qui avait été saisi par la Ligue de football professionnel (LFP) pour juger les propos tenus par le joueur anglais de l’Olympique de Marseille à l’encontre de Thiago Silva, le défenseur brésilien du PSG, a estimé, lundi 15 avril, qu’il n’était pas compétent à juger cette affaire.

En cause, des tweets largement repris dans les médias dans lesquels Barton qualifiait Silva de «transsexuel», et qui avaient été dénoncés comme homophobes par l’association Paris Foot Gay:

La polémique qui a suivi avait entraîné un communiqué du PSG condamnant des «propos inacceptables» et poussé l’OM à présenter des excuses officielles et à rappeler à l’ordre son joueur.

Mais Joey Barton ne devrait donc pas être inquiété au-delà des remontrances de son club, à moins que la Fédération française de football (FFF), qui chapeaute le CNE, ne décide de le convoquer à nouveau.

En plus d’être un nouveau symptôme de l’homophobie qui règne dans le milieu du football (les cas de joueurs en activité ayant fait leur coming-out sont extrêmement rares), l’affaire Joey Barton met en lumière l’incohérence des instances footballistiques dans leur gestion de tels cas: la FFF ne tolère pas les insultes, sauf quand elles sont proférées sur Twitter.

Les avocats de Joey Barton ont d’ailleurs utilisé l’absence de précédent de sanction sur les réseaux sociaux pour défendre leur client. Le joueur de Valenciennes Anthony Le Tallec a par exemple récemment critiqué l’arbitrage de manière musclée («arbitres en bois» qui «se prennent pour des stars») sur son compte sans être convoqué par le CNE, là où plusieurs entraîneurs ont déjà été sanctionnés pour des «propos blessants envers l’arbitrage».

Des propos comparables déjà sanctionnés

L’organisme qui dirige le football français semble estimer que Twitter est un espace où ses règles d’éthique peuvent être enfreintes sans problèmes. Sur le cas Barton, le CNE a notamment invoqué «des problèmes d’interprétation sur des propos tenus en anglais». Mais la vraie raison de l’absence de sanction est sans doute à chercher dans une autre phrase de Laurent Davenas, le président du CNE, à L'Equipe:

«Cette affaire soulève des problèmes d’ordre juridique. Twitter est-il un espace de communication public?»

La question est en effet complexe. La Cour de cassation a récemment rendu pour la première fois un arrêt sur le sujet en estimant que les insultes proférées par une salariée à l’encontre de sa patronne sur Facebook n’étaient pas publiques, mais l’absence de statut légal pour les réseaux sociaux en France et de décision similaire pour Twitter font qu’un flou juridique continue d’entourer la question.

On comprend alors que le CNE ne veuille pas s’engager dans un domaine qu’il ne maîtrise pas. Pourtant, les insultes de Barton ont été relayées dans les médias et ont donc touché un public au moins aussi large que d’autres propos qui ont eux entraîné des suspensions.

En avril 2012, huit joueurs lyonnais avaient écopé d’un match de suspension et de 5.000 euros d’amende chacun pour avoir entonné un chant anti-stéphanois insultant après leur victoire en Coupe de France. Et quand le dérapage est homophobe, le CNE peut même punir plus durement.

En 2011, le Marseillais Taïwo a écopé d’un match ferme de suspension et de deux avec sursis et de 20.000 euros d’amende après avoir lui aussi entonné, dans l’euphorie de la victoire, un chant anti-parisien à connotation homophobe. Le président de Montpellier Louis Nicollin, qui avait qualifié un joueur adverse de «petite tarlouze», avait été puni de deux mois ferme de suspension et deux avec sursis.

La sévérité de la FA, même sur Twitter

D’autres pays sont beaucoup moins hésitants sur le sujet. En Angleterre, où Barton a effectué toute sa carrière avant d’atterrir à Marseille à l’été dernier, les tweets des footballeurs sont surveillés de près par la Football association (FA), la plus vieille fédération du monde, et sanctionnés.

L’attaquant de Liverpool Ryan Babel a reçu en janvier 2011 une amende de 10.000 livres pour avoir posté un lien vers un montage photo montrant l’arbitre Howard Webb avec un maillot du rival Manchester United, tandis que l’international anglais Carlton Cole a écopé d’une amende de 20.000 livres en avril 2011 pour une blague jugée de mauvais goût.

L’ancien capitaine de l’équipe d’Angleterre Rio Ferdinand a même été puni d’une amende de 45.000 livres (près de 53.000 euros), non pas pour avoir écrit un message offensant, mais simplement pour avoir relayé un tweet considéré comme raciste par la FA à propos de son compatriote Ashley Cole.

Cette différence de traitement vient-elle du fait que l’utilisation de Twitter reste assez faible en France par rapport à certains pays? Il n’y avait en août 2012 que 7,3 millions d’utilisateurs actifs de Twitter en France, contre plus de 30 millions au Royaume-Uni, qui a une population comparable.

La plupart des footballeurs du championnat de France qui ont un compte Twitter ne disposent pas vraiment d’une audience impressionnante sur Twitter. A Montpellier, le club champion en titre, le joueur le plus suivi est Remy Cabella avec 18.000 abonnés.

Mais la situation est en pleine évolution, avec notamment l’arrivée dans le championnat de joueurs très actifs comme Joey Barton (2 millions d’abonnés), le Brésilien Lucas Moura (900.000 abonnés) ou encore l’Argentin Javier Pastore (350.000 abonnés).

Les clubs pas vraiment préoccupés

Du côté des clubs de Ligue 1, on n’est pas vraiment préoccupé par les dommages en termes d’images que peuvent entraîner les réseaux sociaux, et on insiste plutôt sur la nouvelle interactivité entre fans et joueurs que procure Twitter. Les clubs ont-ils des règlements ou des chartes concernant l’utilisation des réseaux sociaux par leurs joueurs, à l’image de certaines entreprises?

A Bordeaux, le club affirme ne jamais avoir eu de problème particulier avec l’utilisation des réseaux sociaux par ses joueurs et ne «pas avoir mis en place de système». «On regarde ce qu’ils postent, mais ils écrivent ce qu’ils veulent», précise-t-on. Pas de charte non plus à Saint-Etienne, même si le club «rappelle aux joueurs que c’est une plateforme qui est visible par tous, que les tweets sont de plus en plus repris dans les médias».

Le PSG fait savoir par email qu’il ne peut «pas répondre» à cette question, mais on peut imaginer qu’avec les salaires de plusieurs millions d’euros par an et l’importance qu’apportent les propriétaires qataris à l’image du club, rien n’a été laissé au hasard dans les contrats. En décembre dernier, l’ancienne star du club Nene avait désavoué son entraîneur, qui avait affirmé qu’il ne pouvait pas jouer parce qu’il était blessé au mollet, en téléchargeant une photo de lui à la patinoire sur son compte Instagram...

A l’OM, l’affaire Barton semble avoir pris de court la direction du club. L’entraîneur Elie Baup a botté en touche en estimant que Barton était le «seul responsable de ses actes et de sa communication», tandis qu’au même moment le club rappelait à l’ordre son joueur via son communiqué.

Contacté par Slate.fr, le club fait savoir qu’il y a une charte concernant les réseaux sociaux pour les salariés du club, mais aucun règlement spécial pour les joueurs. «Notre directeur de la communication a simplement expliqué à Barton qu’il devait arrêter, et qu’on ne faisait pas ça en France», fait savoir le club olympien.

L’Anglais n’a d’ailleurs rien perdu de son franc-parler numérique depuis ses échanges houleux avec Thiago Silva, même si ses saillies ne visent plus d'autres joueurs de Ligue 1. Les amateurs de football qui critiquent un milieu devenu trop lisse et aseptisé peuvent pour le moment continuer de se tourner vers Twitter pour entendre autre chose que «l’important c’est les trois points» dans la bouche de ses derniers, et regretter que la star parisienne Zlatan Ibrahimovic, autre grande gueule de Ligue 1, ne soit pas aussi active sur le site de microblogging...

Grégoire Fleurot

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Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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