Le doux rêve chinois doit mettre fin au cauchemar nord-coréen

Si la Chine veut être prise au sérieux en tant que leader sur le plan international, il faut qu’elle agisse enfin contre cette farce grotesque qu’est le régime de Kim Jong-un.

A Dandong, au bord de la rivière Yalu, en Chine. En face, Sinuiju, en Corée du Nord. REUTERS/Jason Lee

- A Dandong, au bord de la rivière Yalu, en Chine. En face, Sinuiju, en Corée du Nord. REUTERS/Jason Lee -

Xi Jinping, le nouveau président chinois, a pris ses fonctions, réalisé son premier voyage diplomatique, et présenté sa (très élégante) femme au public. Ensuite, comme le veut la pratique chinoise, qui peut parfois s’avérer obtuse ou inversée, il a lancé sa campagne politique. Dans un éditorial du Quotidien du Peuple, on expliquait comment le Parti communiste comptait poursuivre le «rêve chinois» dans le but «d’apporter prospérité et revitalisation à la nation, et bonheur à son peuple». L’expression «rêve chinois» commence à se répandre, autant dans les médias chinois que dans les discours politiques et les parodies sur Internet («Le rêve chinois étouffé par le nuage» était le titre d’un article de blog sur la pollution à Pékin).

Il se pourrait qu’il s’agisse d’un slogan creux: après tout, le contenu du rêve chinois (ce que c’est, comment l’atteindre) est toujours vague. Cela concerne peut-être la lutte contre la corruption. Cela vise très sûrement à rendre plus populaire un Parti communiste de plus en plus distant et élitiste. Mais selon le Quotidien du Peuple, atteindre le rêve chinois consiste aussi à renverser «l’humiliation» que la Chine a depuis longtemps subi de la part des gouvernements étrangers. Xi Jinping semble vouloir raviver le patriotisme, et même peut-être plus: «revitalisation» pourrait s’appliquer à la nation, mais aussi à sa puissance militaire et sa position internationale.

Et ce serait bien normal: la Chine est une puissance économique importante qui connaît une croissance rapide. Il est tout naturel qu’elle veuille jouer un rôle plus important sur le plan international. Mais si c’est vraiment ce que Pékin souhaite, pourquoi ne pas saisir cette opportunité? Les Chinois pourraient commencer à jouer un rôle précieux dans le monde, un rôle qui non seulement leur permettrait de gagner quelques amis et admirateurs parmi les gouvernements étrangers, mais aussi peut-être, avec le temps, de réduire la présence militaire des Etats-Unis en Asie du Nord en éliminant la menace potentielle d’un des conflits les plus graves de la région. En commençant dès maintenant, les Chinois pourraient mettre fin à cette farce grotesque qu’est le régime nord-coréen, et, en travaillant avec les Etats-Unis, commencer à réunifier la péninsule coréenne.

Est-ce que les dirigeants chinois devraient se contenter de vouloir que la Corée du Nord arrête de lancer des missiles? Après tout, ils n’ont pas besoin de se mettre aux sanctions. Ils n’ont pas non plus besoin de répondre aux menaces militaires scandaleuses avec une démonstration de puissance aérienne, comme les militaires américains l’ont fait.

Ils pourraient tout simplement bloquer l’approvisionnement en énergie et nourriture de Pyongyang, dont la Chine est le plus grand fournisseur. Et si elle souhaitait réellement changer un régime qui retient des dizaines de milliers de personnes dans des camps de concentration directement inspirés du goulag stalinien, la Chine pourrait ouvrir sa frontière de 1.300km de long qu’elle partage avec la Corée. L’exode qui en résulterait aurait sûrement le même effet dévastateur sur la Corée que le mur de Berlin a eu sur l’Allemagne de l’est.

Certains Chinois sont déjà convaincus de la nécessité de changer la politique de la nation envers la Corée du Nord. Deng Yuwen, un rédacteur pour un important journal du Parti communiste, a déclaré en février dans le Financial Times que la Chine devrait «abandonner la Corée du Nord» et «prendre l’initiative» pour faciliter l’unification de la Corée. Les observateurs en Chine ont estimé qu’un tel article, écrit par une telle personne, a dû être autorisé par quelqu’un d’influent et pourrait même refléter l’opinion du nouveau dirigeant. Mais même si quelqu’un était d’accord avec ces idées, cette personne n’avait pas assez d’influence: Deng Yuwen a été «suspendu de ses fonctions indéfiniment».

Il est clair que certains membres de l’establishment chinois sont prêts à changer, mais pas tous: qu’il s’agisse de nostalgie pour leurs frères d’armes ou parce qu’ils pensent qu’il est toujours utile d’avoir un alter-ego pour s’opposer aux Américains et aux Japonais, ils veulent préserver le régime nord-coréen.

Autrement dit, certains membres de l’establishment chinois sont toujours attachés à une vision anachronique du rôle de la Chine dans le monde, et, de ce fait, à une vision anachronique du monde: les politiques internationales sont un jeu à somme nulle, ce qui est mauvais pour les impérialistes est bon pour la Chine, et «patriotisme» évoque des émeutes anti-Japon et une rhétorique agressive quand il s’agit de parler des îles de la mer de Chine méridionale.

En même temps, la Corée du Nord elle-même est un anachronisme, une création des années 1950, un Etat si vicieux et replié sur lui-même que les diplomates en visite à Pyongyang sont invités à laisser leurs téléphones portables à Pékin, où la liberté et la sécurité sont à peu près assurées.

Si le nouveau gouvernement chinois continue à soutenir ce régime (qu’il a aidé à créer et qu’il a soutenu pendant plus de cinquante ans), alors nous saurons que le «rêve chinois» n’est rien de plus qu’un slogan. Par contre, si le gouvernement chinois veut plus de respect, il peut le gagner en résolvant cette crise dont il est le principal responsable.

Anne Applebaum

Traduit par Hélène Oscar Kempeneers

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L'AUTEUR
Chroniqueur du Washington Post et de Slate.  Son dernier livre est: Gulag: A History. Ses articles
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Publié le 27/04/2013
Mis à jour le 28/04/2013 à 9h24
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