France

Un Mitterrand et peu de changement

Vincent Glad et Lady S., mis à jour le 24.06.2009 à 17 h 46

Outre l'arrivée du neveu de l'ancien président, ce vaste remaniement s'apparente surtout à un jeu de chaises musicales.

Nicolas Sarkozy avait déjà annexé Jaurès dans ses discours. Aujourd'hui, le roi de l'ouverture annexe Mitterrand. Même si c’est un Mitterrand de droite, la simple évocation du nom de Frédéric Mitterrand a de quoi frapper l’imaginaire des Français.

Le neveu de «Tonton» remplace donc Christine Albanel au ministère de la Culture. L’ancien pensionnaire de la Villa Médicis avait pourtant failli tout gâcher en s’autoproclamant ministre quelques heures avant que Claude Guéant ne l’annonce. Mitterrand va maintenant devoir gérer le dossier très technique du téléchargement sur Internet, largement plombé par Albanel et qu’il faudra défendre devant les parlementaires en juillet.

Pour le reste, ce remaniement, beaucoup plus large qu'attendu mais très pauvre en «ouverture», s’apparente à un grand jeu de chaises musicales. Michèle Alliot-Marie, qui a montré des velléités de changement au dernier moment, a obtenu gain de cause avec le ministère de la Justice qui clôt pour elle une impressionnante trilogie de postes régaliens, après la Défense et l’Intérieur.

Brice Hortefeux, complètement transparent aux Affaires Sociales, s’installe place Beauvau et retrouve un poste plus adapté à son profil. Christian Estrosi, pressenti à un secrétariat d’Etat à la Sécurité, obtient finalement un poste de sous-ministre chargé de l’Industrie auprès de Christine Lagarde. C’est dire que Brice Hortefeux aura vraiment les mains libres, d’autant qu’à la surprise générale, son ministère garde la compétence sur les collectivités territoriales et donc la main sur la réforme-clé de la rentrée de septembre.

Pour le remplacer rue de Grenelle, Nicolas Sarkozy offre un poste en or à Xavier Darcos, lassé de l’Education nationale — et réciproquement — et qui avait émis le souhait de changer d’affectation. La place libérée revient à Luc Chatel qui obtient une sacrée promotion au ministère de l’Education tout en gardant son poste de porte-parole du gouvernement. Sarkozy a visiblement trouvé son quadra idéal.

Au rang des symboles, le président de la République a voulu montrer qu’il avait entendu le message écologique délivré par les Européennes. Claude Allègre, devenu le boulet officiel de la lutte contre le réchauffement climatique, ne figure finalement pas au casting. Et même pas à un poste subalterne de haut-commissaire, comme la rumeur de fin d’après-midi l’annonçait. Pour faire plus Grenello-compatible, le ministère de l’Agriculture se transforme en ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la pêche. L'ex-villepiniste Bruno Le Maire, surprise de dernière minute, quitte les Affaires européennes et en prend les commandes.

Pour renforcer le ministère de l’Ecologie, Valérie Létard est nommée secrétaire d’Etat auprès de Jean-Louis Borloo, alors que la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno est maintenue dans ses fonctions. Une secrétaire d’Etat en cadeau… peut-être parce que le ministère perd l’Aménagement du territoire. Michel Mercier, patron des députés centristes, devient ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire, un tout nouveau portefeuille qui risque d’empiéter sur celui de l’Agriculture. Mercier, qui figure surtout au casting en sa qualité de trésorier du Modem, devra mettre en œuvre la nouvelle priorité de Sarkozy, «l’avenir de la ruralité».

Du côté de la diversité, Nicolas Sarkozy exfiltre comme prévu Rachida Dati élue à Strasbourg et la remplace par Nora Berra, conseillère municipale à Lyon… et fraîchement élue eurodéputée. Mais cette dernière obtient un poste subalterne avec le curieux secrétariat d’Etat aux Aînés, dont on devine qu’il devra mener la bataille du travail des séniors. Rama Yade est, elle, rétrogradée aux Sports, un poste qui lui va beaucoup moins bien que les encombrants Droits de l’Homme qui disparaissent comme par magie du gouvernement.

Outre Christine Albanel, Christine Boutin, Yves Jégo, Roger Karoutchi et Bernard Laporte quittent le gouvernement par la petite porte après un mandat difficile. Dernier départ, celui d’André Santini, qui risque de poser un gros problème politique. Avec les nouvelles dispositions constitutionnelles, il obtient le droit de récupérer son poste de député des Hauts-de-Seine… un poste occupé par Frédéric Lefebvre, porte-flingue de Sarkozy à l’Assemblée.

Dernière observation: si les ministres n’ont jamais eu aussi peu d’importance que sous Sarkozy, leurs attributions n’ont jamais semblé aussi longues. Jean-Louis Borloo fait très fort avec son poste de «ministre d’Etat, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat». Souhaitons aussi bien du courage aux imprimeurs des cartes de visites d’Hervé Novelli devenu «secrétaire d’Etat chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services et de la consommation, auprès de la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi».

Vincent Glad (avec Lady S.)

Image de une: Frédéric Mitterrand accueille Nicolas Sarkozy à la Villa Médicis, en février 2009. POOL/REUTERS

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