Un Mitterrand et peu de changement
Outre l'arrivée du neveu de l'ancien président, ce vaste remaniement s'apparente surtout à un jeu de chaises musicales.
- Frédéric Mitterrand accueille Nicolas Sarkozy à la Villa Médicis, en février 2009. POOL/REUTERS -
Nicolas Sarkozy avait déjà annexé Jaurès dans ses discours. Aujourd'hui, le roi de l'ouverture annexe Mitterrand. Même si c’est un Mitterrand de droite, la simple évocation du nom de Frédéric Mitterrand a de quoi frapper l’imaginaire des Français.
Le neveu de «Tonton» remplace donc Christine Albanel au ministère de la Culture. L’ancien pensionnaire de la Villa Médicis avait pourtant failli tout gâcher en s’autoproclamant ministre quelques heures avant que Claude Guéant ne l’annonce. Mitterrand va maintenant devoir gérer le dossier très technique du téléchargement sur Internet, largement plombé par Albanel et qu’il faudra défendre devant les parlementaires en juillet.
Pour le reste, ce remaniement, beaucoup plus large qu'attendu mais très pauvre en «ouverture», s’apparente à un grand jeu de chaises musicales. Michèle Alliot-Marie, qui a montré des velléités de changement au dernier moment, a obtenu gain de cause avec le ministère de la Justice qui clôt pour elle une impressionnante trilogie de postes régaliens, après la Défense et l’Intérieur.
Brice Hortefeux, complètement transparent aux Affaires Sociales, s’installe place Beauvau et retrouve un poste plus adapté à son profil. Christian Estrosi, pressenti à un secrétariat d’Etat à la Sécurité, obtient finalement un poste de sous-ministre chargé de l’Industrie auprès de Christine Lagarde. C’est dire que Brice Hortefeux aura vraiment les mains libres, d’autant qu’à la surprise générale, son ministère garde la compétence sur les collectivités territoriales et donc la main sur la réforme-clé de la rentrée de septembre.
Pour le remplacer rue de Grenelle, Nicolas Sarkozy offre un poste en or à Xavier Darcos, lassé de l’Education nationale — et réciproquement — et qui avait émis le souhait de changer d’affectation. La place libérée revient à Luc Chatel qui obtient une sacrée promotion au ministère de l’Education tout en gardant son poste de porte-parole du gouvernement. Sarkozy a visiblement trouvé son quadra idéal.
Au rang des symboles, le président de la République a voulu montrer qu’il avait entendu le message écologique délivré par les Européennes. Claude Allègre, devenu le boulet officiel de la lutte contre le réchauffement climatique, ne figure finalement pas au casting. Et même pas à un poste subalterne de haut-commissaire, comme la rumeur de fin d’après-midi l’annonçait. Pour faire plus Grenello-compatible, le ministère de l’Agriculture se transforme en ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la pêche. L'ex-villepiniste Bruno Le Maire, surprise de dernière minute, quitte les Affaires européennes et en prend les commandes.
Pour renforcer le ministère de l’Ecologie, Valérie Létard est nommée secrétaire d’Etat auprès de Jean-Louis Borloo, alors que la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno est maintenue dans ses fonctions. Une secrétaire d’Etat en cadeau… peut-être parce que le ministère perd l’Aménagement du territoire. Michel Mercier, patron des députés centristes, devient ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire, un tout nouveau portefeuille qui risque d’empiéter sur celui de l’Agriculture. Mercier, qui figure surtout au casting en sa qualité de trésorier du Modem, devra mettre en œuvre la nouvelle priorité de Sarkozy, «l’avenir de la ruralité».
Du côté de la diversité, Nicolas Sarkozy exfiltre comme prévu Rachida Dati élue à Strasbourg et la remplace par Nora Berra, conseillère municipale à Lyon… et fraîchement élue eurodéputée. Mais cette dernière obtient un poste subalterne avec le curieux secrétariat d’Etat aux Aînés, dont on devine qu’il devra mener la bataille du travail des séniors. Rama Yade est, elle, rétrogradée aux Sports, un poste qui lui va beaucoup moins bien que les encombrants Droits de l’Homme qui disparaissent comme par magie du gouvernement.
Outre Christine Albanel, Christine Boutin, Yves Jégo, Roger Karoutchi et Bernard Laporte quittent le gouvernement par la petite porte après un mandat difficile. Dernier départ, celui d’André Santini, qui risque de poser un gros problème politique. Avec les nouvelles dispositions constitutionnelles, il obtient le droit de récupérer son poste de député des Hauts-de-Seine… un poste occupé par Frédéric Lefebvre, porte-flingue de Sarkozy à l’Assemblée.
Dernière observation: si les ministres n’ont jamais eu aussi peu d’importance que sous Sarkozy, leurs attributions n’ont jamais semblé aussi longues. Jean-Louis Borloo fait très fort avec son poste de «ministre d’Etat, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat». Souhaitons aussi bien du courage aux imprimeurs des cartes de visites d’Hervé Novelli devenu «secrétaire d’Etat chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services et de la consommation, auprès de la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi».
Vincent Glad (avec Lady S.)
Image de une: Frédéric Mitterrand accueille Nicolas Sarkozy à la Villa Médicis, en février 2009. POOL/REUTERS
Mis à jour le 24/06/2009 à 17h46












![[Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus» [Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/villepin_4_0.jpg)





























Dans votre article précédent "Gouvernement: l’ouverture à la Sarkozy, c'est le Real Madrid", j'émettais des doutes sur une ouverture sur une gauche carbonisée et me demandais qui dans la société civile pourrait entrer dans le gouvernement.
Je dois m'incliner devant l'imagination de Sarkozy. Avec Frederic Mitterand, il s'offre simultanément un nom symbole de la gauche du temps où elle n'était pas carbonisée et une personnalité de la société civile spécialisée dans les stars. Qui sait, ces deux là ont peut-être même déjà signé un contrat d'édition.
Tiens, où est donc passé l'article d'hier de Lady S. " Le jour d'avant "? Il eut été interressant qu'il ne soit pas trappé afin de voir si les prédictions de notre Lady en matière de nominations gouvernementales furent en accointance avec la réalité du jour d'après...
Cordialement,
L'article est toujours en ligne :
http://www.slate.fr/story/7059/remaniement-le-jour-d-avant
Effectivement, pas grand chose ne colle. Mais il était bien précisé dans l'article qu'il s'agissait des derniers bruits de couloir et que tout allait se décider au dernier moment. Et en effet, le gouvernement a complètement changé dans l'après-midi, notamment à cause des exigences de Michèle Alliot-Marie qui a occasionné un vaste jeu de chaises musicales.
Puis-je me permettre de signaler à certains slateurs qui semblent l'ignorer que MITTERRAND s'écrit avec 2T et 2 R.
C'est le nom d'un personnage historique, que diable !
Alors, un peu de respect pour l'orthographe de son nom, surtout le jour où son neveu devient un ministre de la République.
Très cordialement.
Nicolas Sarkozy a commis hier, peut-être, l’une des plus grosses erreurs de son quinquennat. D’abord, force est d’admettre que l’ouverture est terminée. Aucun ministre de gauche n’entre au gouvernement (ni Lang, ni Allègre, ni Boutih, ni Giacobbi…) et un seul membre de la société civile (Frédéric Mitterrand qui est de droite) fait son apparition. Le Président a sûrement compris qu’il ne servait à rien d’appeler des hommes de gauche pour qu’ils épousent mot pour mot sa politique une fois en poste.
Ensuite, ce simple réajustement technique s’est mu en une profonde transformation du gouvernement. La moitié des ministères régaliens ont changé de visage (Justice, Education Nationale, Intérieur) alors que certains d’entre eux n’étaient en poste que depuis six mois (Le Maire, Hortefeux). D’autres enfin ne sont pas des spécialistes de leurs nouvelles attributions (Châtel).
Mais surtout, je suppose qu’il faudra plusieurs semaines voire plusieurs mois aux nouveaux ministres pour définir et circonscrire leur nouvelle zone d’influence. Je ne pense pas que nous connaîtrons une grande réforme de la Justice dans les trois prochains mois comme nous ne connaîtrons pas une réforme du lycée ou du contrat de Travail. Bref, en substance, la fin de l’année 2009 s’annonce pauvre en réformes. Or, les élections régionales approchent à grands pas puisqu’elles sont programmées pour le mois de mars 2010. Il est probable qu’à l’occasion de celles-ci, le Président Sarkozy change de Premier Ministre pour commencer la dernière phase de son mandat et préparer sa réélection de 2012. Par conséquent, nous assisterons dans huit mois à un autre remaniement, plus profond encore puisque le chef du gouvernement changera. En un mot, ma pensée est celle-ci : la vie politique française va être bien triste d’ici au milieu de l’année 2010. Le gouvernement va endosser l’habit du gestionnaire faute de pouvoir réformer.
Je sais que d’aucuns pensent, à juste titre, que les ministres ne sont que des vitrines et que toutes les décisions politiques se prennent à l’Elysée par le Président qui décide de tout, partout, tout le temps. Mais malgré cela, la mise en œuvre des réformes est effectuée par les ministres. Ils ne prendront aucun risque, de peur de perdre leur poste dans huit mois.
En somme, on va s’ennuyer ferme.
En ces temps intéressants, la composition de ce gouvernement semble plus relever de la formation du dernier carré que de la préparation d'une offensive dynamique entraînant de nouveaux alliés.
Le public ne s'y trompe guère, qui ne réagit plus au nom de Mitterrand tant ce symbole n'a plus cours que dans l'imaginaire de droite ( ils en furent si traumatisés ) .
A part quelques centristes déjà inféodés, il n'y a aucune nouveauté. Frederic Mitterrand avait déjà accepté la Villa Medicis, haute récompense et gage de fidélité, alors, le ministère plombé par Hadopi.... plus aucune importance, il n'y aura aucune influence ni action d'envergure.
Ce gouvernement est resserré autour des fidèles féaux, construit pour maintenir une poigne policière ferme d'ici les régionales, pour pemettre à une presse de plus en plus exangue de justifier les prébendes à venir par une neutralité favorisante de bon aloi dans les commentaires des choix politiques de l'exécutif et des votes de la majorité UMP, pour verrouiller les modifications subtiles de la carte électorale au profit de l'UMP et pour empêcher tout ministre de se sentir un peu libre de sa parole..
Rien de motivant face à la crise.
L'immobilisme de Chirac + un régime d'extrême droite dans sa pratique, voilà ce qui attends les français d'ici 2012.
Finalement, et après avoir regardé quelques images à la télévision, un Mitterrand avec 2t et 2r (désolé Marianne, c'est promis je ne le referai plus), c'est quand même beaucoup de changements.
Sarkozy va avoir du mal à imposer un profil bas à un Ministre qui communique comme il respire. Ca lui est tellement naturel de parler aux journalistes, qu'il va être très difficile de lui demander de se glisser dans la communication formatée d'un gouvernement et d'un Président.
Allez Heidi, hauts les cœurs, finalement on ne va peut-être pas s'ennuyer tant que ça.
Comme le Canard Enchainé le révèle ce matin, Sarko a passé son WE à dire "le remaniement je m'en fous". D'ailleurs, en une demi-journée, tout a été expédié. Notre grand homme se retrouve encadré de gens qui lui doivent tout (en excluant peut être Borloo et Alliot-Marie). Cette équipe ne brillera pas plus que la précédente.
Et dire que Frédéric Mitterrand venait tout juste d'être nommé à la Villa Médicis... (un job à mi-temps, c'était donc ? Ou bien, un petit boulot en attendant mieux ?)
Et voici qu'il la quitte pour le ministère de la culture !
Il faut bien le reconnaître : il semblerait que Sarkozy ne se trompe que rarement, après ses dernières nominations d'hommes politique de droite qui ont fait leur carrière à gauche (parce que... ne rêvons pas : c'est bien de ça qu'il était question ! A aucun moment il ne s'est agi d'hommes de gauche).
Encore une fois, la preuve est faite : on ne compte plus les hommes et les femmes pour lesquels jouer à saute-mouton est leur sport favori, à la recherche d'honneurs et de salaires plus que confortables…
Frédéric Mitterrand en fait partie : on ne le soupçonnait pas. Merci Monsieur Sarkozy pour cette révélation.
Nous sommes donc encore libres, certes ! mais... prévenus.