Economie

Lutte des classes à Washington

Matthew Yglesias, mis à jour le 12.04.2013 à 16 h 12

Obama combat les riches. Les Républicains attaquent les pauvres.

Devant la Maison Blanche, en mars 2013. REUTERS/Yuri Gripas

Devant la Maison Blanche, en mars 2013. REUTERS/Yuri Gripas

La publication, très retardée, du budget pour l'année fiscale 2014 par le président américain est une nouvelle salve dans l’interminable guerre fiscale qui fait rage à Washington. Obama y propose à la fois des réductions des versements de Medicare et un calcul controversé basé sur le coût de la vie pour diminuer les prestations de Sécurité sociale, tout en réclamant une augmentation des recettes fiscales. Pour leur part, les Républicains ont une nouvelle fois refusé d’envisager la moindre hausse d’impôts supplémentaire.

Ce conflit portant officiellement sur la taxation cache en réalité une querelle bien plus fondamentale autour de la lutte des classes. La Maison Blanche veut une redistribution des recettes principalement vers le bas, tandis que les Républicains souhaitent exactement l’inverse.

Qu’on parle de taxation ou de dépenses, le vrai sujet de cette dispute porte sur qui va empocher l’argent. Les démocrates veulent réduire les allègements fiscaux des contribuables à hauts revenus afin de préserver les prestations sociales, tout en répartissant plus largement une poignée de crédits d’impôts à destination des travailleurs pauvres. Le concept du parti républicain en revanche consiste à préserver les mesures d’incitation fiscale concernant l’épargne et les investissements –initiative qui bénéficie principalement aux ménages les plus aisés. Les niches fiscales supprimées par les Républicains déboucheraient très probablement sur une augmentation des impôts pour de nombreux ménages des classes moyennes, dans le but de financer une importante réduction des plus hauts taux marginaux d’imposition –réduction qui ne bénéficie qu’aux plus riches.

Côté dépenses, les divergences sont du même tonneau. Le budget proposé par les Républicains éreinte les programmes destinés aux pauvres. Medicaid, SNAP, Pell Grants et d’autres programmes aidant les ménages les plus modestes font l’objet de coupes disproportionnées par rapport à l’ensemble des réductions de dépenses.

Le budget d’Obama est exactement à l’opposé. L’élargissement de la portée de Medicaid et les subventions prévues dans le cadre du programme d’assurance santé Exchange de l’Affordable Care Act représenteront le plus gros transfert de ressources vers la moitié inférieure des bénéficiaires de la redistribution des revenus depuis des générations. Même des gestes très médiatisés, comme l’acceptation par Obama de la réduction des prestations de la sécurité sociale, sont conditionnés à la protection des bénéficiaires à bas revenus.

Une vision politique assez simple

A la fois Obama et Ryan, le chef de file des Républicains à la Chambre des représentants, veulent réduire les dépenses de prestations par rapport aux projections actuelles. Pour Obama, il s’agit de rendre l’allocation des prestations plus progressive. Ryan quant à lui prévoit non seulement davantage de coupes, mais il les structure de manière à rendre les prestations moins progressives.

Ces différences de points de vue économiques reflètent en partie une vision politique assez simple. Les plus âgés et les nantis sont plus susceptibles de voter pour les Républicains; par conséquent les politiques du GOP reflètent à la fois un penchant général pour un État moins fort et les intérêts particuliers de ses électeurs.

Mais il existe aussi un important désaccord entre les deux camps sur l’économie dans son ensemble. L’administration Obama est préoccupée par des décennies d’inégalités croissantes. Dans ces circonstances, elle considère qu’augmenter les impôts des riches et soutenir davantage les revenus des masses populaires est une réaction naturelle à la mondialisation et aux changements technologiques.

Les Républicains s’inquiètent du coût de la Sécurité sociale et craignent que le travailleur américain ne soit devenu un peu mou. Casey Mulligan, économiste de l’Université de Chicago et journaliste au New York Times, explique que nous sommes en proie à une «récession de la redistribution» dans laquelle des programmes excessivement généreux ont étouffé les incitations à travailler.

C’est la même idée qui anime le mouvement montant d’indignation morale autour du degré exact de «handicap» de certains bénéficiaires des prestations sociales. C’est ce qui explique que Mitt Romney ait dit qu’il ne convaincrait jamais 47% de la population à «prendre en main leur propre vie». C’est la raison pour laquelle Newt Gingrich surnomme Obama le «président des bons alimentaires» et c’est aussi la raison pour laquelle il n’a pas tout à fait tort. Dans la vraie vision de l’Amérique d’Obama, beaucoup de citoyens devront l’amélioration de leur niveau de vie à de meilleures prestations sociales versées par le gouvernement plutôt qu’à l’augmentation des salaires.

Le programme des Républicains, ce monde à l’envers où les pauvres doivent casquer pour financer les réductions fiscales des riches, est effarant. Mais étant donné qu’aucun des deux partis ne semble vraiment décidé à discuter de son programme de redistribution, nous ne pouvons même pas en débattre correctement.

Matthew Yglesias

Traduit par Bérengère Viennot

Matthew Yglesias
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