Economie

Croissance, emploi: que peut faire le gouvernement?

Gérard Horny, mis à jour le 16.04.2013 à 14 h 44

La croissance française reste désespérément proche de zéro et le chômage continue d’augmenter. La confiance des ménages et des chefs d’entreprise est basse et la question est posée: que fait le gouvernement? Pour un économiste, cette question ne peut avoir de réponse satisfaisante si on n’a pas répondu préalablement à une autre question: que peut faire le gouvernement dans le contexte actuel?

Toolbox / red11group via FlickrCC Licence by

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En théorie, les dirigeants d’un pays disposent de deux armes pour relancer une activité anémique: la politique monétaire et la politique budgétaire. Lorsque la situation l’exige, ils peuvent être amenés à ne pas donner la préférence à l’une ou à l’autre, mais à utiliser simultanément les deux. La difficulté à laquelle se heurtent aujourd’hui la France et de nombreux Etats européens est qu’ils ne peuvent utiliser ni l’une ni l’autre.

Dès l’instant où un pays est entré dans la zone euro, il perd son autonomie en matière de politique monétaire. Celle-ci est désormais du ressort de la Banque centrale européenne (BCE), qui mène une politique monétaire unique pour les 17 pays ayant adopté l’euro à ce jour. Les différents pays de la zone euro sont représentés au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE, mais lorsque le gouverneur d’une banque centrale nationale participe à ce Conseil et à la prise des décisions de politique monétaire, il est censé prendre en considération la situation d’ensemble de la zone euro et non celle de son seul pays. La politique monétaire adoptée peut donc ne pas correspondre aux besoins particuliers de tel ou tel pays qui s’éloigne de la moyenne en termes de croissance ou d’inflation.

Un exemple illustre parfaitement ce point, c’est celui de l’Espagne. A son entrée dans la zone euro, ce pays avait une inflation nettement plus forte que la moyenne. De ce fait, les taux directeurs européens, ceux qui déterminent le niveau auquel s’échange l’argent entre banques et donc indirectement celui du crédit, étaient alors beaucoup plus bas que sa situation ne l’exigeait.

En termes réels, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation (emprunter à 3%, ce n’est pas du tout pareil quand la hausse des prix est de 2% ou quand elle est à 5%), le crédit était peu onéreux en Espagne. C’est ce qui explique le boom immobilier qu’a connu ce pays jusqu’en 2007. Avec la crise, le secteur immobilier s’est brutalement arrêté, les banques se sont retrouvées avec des crédits non remboursés et aujourd’hui l’Espagne aurait bien besoin de taux d’intérêt plus bas que ceux qui conviennent à l’Allemagne ou à d’autres pays du nord de la zone euro.

A cela s’ajoute un autre problème: compte tenu des pertes qu’elles ont subies, les banques espagnoles sont dans l’ensemble en mauvaise santé. Elles accordent difficilement des prêts et le font à des taux élevés. Quand une PME allemande emprunte à 3,5%, une PME espagnole emprunte à 6%. Non seulement la politique monétaire n’est pas adaptée à tous les pays de la zone euro, mais sa transmission jusqu’aux emprunteurs se fait mal.

Pour beaucoup de pays européens, une nouvelle baisse des taux directeurs serait une bonne nouvelle; cela n’est d’ailleurs pas à exclure, car l’inflation est faible et ne constitue pas une menace à l’heure actuelle. Il ne faudrait pas toutefois en attendre des effets très puissants. Quant aux différences de coût du crédit entre pays, la BCE n’y peut pas grand-chose. On notera que, sur ce point, la France ne fait pas partie des pays les plus mal lotis: ses entreprises se financent à des conditions proches de celles enregistrées en Allemagne et ses banques sont dans une situation qui leur permet de mener des politiques moins restrictives que celles d’autres pays comme l’Italie ou l’Espagne. Cela dit, les entreprises peuvent toutefois être confrontées à de réels problèmes de financement.

C’est là que la Banque publique d’investissement a un rôle déterminant à jouer. Elle ne constitue pas une innovation majeure, dans la mesure où elle rassemble des établissements publics déjà existants, mais on peut espérer une cohérence plus grande et une efficacité accrue de la nouvelle institution.

La politique budgétaire? Elle a déjà trop servi!

La seconde arme théoriquement aux mains des pouvoirs publics est celle du budget. Le problème de cette arme est qu’on s’en est déjà beaucoup servi: dans un pays qui n’a pas connu d’excédent budgétaire depuis plus de trente ans et dont la dette publique dépasse 90% du PIB, il ne peut être question de procéder à une relance par les déficits publics.

Même si les règles européennes nous le permettaient, ce ne serait pas raisonnable: on le paierait très cher plus tard. De surcroît, ce serait probablement inefficace: compte tenu du recul de notre industrie, un regain de demande en France provoqué par une politique de déficits budgétaires accrus ne ferait qu’accroître le déficit de notre commerce extérieur.

En ce domaine, la seule action possible de la part du gouvernement est une négociation avec Bruxelles et nos partenaires européens pour ne pas avoir à réduire trop vite notre déficit. Il paraît possible d’obtenir de nouveaux délais: la France n’est pas seule dans ce cas. L’Espagne, le Portugal, la Belgique et même les Pays-Bas, qui figurent pourtant à côté de l’Allemagne parmi plus ardents défenseurs de la rigueur budgétaire, ont aussi des difficultés à respecter les engagements pris. Et un nouveau resserrement de la vis budgétaire en Europe ne pourrait qu’aggraver une situation économique déjà peu favorable.

Même l’Allemagne commence à pâtir du faible niveau de la demande chez ses partenaires. Mais, là encore, il ne faut pas se faire d’illusions: on peut éviter un nouveau durcissement de la politique budgétaire et un coup de frein supplémentaire, mais ce n’est pas la politique budgétaire qui, aujourd’hui, peut nous permettre d’accélérer. Dans dix ou quinze ans, quand on aura sérieusement assaini notre situation budgétaire, on pourra peut-être envisager, si besoin est, de se servir de nouveau de l’arme budgétaire, mais il ne faut pas y penser avant.

Des moyens d’action à effet lents

Alors que peut faire le gouvernement? Il peut, comme il vient de le faire pour le logement social, lever un certain nombre d’obstacles administratifs ou réglementaires. Cela ne coûte rien et une accélération de l’activité dans ce secteur bénéficie en priorité aux entreprises nationales.

D’une façon générale, il peut et il doit faire en sorte que l’administration gagne en productivité, fasse plus et mieux avec des moyens en réduction. Il doit supprimer toutes les règlements qui freinent inutilement la croissance, améliorer le fonctionnement du marché du travail et les compétences des jeunes qui se présentent sur ce marché. Certaines de ces réformes sont déjà engagées, d’autres devraient suivre.

Mais il y a un problème: ces réformes peuvent permettre à la France de profiter de la reprise de l’activité en Europe le jour où celle-ci se produira, elles ne peuvent conduire à une accélération rapide de la croissance et des embauches. Or les prévisions actuelles sont médiocres: même si la France arrive à obtenir un taux de croissance de son PIB de 1,3% l’an prochain comme le prévoit l’OCDE, ce taux est tout juste suffisant pour stabiliser l’emploi.

Dans ces conditions, le climat politique et social risque de demeurer lourd. Quoi qu’il fasse, un gouvernement ne peut bénéficier d’une opinion favorable tant que les résultats ne sont pas visibles. Et les moyens d’action dont peut disposer un gouvernement en France aujourd’hui sont pratiquement tous à effets lents.

Gérard Horny

Article également paru sur Emploiparlonsnet

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