La Chine, nouvelle Mecque du golf mondial

Banlieue de Pékin, en 2010. Des ouvriers passent devant le golf de  l'hôtel Chateau Laffitte, une imitation imitation du Château Maisons-Laffitte construit par François Mansart en 1650. REUTERS/David Gray

Banlieue de Pékin, en 2010. Des ouvriers passent devant le golf de l'hôtel Chateau Laffitte, une imitation imitation du Château Maisons-Laffitte construit par François Mansart en 1650. REUTERS/David Gray

En golf aussi, la mondialisation est passée par là-bas: le nombre de pratiquants et de terrains explose, le haut-niveau sportif aussi. Les golfeurs du Vieux monde ou des Etats-Unis doivent se préparer à partager les trophées: les Chinois ne feront pas de la figuration longtemps.

Que la France n’ait aucun joueur dont le nom soit inscrit au palmarès du Masters n’est pas une incongruité de l’histoire. Terre relativement aride pour ce sport, notre pays joue pour le moment les seconds rôles et n’a pas son ticket d’entrée dès que vient le tournoi le plus relevé de l’année en termes d’engagés.

En revanche, l’absence de l’Australie sur la liste des anciens vainqueurs est une anomalie complète tant cette nation est capable de produire des champions à l’image de Greg Norman éternellement recalé à Augusta. Jusqu’à présent, en 76 éditions depuis 1934, huit pays seulement ont été honorés à Augusta: les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, Fidji, le Canada et l’Argentine.

A l’heure de la mondialisation, ce relatif immobilisme du palmarès est appelé à évoluer au fil du temps. A l’image du tennis, où les Américains étaient si dominants il y a 30 ans et sont si discrets ces jours-ci sur le plan masculin (pas un de leurs représentants parmi les 15 meilleurs mondiaux), le golf «made in USA» va devoir affronter une concurrence multi polaire de plus en plus féroce. «Le jeu est devenu global, a souligné Tiger Woods voilà quelques jours à Bay Bill, près d’Orlando. Il y a de plus en plus de pays différents représentés sur le PGA Tour et cela ne va pas changer. Le phénomène va même s’amplifier. Des pays, qui n’ont pas eu pour le moment de tradition golfique, vont émerger et s’installer au plus haut niveau

Oh, certes, le golf américain a encore cinq représentants parmi les dix premiers au classement mondial, mais la menace commence nettement à poindre de tous les côtés et notamment de l’Asie comme le suggère la venue sur la scène du Masters, à seulement de 14 ans, du Chinois Guan Tianlang.

L'avertissement vient des femmes

Comme un avertissement, l’Asie a déjà mis le circuit féminin largement sous sa coupe par le biais notamment des Coréennes qui n’en finissent plus de gagner des titres majeurs (16 au total). Dimanche 7 avril, le Kraft Nabisco Championship, première levée du Grand Chelem de la saison, est ainsi devenu la propriété de Inbee Park qui succédait sur les tablettes à sa compatriote Sun-Young Yoo.

En 2012, une autre révolution est venue de Guangzhou avec la première Chinoise consacrée au plus haut niveau chez les femmes en la personne de Feng Shanshan victorieuse du LPGA Championship, épreuve majeure, deux ans après le succès de Na Li sur la terre battue de Roland-Garros.

Chez les hommes, l’Asie a déjà laissé une première empreinte dans les tournois majeurs de golf par la grâce d’un Coréen, Y.E. Yang, surprenant vainqueur du PGA Championship en 2009 au nez et à la barbe de Tiger Woods. C’était la première fois qu’un joueur venu de cette partie du monde triomphait lors de l’un de quatre plus grands rendez-vous de l’année.

Quand le Japon est depuis longtemps une nation éprise de golf (il n’y a qu’à regarder la ribambelle de journalistes qui suivent le prodige Ryo Ishikawa partout dans le monde), voilà donc que la Chine se laisse séduire à son tour alors que le golf était un sport interdit dans ses frontières jusqu’en 1984 parce qu’il était considéré comme trop bourgeois. De jeunes espoirs précoces, comme Guan Tianlang ou Andy Zhang, bourgeonnent sous le feu des projecteurs prêts à capter toute la lumière.

Le coup de piston des JO

Et les meilleurs mondiaux sont invités grassement à faire le déplacement chez les nouveaux maîtres de l’économie mondiale. Chaque année, la Chine organise trois tournois importants du circuit européen dont deux à Shanghai avec des dotations dépassant chacun sept millions d’euros. Il y a quelques mois, Tiger Woods et Rory McIlroy y ont disputé une exhibition très richement rémunérée. Tiger Woods devenu un visiteur régulier et choyé depuis bientôt dix ans.

Comme le tennis, réadmis aux Jeux à partir de 1988, le golf va tirer profit de son retour dans la grande famille olympique lors des Jeux de Rio en 2016 qui vont élargir ses horizons. Dans cette course à la médaille d’or, la Chine fourbit déjà ses armes depuis quelques années en ayant envoyé ses meilleurs jeunes éléments dans les meilleures académies américaines.

Mais elle n’a pas attendu cette réadmission au sein du CIO pour s’intéresser aux possibilités offertes par le golf notamment en matière de tourisme et de loisirs.

Il y a 20 ans, à peine 100 parcours existaient sur le territoire, soit le total actuel de ceux existant à Pékin. Ils sont désormais six fois plus et la demande s’accélère au rythme de l’accroissement de la richesse de la nouvelle classe supérieure chinoise. Environ 500.000 joueurs sont recensés, ce qui laisse, doux euphémisme, une large marge de progression en termes de pratiquants. Reste à savoir si cette nouvelle distraction deviendra une véritable tradition sportive du pays.

David Chu, qui a gagné beaucoup d’argent dans l’industrie de l’emballage, fut l’un des pionniers du golf en Chine. C’est lui qui, dès 1994, fit appel aux services de Jack Nicklaus pour imaginer l’un des premiers parcours modernes chinois à Shenzhen, dans le Sud de l’Empire du milieu.

Une victoire dans le Masters pour finir la fusée

Dès 1995, la coupe du monde professionnelle fut disputée sur ce tracé appelé Mission Hills et, joli coup de pub, consacra les Etats-Unis représentés par Fred Couples et Davis Love III. Chu eut l’idée alors d’embaucher cinq champions de cinq continents différents, Nick Faldo, Vijay Singh, Jumbo Ozaki et Ernie Els, afin de faire appel à leur talent d’architecte pour construire cinq parcours supplémentaires sur le domaine de Mission Hills. Et en 2001, histoire de consacrer cette montée en puissance, Tiger Woods débarqua à Mission Hills pour jouer —rien de moins— le Mission Hills Tiger Woods Challenge avec un sublime chèque à la clé.

Puis cinq autres parcours furent additionnés à Mission Hills signés ceux-là de la main de David Duval, Jose Maria Olazabal, Greg Norman, David Leadbetter et Annika Sörenstam. Aujourd’hui, Mission Hills compte 12 dix-huit trous pour un total de quelque 8.000 membres. Mais il n’est déjà presque plus le plus grand resort mondial. Mission Hills II, bâti sur l’île de Hainan, s’est déployé sur une terre large comme la Corse avec déjà 10 parcours de réputation internationale.

De cette mer verte émergera peut-être le champion qui pourrait encore plus accélérer le rythme de cette folie immobilière et donner de nouvelles belles couleurs à la déjà bien portante industrie du golf qui espère avec avidité la multiplication de ses commandes venues de cet eldorado potentiel. Quelques jeunes entrepreneurs français, qui produisent 100% français comme les Bretons d’Argolf spécialisés dans la fabrication de putters, ont bien compris qu’il y avait là un marché au gisement peut-être mirifique à condition de faire preuve d’imagination.

Guan Tianlang est le 7e Chinois à participer au Masters. Le jour où l’un d’entre eux revêtira une veste verte, le golf mondial pourra enfiler son joli costume de VRP. 

Yannick Cochennec

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