Life

Masters de golf à Augusta: des petits jeunes trop verts pour les greens

Yannick Cochennec, mis à jour le 12.04.2013 à 11 h 20

Guan Tianlang, 14 ans, est le plus jeune joueur de l'histoire à prendre part à ce tournoi mythique. Il symbolise une vague de golfeurs d'une extrême précocité. Mais peu de ces jeunes précoces marcheront sur les pas de Woods.

Guan Tianlang à Augusta National, le 8 avril 2013. REUTERS/Phil Noble

Guan Tianlang à Augusta National, le 8 avril 2013. REUTERS/Phil Noble

Lorsqu’il remporta son premier Masters en 1997, Tiger Woods était âgé de 21 ans et 3 mois. Avant lui, aucun champion aussi jeune n’avait enlevé ce prestigieux titre majeur que se disputent jusqu’au 14 avril près d’une centaine de joueurs sur l’illustrissime parcours de l’Augusta National, dans l’état de Géorgie.

En 1997, Guan Tianlang n’était même pas né. Cette semaine, l’adolescent venu de Chine devient tout simplement le plus jeune joueur de l’histoire à participer au Masters au tendre âge de 14 ans et 5 mois et pulvérise ainsi le record de précocité établi par l’Italien Matteo Manassero, âgé de 16 ans et 11 mois en 2010. Tiger Woods avait, lui, 19 ans au moment de sa découverte du légendaire 18 trous en 1995.

Né le 25 octobre 1998, Guan a donc jusqu’en 2019 inclus pour faire mieux que Woods dans sa quête hypothétique de la fameuse veste verte remise chaque année au champion du Masters. Autre statistique affolante: dans la saga des quatre tournois majeurs, un seul joueur plus jeune que lui s’est aligné au départ d’une de ces épreuves renommées: Young Tom Morris, un mois plus jeune que lui, lors du British Open… 1865.

Pour tracer sa route jusqu’à Augusta en 2013, Guan Tianlang, lycéen à Guangzhou où il vit, n’a eu besoin que d’une victoire, celle décrochée l’automne dernier lors du championnat amateur Asie-Pacifique en Thaïlande, qui lui délivra automatiquement le précieux sésame. Quelques mois plus tôt, il était déjà devenu à 13 ans le plus jeune participant d’un tournoi du circuit européen. Son aura n’a cessé de grandir, jusqu’aux dernières journées d’entraînement d’Augusta pendant lesquelles il a enchaîné des parties avec d’anciens vainqueurs comme Ben Crenshaw, Tom Watson, Nick Faldo et, bien sûr, Tiger Woods qui a pris un peu de son temps pour lui délivrer quelques conseils et le féliciter d’un «il est bon» face aux médias.

Sans se démonter, Guan a répondu également avec assurance aux questions des journalistes lors d’une conférence de presse où il a fait admirer un assez bon niveau d’anglais pour son jeune âge.

Les adolescentes encore plus précoces

A 14 ans, Guan Tianlang ne peut pas légitimement prétendre à la victoire et le cut sera un objectif très difficile à atteindre en raison de son manque de longueur sur un tracé qui en requiert tellement: il drive à 225m, ce qui est trop «juste» sur ce genre de parcours où le Belge Nicolas Colsaerts, l’un des joueurs les plus longs du circuit, envoie, lui, sa balle à plus de 290m.

Mais Guan est là pour apprendre dans un sport qui donne le sentiment de faire de plus en plus de place à la jeunesse à l’instar d’un autre prodige qui évolue actuellement sur le circuit féminin et au plus haut niveau en ce qui la concerne. En effet, à quelques jours de ses 16 ans, la Néo-zélandaise d’origine coréenne Lydia Ko est en train de prendre l’histoire de vitesse. En 2012, sur le LPGA Tour, le circuit professionnel américain, elle s’est imposée lors de l’Open du Canada devenant du coup la plus jeune gagnante d’une épreuve aussi relevée. Et tout le monde estime qu’elle a toutes les chances de devenir à brève échéance la plus jeune gagnante d’un tournoi majeur alors que l’actuelle «tenante du titre» en la matière, l’Américaine Morgan Pressel, s’était imposée à 18 ans et 10 mois au Kraft Nabisco Championship en 2007.

L’âge est une statistique toujours captivante car il dit beaucoup sur l’évolution d’un sport. Alors que le tennis était livré, par exemple, aux teenagers à l’intersection des années 80-90 (Michael Chang vainqueur à Roland Garros à 17 ans et 3 mois en 1989 un an avant le triomphe de Monica Seles à 16 ans et demi), il est désormais dévolu aux trentenaires comme Roger Federer et Serena Williams ou aux joueurs de plus de 25 ans.

Devenu très physique, le jeu, basé pratiquement sur la puissance et l’endurance, n’est plus fait pour les petits garçons ou les petites filles.

De son côté, le golf reste une discipline où le spectre de la victoire reste très large en termes d’âge sachant que l’on considère que les professionnels masculins atteignent leur meilleur rendement généralement entre 30 et 35 ans. Tiger Woods demeure, on l’a dit, le plus jeune vainqueur du Masters à 21 ans quand 11 ans plus tôt, un homme de 46 ans, Jack Nicklaus, était devenu le champion le plus vieux de l’histoire à Augusta.

Nicklaus, vainqueur à 46 ans

En réalité, il n’y a pas de règle en matière d’âge même si l’expérience reste un facteur déterminant au golf. Voilà quatre ans, lors du British Open, Tom Watson avait bien failli triompher à l’âge de 59 ans. Rappelons que les deux derniers vainqueurs du British Open, Darren Clarke et Ernie Els, avaient tous les deux plus de 40 ans.

Triompher à plus de 35 ans est un événement relativement banal dans le golf international alors que le faire à à peine plus de 20 ans comme Woods jadis constitue une rareté. Jack Nicklaus, Severiano Ballesteros et Rory McIlroy ont été sacrés pour la première fois à 22 ans à des époques complètement différentes, ce qui prouve que l’avènement de Guan ne veut pas dire grand-chose sauf que les temps ont changé.

Dans le passé, il était peu fréquent de voir des joueurs, notamment américains, se lancer dans une carrière avant d’avoir quitté les rangs des amateurs au terme de leur scolarité universitaire. Aujourd’hui, ce moule est brisé avec la mondialisation d’un sport qui bouleverse ces habitudes. Lors de l’Open de Chine, disputé début mai, un jeune joueur de… 12 ans, Ye Wocheng, se trouvera ainsi au milieu de participants, ce qui lui permettra d’effacer le précédent record de… Guan Tianlang établi en 2012.

N’oublions pas non plus qu’en 2012, un autre Chinois, Andy Zhang, avait battu aussi tous les records de précocité à l’US Open à 14 ans et 6 mois démontrant, une fois de plus, que si la puissance est un facteur en golf, le physique l’est moins en raison de l’effort relativement «limité» qu’exige ce sport également lissé par le nouveau matériel qui atténue certains éventuels défauts.

Les belly putters ou putters allongés sont, par exemple, un avantage donné à des joueurs ayant davantage de problèmes au putting. Les plus jeunes savent aussi profiter de ces petits plus fournis par les nouvelles technologies (balles, clubs…) qui décuplent notamment leur puissance de feu.

Mais pour devenir un champion, l’alchimie s’avère évidemment complexe tant ce sport, très technique, repose aussi (surtout?) sur le mental. Plus qu’ailleurs, le diable se niche dans les détails. Se qualifier pour un tournoi comme le Masters peut être «aisé», se frayer un chemin jusqu’au sommet est une autre affaire. En 2004, Casey Wittenberg, jeune Américain de 19 ans, avait étonné tous les observateurs en finissant 13e du Masters, soit le meilleur résultat obtenu par un amateur depuis 41 ans. Encensé à l’époque, il n’a depuis jamais vraiment confirmé les immenses espoirs placés en lui.

Deuxième du PGA Championship derrière Tiger Woods en 1999 à l’âge de 19 ans, l’Espagnol Sergio Garcia, promis aux plus grandes victoires, court, lui, toujours après celles-ci en dépit d’une carrière tout à fait respectable. Les parcours de golf sont parfois plus longs ou plus tortueux que ce qu’on imagine au départ. Guan Tianlang ne l’ignore probablement pas. En France, plus de la moitié des licenciés ont plus de 55 ans. Eux aussi connaissent le prix de la patience.

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte