Economie

Une autre politique possible? Oui, européenne

Eric Le Boucher, mis à jour le 11.04.2013 à 6 h 37

Il y a peu de chances qu'elle soit appliquée, tellement elle va à l'encontre des préceptes allemands. Du moins pas avant les élections qui doivent se tenir outre-Rhin en octobre.

La BCE à Frankfort. REUTERS/Kai Pfaffenbach

La BCE à Frankfort. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Il n’existe pas d’autre politique pour la France que celle menée actuellement –«le sérieux budgétaire», comme la nomme François Hollande. Il est toujours possible de faire un peu varier les curseurs entre les ministères, entre les fonctions de l’Etat, mais la ligne générale de réduire le déficit «structurel» de 1 point de PIB par an en moyenne, soit 4 points en quatre ans est incontournable. C’est sur elle que s’est engagée la France auprès de ses partenaires et les marchés financiers veillent. Le déficit structurel est celui qui est calculé «hors conjoncture»: c’est-à-dire celui qui dépasse le déficit qui résulterait d’une croissance réduite au «potentiel» soit 1,1% ou 1,2% pour la France. Ce déficit structurel est sujet en théorie à plusieurs méthodes de calcul, mais Bruxelles en a arrêté la méthode, tous les pays s’alignent sur elle.

En plus de ce déficit structurel, vient le déficit conjoncturel qui lui dépend directement de la croissance. Le total des deux fait le déficit nominal que la France avait prévu de réduire à 3% fin 2013 et à 0% en 2017. L’objectif de 3% ne sera pas atteint, le déficit sera de 3,7% en 2013 et la barre des 3% ne sera atteinte qu’en 2014, dit-on maintenant à Paris. Un an de grâce en somme que Bruxelles devra encore approuver officiellement.

Il n’est pas vraiment d’alternative. «Tina» comme disait Maggie. Sauf à entrer dans la sortie de l’euro, la relance par la consommation, le protectionnisme, les nationalisations, etc. Tout ce qui a échoué en 1981.

Mais une autre politique européenne est possible. Du moins sur le papier, car en réalité, elle rebrousse tant le poil allemand qu’elle est peu probable, et en tout cas impossible avant les élections outre-Rhin, en octobre.

Trois axes

On peut en donner trois axes. Le premier est monétaire. Que la BCE ouvre encore plus ses caisses, ce qui peut aller d’une baisse des taux à des achats directs à des conditions faibles d’obligations des Etats en détresse. Elle le fait actuellement à des conditions strictes pour rester dans son mandat. Le deuxième axe est strictement européen: les eurobonds en sont l’outil.  Il s’agit de doter Bruxelles d’une capacité propre d’emprunts pour, soit reprendre des parties des dettes des pays membres, soit financer des projets. Le troisième axe a lui été avancé par Jack Lew, le nouveau secrétaire d’Etat au Trésor américain, qui est venu à Bruxelles, à Francfort et à Berlin, prôner cette politique de soutien de la croissance. La reprise américaine est là, a-t-il expliqué, mais elle a besoin pour se consolider d’une Europe en bonne santé. Il demande avec insistance des mesures de soutien à la consommation dans les pays «qui en ont la capacité», en clair l’Allemagne.

Ces trois axes heurtent la conception germanique de la «stabilité». La véritable santé économique, pense-t-on à droite comme à gauche outre-Rhin, vient de la vertu budgétaire. Dans une union monétaire où la dévaluation est interdite, seule l’austérité provoque une «désinflation interne», une baisse des salaires et des prix, et un retour à la compétitivité. Le débat n’est pas vraiment ouvert de s’écarter de cette ligne de vertu. Mais il n’est pas impossible d’espérer que l’opinion allemande soit conduite à s’interroger, avec ouverture d’esprit, sur les causes du prolongement de la crise européenne.

Quatre ans après le début de l’explosion en Grèce, la zone euro est paralysée dans la  récession. Sa croissance a été négative en 2012 (-0,6%), elle le sera encore en 2013 (-0,3%, selon la Commission). Vingt-six millions d’Européens sont sans emploi, dont 19 millions dans la zone euro. La stratégie d’ajustement budgétaire forcé conduit à des premiers résultats. Certains pays obtiennent des balances commerciales positives, signe qu’au bout de l’austérité, ils pourraient retrouver de la compétitivité. Peut- être. Mais en auront-ils le temps? Cette stratégie est trop lente à porter ses fruits tandis que dans les opinions publiques, montent la détresse et le sentiment que les efforts ne servent à rien.

26 millions d'Européens sans emploi

La crise politique a emporté l’Italie dans l’inconnu. Elle est flagrante au Portugal. En France, une partie du gouvernement, dont Arnaud Montebourg, réclame un changement de ligne. Qu’il faille voir des calculs personnels dans ces prises de position n’y change rien, les gouvernements sont pressés de parvenir à voir le bout du tunnel.

S’il est une autre leçon de la longueur de la crise, c’est que même les économies «saines» subissent les conséquences du plongeon des autres. La croissance outre-Rhin ne devrait pas dépasser 0,5% cette année. Notre voisin n’est pas autonome, il a tout intérêt, lui aussi, à une reprise rapide des pays méditerranéens.

Comment l’obtenir? Jack Lew montre une solution qu’il faut examiner. L’Allemagne a atteint l’équilibre budgétaire l’an passé, deux ans avent la date prévue, c’est une trajectoire qui n’aide pas l’Europe.

Notre voisin a peur qu’en cédant, les autres pays relâchent leurs efforts. C’est une crainte légitime.  Le président français a donc eu raison de réaffirmer la ligne du «sérieux» et de repousser ce que lui demande son aile gauche, malgré la croissance tombée à 0,1%. Mais en échange, Berlin, dès l’élection passée, devrait écouter les appels qui l’entourent.

Eric Le Boucher

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Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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