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Coupe d'Europe: faut-il abandonner la règle du but à l'extérieur?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 08.04.2014 à 22 h 44

Le PSG a été éliminé en quart de finale par Chelsea (3-1, 0-2) en raison de cette règle datant des années 60.

REUTERS/Stefan Wermuth

REUTERS/Stefan Wermuth

Le PSG a été éliminé, mardi 8 avril 2014, en quart de finale de la Ligue des champions par Chelsea (3-1, 0-2) en raison de la règle du but à l'extérieur. Nous republions cet article publié en avril 2013 à l'occasion de l'élimination, dans des circonstances identiques, du club parisien par le FC Barcelone (2-2, 1-1).

Le Paris Saint-Germain, qui affronte ce mercredi 10 avril le FC Barcelone en quart de finale retour de la Ligue des champions, part avec un désavantage considérable malgré le fait d’avoir obtenu un match nul sur un score de 2-2 lors du match aller au Parc des Princes une semaine plus tôt. «Je ne pense pas que ce soit un bon résultat», a ainsi déclaré à l’issue du match aller l’entraîneur parisien Carlo Ancelotti, malgré le fait que son équipe ait tenu en échec l’une des meilleures équipes du monde en revenant deux fois au score, tandis que son homologue barcelonais Jordi Roura a parlé d’un «bon résultat» pour son équipe.

En faisant à nouveau jeu égal avec Barcelone sur un score de 0-0 ou de 1-1 au Camp Nou ce soir, le PSG serait en effet éliminé en vertu de la règle du but à l’extérieur, qui est définie ainsi dans le règlement de la compétition:

«Pour les matches disputés selon le système à élimination directe, si les deux équipes ont marqué le même nombre de buts sur l’ensemble des deux matchs, celle qui a marqué le plus grand nombre de buts à l’extérieur se qualifie pour le tour suivant.»

Si le PSG venait effectivement à ramener un 1-1 du Camp Nou, ce qui représenterait un petit exploit étant donné que Barcelone a gagné ses six derniers quarts de finale à domicile dans la compétition, et pour peu que les Parisiens fassent une belle partie, il y a fort à parier que la presse française de demain s’interrogera sur le maintien de cette règle «injuste». Pourquoi en effet une équipe pourrait-elle se qualifier en marquant le même nombre de buts que son adversaire sur l’ensemble de deux matchs?

Une règle qui a presque 50 ans

La règle du but à l’extérieur a fait son apparition en Europe lors de la défunte Coupe des vainqueurs de coupe en 1965 pour d’éviter d’avoir à faire rejouer les oppositions qui se terminaient sur un score d’égalité au terme de deux rencontres (un aller-retour), une solution coûteuse et qui posait d’importants problèmes d’organisation, ou pire de décider à pile ou face.

Au lieu de cela, les instances du football ont décidé de récompenser les équipes qui parvenaient à marquer des buts loin de chez elles, à l’extérieur, parce que c’était plus difficile que de le faire à domicile: les voyages étaient longs et les équipes découvraient des conditions de jeu inconnues et des stades hostiles. Les statistiques confirment d’ailleurs cet état de fait: à cette époque, seulement 16% des matchs européens se terminaient par une victoire de l’équipe qui évoluait à l’extérieur.

Conséquence directe de la difficulté d’aller affronter des équipes aux quatre coins de l’Europe, les équipes en déplacement préféraient souvent défendre et essayer de laisser passer l’orage en attendant de jouir à leur tour de l’avantage d’être à la maison au match retour.

Jouer à domicile, toujours un avantage?

Le raisonnement initial se tenait, mais le football a bien changé en cinquante ans, comme le rappelait récemment Jonathan Wilson dans une billet parue dans The Guardian:

«Au cours de chacune des cinq dernières années, entre 30% et 35% des matchs dans les compétitions européennes ont été gagnés par l’équipe qui jouait à l’extérieur: même si vous défendez l’idée que la règle du but à l’extérieur a marché, les raisons initiales pour lesquelles elle a été introduite ont disparu. […] Le transport est meilleur aujourd’hui, il y a une grande homogénéité des conditions […]. Les déplacements à l’extérieur sont juste moins effrayants qu’ils ne l’étaient, et le but à l’extérieur devient un déformateur bizarre.»

Une analyse que partage le manager français d’Arsenal Arsène Wenger, un des opposants les plus bruyants à la règle du but à l’extérieur, qui déclarait en septembre 2008:

«Le poids de ce but dans l’approche tactique du match est trop grand. Il a été inventé quand les équipes ne faisaient que défendre lorsqu’elles jouaient à l’extérieur parce que c’était beaucoup plus effrayant de voyager. Vous ne saviez pas à quoi vous attendre.»

L’Europe n’est pas l’Amérique du Sud

De ce point de vue, la règle du but à l’extérieur semble bel et bien avoir perdu une partie de sa raison d’être, du moins en Europe. Les équipes se déplacent dans des conditions confortables, les stades sont, à quelques exceptions près, aseptisés, les pelouses sont généralement de bonne qualité.

Mais comme le soulignait en 2012 Tim Vickery, journaliste spécialiste du football sud-américain, sur BBC Sport, si le contexte a complètement changé sur le vieux continent, les déplacements continentaux dans d’autres régions du monde restent des petites aventures:

«En Amérique du sud, les choses sont différentes. Le continent est plus grand. Les temps de trajets sont énormes, et les conditions comme l’altitude et la température rendent les choses difficiles pour les visiteurs. Les victoires à l’extérieur son bien plus rares de ce côté de l’Atlantique.»

La Ligue des champions africaine offre de la même manière des changements de conditions importantes, des pelouses de qualités très diverses et des distances énormes.

Mais que l’on considère que l’équipe qui joue à domicile a un avantage ou non, la question de l’injustice de cette règle se posera toujours dans un sport dont la règle de base est que l’équipe qui marque plus de buts que son adversaire gagne le match. Les éliminations d’équipes valeureuses à cause du but à l’extérieur, comme cela a été le cas récemment pour Arsenal face au Bayern de Munich en huitièmes de finale, continueront de réanimer le débat dans les médias.

Avantage à la défense

L’autre grande critique adressée à la règle du but à l’extérieur concerne l'aspect tactique du sport et son influence sur le spectacle du football. Elle a été bien résumée par Arsène Wenger, toujours lui, qui déclarait en février 2009:

 «Les équipes font des 0-0 à domicile et elles sont contentes. Au lieu d’avoir un effet positif, elle [la règle] a été poussée trop loin tactiquement dans le jeu moderne. Elle a l’effet opposé de celui qu’elle devait avoir au début; elle favorise les équipes qui défendent bien quand elles jouent à domicile.»

D’une loi qui encourageait les équipes en déplacement à jouer l’offensive, le but à l’extérieur aurait aujourd’hui l’effet inverse de rendre les équipes qui évoluent à domicile frileuses, surtout lors du match aller quand elles ont encore tout à perdre. Et les chiffrent ont plutôt tendance à confirmer cette observation: lors des deux compétitions européennes de la saison 2009-2010, les matchs retour ont fourni 26% de buts de plus que les matchs aller. Sur une période plus longue de trois saisons européennes, le site Zonal Marking a trouvé le même déséquilibre.

Interrogé par France TV Info, Nicolas Scelles, co-auteur en 2009 d'une étude sur l'incertitude du résultat en Ligue des champions, affirme de son côté «qu'il y a moins de rebondissements et d'incertitude au match retour qu'avant l'introduction de la règle».

Mais supprimer la règle du but à l’extérieur entraînerait-elle la disparition des matchs ennuyeux et des stratégies défensives pour autant? Certainement pas. Les équipes prendront sans doute rapidement l’habitude de jouer de manière plus défensive à l’extérieur, comme c’est le cas dans les championnats nationaux. Une équipe qui ferait 1-1 à domicile serait par exemple plutôt encouragée à jouer de manière prudente lors du match retour à l’extérieur.

Quelle que soit la règle, il y a aura toujours des situations dans lesquelles une équipe aura intérêt à aborder un match de manière défensive. Sans la règle du but à l’extérieur, il y a fort à parier que le PSG, après son 2-2 à domicile du match aller, se serait rendu à Barcelone en mission commando avec la ferme intention d’essayer de tenir le plus longtemps possible, jusqu’aux tirs au but si besoin, sans encaisser de but. La presse espagnole aurait alors crié à un système qui favorise les matchs retour fermés.

Grégoire Fleurot

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Journaliste
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