France

Comment calcule-t-on le nombre d'immigrants ou d'émigrants en France?

Célésia Barry, mis à jour le 29.04.2013 à 15 h 27

En 2012, la différence entre le nombre d'immigrants et d'émigrants s'est montée à 54.000 personnes, comme en 2011. Un chiffre qui ne repose pas sur un comptage systématique mais sur des estimations.

Une employée valide l'extension de visa sur d'un étudiant étranger, 18 novembre 2011, REUTERS/Charles Platiau

Une employée valide l'extension de visa sur d'un étudiant étranger, 18 novembre 2011, REUTERS/Charles Platiau

Alors que le sujet des expatriations pour raisons fiscales ou économiques a largement occupé l'actualité ces derniers mois (témoin les affaires Depardieu ou Arnault, ou encore la tribune parue en septembre 2012 dans Libération du journaliste Mouloud Achour, du rappeur Mokless et de l'entrepreneur Félix Marquardt, appelant les jeunes Français à quitter une «gérontocratie ultra-centralisée et sclérosée»), l'Insee estime que le solde migratoire, la différence entre les arrivées et les départs en France (hors Mayotte), s'est montée en 2012 à 54.000 personnes.

Les chiffres précis des départs et des arrivées ne seront eux connus qu'au premier trimestre 2014. Comment obtient-on ces statistiques? Si le solde migratoire est facile à calculer, il est impossible d'obtenir le nombre précis des entrées et des sorties sur le territoire français: ceux qui sont communiqués constituent donc des estimations proches de la réalité.

Au moins un an sur le territoire

Selon le site de l'Unesco, un migrant est une personne «qui vit de façon temporaire ou permanente dans un pays dans lequel il n’est pas né et qui a acquis d’importants liens sociaux avec ce pays». Les migrants peuvent quitter leur pays pour de multiples raisons: recherche d'une meilleure vie ou d'un meilleur travail, difficultés économiques, guerres...

L'Insee comme les Nations unies considèrent comme migrant toute personne qui s'installe dans un pays dont elle n'est pas ressortissante pour une durée minimum d'un an. Étudiants Erasmus venus pour un semestre d'étude et touristes ne sont donc pas comptés comme migrants.

La déclaration domiciliaire n’étant pas obligatoire en France, l'Insee effectue ses estimations du nombre d'entrées et de sorties à partir des chiffres du recensement, enquête réalisée par les communes [1].

Jusqu'en 2004, ce recensement était périodique (entre six et huit ans entre chaque) et le calcul du nombre d'entrées se faisait à partir des titres de séjour accordés. Mais ce procédé manquait de fiabilité et excluait les entrées illégales.

Aujourd'hui, le recensement est effectué tous les ans et sa méthode varie en fonction de la taille des communes. Celles de moins de 10.000 habitants sont recensées partiellement tous les ans, sur une durée de cinq ans. Celles de plus de 10.000 habitants font l'objet d'une enquête annuelle par sondage qui porte sur environ 8% des logements, et est combinée aux résultats des quatre années précédentes et du Répertoire d'immeubles localisés. En raison de la méthode employée par l'Insee, une incertitude statistique de l'ordre de quinze mille personnes demeure sur le chiffre total de la population français.

Le chiffre des sorties est moins précis

Ce chiffre de population totale permet de calculer le solde migratoire: le chiffre de population au 1er janvier d’une année étant connu, on lui soustrait le chiffre de l'année précédente. Puis on retire au résultat la différence entre les naissances et les décès de l'année concernée.

Par exemple:

(Population au 1er janvier 2012) – (Population au 1er janvier 2011) = Population supplémentaire totale en 2012

Population supplémentaire totale en 2012 – (Naissances – décès de l'année 2012) = solde migratoire de l'année 2012

Lors de l'enquête de recensement, plusieurs questions sont posées aux sondés, parmi lesquelles leur éventuelle date d'installation en France et leur précédent pays d'habitation. Comparés à ceux des années précédentes, ces résultats sont utilisés pour calculer une estimation des entrées sur le territoire français.

Le chiffre des sorties du territoire est ensuite obtenu à partir du solde migratoire et des entrées en France. Lui-même calculé à partir d'une estimation, il est donc moins précis que le chiffre des entrées.

Solde migratoire jamais négatif

En France (hors Mayotte), le solde migratoire était donc estimé à 54.000 en 2011 et 2012. 213.367 personnes auraient quitté le territoire en 2011 et 267.367 autres se seraient installées dans le pays. En comparaison, 385.793 personnes ont immigré en Italie et 82.461 autres ont quitté le pays en 2011, ce qui porte le solde migratoire de l'Italie à 303.332 cette année-là, soit plus de cinq fois celui de la France.

Traditionnellement, la France est une terre d'immigration. Contrairement à certains pays d'Afrique, comme le Maroc ou le Soudan, ou d'Europe de l'Est, comme l'Ukraine ou l'Albanie, son solde migratoire n'a jamais été négatif, ce qui signifie que sa population est en constante augmentation.

Si on regarde les chiffres des dix dernières années, on constate que pour 2011, les chiffres de l'émigration (près du double de ceux de 2006, par exemple) comme de l'immigration ont atteint un niveau record sur la décennie. Mais le solde migratoire reste nettement inférieur à celui des années 1955-1973, qui dépassait quasi-toujours les 100.000 personnes.

Célésia Barry

[1] La méthode de recensement est détaillée dans un document mis en ligne sur le site de l'Insee. Revenir à l'article

L'Explication remercie Xavier Thierry, chercheur à l'Ined, Pascale Breuil, chef de l'unité des études démographiques et sociales de l'Insee et François Clanché, chef du département de la démographie de l'Insee.

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