Monde

Qui sont les derniers touristes de Syrie?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 11.04.2013 à 6 h 38

Des Syriens qui se déplacent dans le pays, quelques pèlerins des pays voisins et des aventuriers (très) casse-cou.

Damas le 31 octobre 2005, REUTERS/Khaled Al Hariri

Damas le 31 octobre 2005, REUTERS/Khaled Al Hariri

Les recettes touristiques de la Syrie ont baissé de 94% depuis le début du conflit en mars 2011, générant encore 130 millions d’euros en 2012 (contre 2,3 milliards d’euros en 2010). Qui sont les touristes qui vont encore en Syrie aujourd’hui, après les deux années d’affrontements qui ont fait plus de 70.000 morts?

Le peu de touristes qui continuent à aller en Syrie sont principalement des touristes religieux venant des pays voisins comme l’Irak ou l’Iran, le reste étant des Syriens qui se déplacent à l’intérieur du pays et vont dans les hôtels.

Une chose est sûre, les touristes français ou européens qui souhaiteraient s’y rendre pour découvrir l’amphithéâtre de Bosra ou le Crac des chevaliers doivent se débrouiller tous seuls. Les tours opérateurs et les agences de voyage ont cessé de proposer la destination au début du conflit au printemps 2011, suivant les recommandations du ministère des Affaires étrangères. Comme la plupart des pays occidentaux, les autorités déconseillent fortement aux Français de ne pas se rendre dans le pays, et à ceux qui y sont de le quitter au plus vite:

Carte du ministère des Affaire étrangères français

La Syrie abrite six sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, dont certains sont des lieux majeurs de l'insurrection contre Bachar el-Assad: les anciennes villes d’Alep, de Damas et de Borsa, le Crac des Chevaliers et Qal’at Salah El-Din, le site de Palmyre et les villages antiques du nord du pays. Avant le début du conflit, la pays était une destination touristique relativement importante, et le secteur était en pleine expansion.

Pour 2010, le gouvernement avait annoncé une hausse de 40% des touristes étrangers sur une année pour atteindre 8,5 millions de visiteurs, un chiffre supérieur à celui de la Tunisie (6,9 millions) ou encore de l’Afrique du Sud (8,1 millions) pour cette même année. La majorité des touristes étaient alors des Syriens expatriés qui revenaient au pays et des touristes venant des pays voisins. En 2009, 270.000 touristes européens se sont rendus en Syrie.

Le Ceto, principale association de tour-opérateurs français qui représente 75% du marché, recensait quant à lui 4.700 départs de touristes de la France vers la Syrie en 2010, un chiffre qui était en augmentation de 48% par rapport à l’année précédente.

Pas de vols

Mais depuis le début du conflit, il est très difficile pour n’importe quel touriste occidental de s’y rendre: les dernières compagnies aériennes ont cessé de desservir le pays fin 2012, au moment où le conflit gagnait en intensité. Aujourd’hui, la majorité des Français qui se rendent en Syrie sont des journalistes ou des humanitaires.

Les derniers Français à avoir atterri à Damas sur un vol commercial sont sans doute les passagers du vol Paris-Beyrouth d’Air France dérouté vers la capitale syrienne en août 2012 à cause de violentes manifestations qui avaient coupé l’accès à l’aéroport de Beyrouth. Une décision qui avait rendu furieux le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui a reproché à Air France d’avoir mis en danger les passagers du vol.

A l’été 2011, soit quelques mois seulement après le début du conflit, Emma Sky, spécialiste de la région, racontait son séjour dans le pays et sa sensation d’être «la seule touriste du pays»:

«Je suis la seule touriste que j’ai vue pendant ma visite en Syrie. Les magnifiques hôtel-boutiques, établis dans des maisons arabes restaurées, sont vides. Les magasins de tapis et les galeries n’ont pas de clients. Il n’y a pas de visiteurs dans les châteaux et les sites archéologiques de Syrie.»

Les villes touristiques comme Palmyre, qui abrite des ruines gréco-romaines des Ier et IIe siècles, sont désertes, et les hôtels qui accueillaient autrefois des touristes européens sont vides. Seuls quelques Syriens de passage louent encore des chambres de temps en temps. Côté pratique, il n’est plus possible de payer par carte Visa ou MasterCard en Syrie.

Tourisme religieux

Les Syriens qui se déplacent à l’intérieur du pays représentent sans doute aujourd’hui une bonne partie des 130 millions d’euros de recettes du tourisme en 2012, avec les quelques touristes religieux qu’il reste.

Juste avant le début du conflit, le gouvernement avait en effet encouragé le tourisme religieux en permettant aux Iraniens et aux Turcs de se rendre dans le pays sans visa. Résultat, en 2010, le nombre de touristes iraniens, dont la plupart sont des pèlerins venus visiter les sanctuaires chiites, ont augmenté de 85%, tandis que 1,5 million de Turcs ont visité le pays cette année-là.

Dans son récit, Emma Sky raconte également que les seuls touristes qu’elle a rencontrés sont des pèlerins irakiens et iraniens faisant le tour des sites religieux du pays.

Présence sur les réseaux sociaux

Officiellement, le ministère du Tourisme syrien travaille toujours à l’accueil des touristes étrangers dans le pays. Son compte Twitter officiel (58 messages, 69 abonnés) a commencé à poster des messages le 11 mai 2011, soit après le début de l’insurrection. Des messages qui renvoient vers la page Facebook officielle du ministère y sont régulièrement publiés.

La page Facebook, créée le 7 mai 2011, est un mélange de photos actuelles et plus anciennes de lieux d’intérêt touristique, de campagnes vidéo pour encourager le tourisme dans le pays (les dernières semblent dater du printemps 2011) et de photos plus énigmatiques. La page Internet du ministère est en revanche indisponible.

Les aventuriers

Les mises en garde des gouvernements, l’absence de voyages organisés et la dangerosité évidente du pays ne dissuadent pas tout le monde de se rendre en Syrie pour le plaisir. Toshifumi Fujimoto a ainsi fait l’objet d’une dépêche AFP racontant son histoire: ce camionneur japonais est un «touriste de guerre» qui est notamment passé par le Yémen pendant les manifestations contre l’ambassade américaine et Le Caire au moment de la révolution. Il est entré en Syrie clandestinement fin 2012 depuis la Turquie et passe ses journées avec les combattants rebelles d’Alep à éviter les balles.

Grégoire Fleurot

L’explication remercie le ministère des Affaires étrangères, le Ceto et Thomas Cook.

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