Monde

Hé, les fans de Thatcher: on n’est plus en 1979!

Temps de lecture : 2 min

Si on peut juger que les politiques menées par la Dame de fer ont été couronnées de succès, cela ne veut pas dire pour autant que ses idées sont transposables aujourd'hui.

Margaret Thatcher et Ronald Reagan. REUTERS/Chas Cancellare.
Margaret Thatcher et Ronald Reagan. REUTERS/Chas Cancellare.

Je suis actuellement dans la région de Texas Hill Country pour rendre visite à ma belle-famille, et hier nous sommes allés au LBJ Ranch National Historic Park. Ce matin, j’ai appris que Margaret Thatcher venait de mourir. Thatcher et Reagan sont pour moi deux personnalités fascinantes —des icônes de la droite anglo-saxonne, élus avant même ma naissance et dont les substantiels héritages en termes de politique publique me semblent bien plus dignes d’éloges que leur influence plus tardive en tant qu'icônes.

La situation m’a évoqué Lyndon B. Johnson pour deux raisons. La première parce qu’à cause du Vietnam, ce président n’a jamais eu la carrure d’un héros aux yeux des progressistes américains, et ce en dépit de la mise en œuvre des systèmes de santé Medicare et Medicaid, de la loi sur les droits civiques, du Voting Rights Act, de l’aide fédérale à l’éducation, de la création d’une foule de nouveaux parcs nationaux et de législation environnementale, et de tout un tas de lois «moins importantes» qui pour toute autre administration auraient fait figure de grandes réussites.

Ne pas tenter de recopier les succès

La seconde parce que, bien que Johnson ait été un démocrate à la Franklin D. Roosevelt, ses politiques étaient très différentes. Principalement parce que la politique intérieure de FDR avait intrinsèquement un besoin obsessionnel d’esquiver les questions de justice raciale, tandis que les politiques de Johnson visaient toutes à attaquer de front le problème du racisme.

LBJ n’a en rien répudié les succès de Roosevelt, mais il n’a pas non plus tenté de les copier ou de les répéter. Il savait que 1964 n’était pas 1934.

Thatcher, comme Ronald Reagan aux États-Unis, était elle devenue ce que Johnson ne fut jamais —plus qu’une femme politique influente, une icône définissant toute une génération.

Et pourtant, si les politiques des révolutions Thatcher et Reagan ont été largement couronnées de succès, à mes yeux leur héritage politique est assez mitigé. Or, à entendre les conservateurs d’aujourd’hui, on a souvent l’impression qu’ils ne veulent que répéter le programme politique de la fin des années 1970 et du début des années 1980.

Le réchauffement, pas le communisme

Sauf qu’aujourd’hui, le principal problème mondial, c’est le réchauffement climatique, pas le communisme. Pas parce que le communisme est une bonne chose, mais parce que la Guerre froide est terminée.

Privatiser de grosses entreprises industrielles publiques ne va pas donner un coup de fouet à la croissance. Pas parce que le principe des entreprises industrielles d’État est une bonne idée, mais parce que nous n’en avons pas. Diminuer le pouvoir des syndicats pour contenir l'inflation induite par les coûts n’arrangera rien simplement parce que les syndicats n’ont plus aucun pouvoir.

Quand on a gagné, on a gagné. Mais le fil de l’histoire ne s’arrête pas pour autant, de nouveaux problèmes viennent remplacer les anciens. Nous avons aujourd’hui une crise causée par une demande insuffisante. Nous sommes confrontés au problème de l’offre des soins de santé à une population vieillissante.

Vouloir appliquer les «leçons de Munich» au Vietnam s’est avéré désastreux. Tenter d’appliquer les solutions de politique économique vieilles d’une génération aux problèmes d’aujourd’hui est tout aussi inadapté.

Matthiew Yglesias

Traduit par Bérengère Viennot

Matthew Yglesias

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