Préserver la biodiversité coûte très cher
Le coût de la préservation de la biodiversité peut se révéler exorbitant.
- A28, Wikipedia. -
Le pique-prune est un genre de scarabée qui vit dans les troncs des vieux châtaigniers et se nourrit de bois mort. En voie de disparition, il est protégé par la Convention de Berne, relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe (1979).
Rémy Prud'homme raconte à son sujet, dans un rapport au Conseil d'analyse économique rédigé avec Michel Didier, une étonnante histoire. Le tracé de l'autoroute A 28, qui relie Abbeville à Tours en passant par Rouen, Alençon et Le Mans, traversait une forêt de la Sarthe, dans laquelle un entomologiste avait découvert, en 1996, une colonie de pique-prune coulant des jours paisibles dans des châtaigniers morts.
La construction de la section de l'autoroute en question semblait ainsi susceptible de mettre gravement en péril l'habitat et peut-être l'existence même du pique-prune dans cette région. Or ce dernier constitue, nous dit-on, un chaînon essentiel dans le fonctionnement écologique des milieux forestiers, tandis que sa présence serait le signe de la préservation d'un milieu rural de qualité.
Du coup, ni une, ni deux, une vingtaine d'associations de défense de l'environnement, soucieuses du bien-être et de la survie de la bestiole, invoquèrent — avec l'appui de la Commission européenne — la Convention de Berne, deux directives européennes et les principes de précaution et de respect de la biodiversité pour demander le gel des travaux. Qu'ils obtinrent.
Quinze décès
Six ans et de nombreuses expertises et contre-expertises plus tard, il fut finalement décidé de transférer sur des sites spécialement aménagés les châtaigniers abritant les augustes coléoptères. Ce qui permit de procéder enfin à la construction de la section d'autoroute controversée.
Ainsi aujourd'hui, « sur le site des Blottes, à Mayet, des palissades protègent les fûts [des châtaigniers] des vents dominants et mettent les larves à l'abri d'un ensoleillement trop important. [...]Plusieurs pique-prune ont été équipés de micro-émetteurs qui permettent d'étudier leurs déplacements », indique la société Cofiroute - heureuse concessionnaire de la partie de l'A 28 concernée - qui s'est engagée à prendre en charge pendant dix ans le suivi scientifique du scarabée. A tout seigneur, tout honneur...
Une histoire qui finit bien, en somme. Et une conclusion à méditer, puisque l'Homme parvient, au terme de ce joli conte, à mener à bien ses projets tout en respectant la nature...
Si, toutefois, on avait le goût des ratiocinations mesquines, la passion des considérations oiseuses et des querelles byzantines, on noterait, avec Rémy Prud'homme, «que le retard de réalisation [des travaux] a eu un coût en vies humaines»... En effet, poursuit l'économiste, «le nombre de décès par accident par milliard de véhicules*kilomètres parcourus est de 13,4 sur une nationale et de 4,7 sur une autoroute. Un calcul simple, fait sur la base d'un trafic journalier de 6.000 véhicules [...] montre que la construction six ans plus tôt de ce tronçon aurait épargné plus de 15 décès, sans parler de centaines de blessures graves ».
A quoi il convient d'ajouter le coût financier des gains de temps qu'aurait permis l'usage de l'autoroute si les travaux n'avaient connu une si longue interruption. En effet, si l'on considère que l'autoroute permet de gagner une demi-heure sur la distance Le Mans-Tours, que le salaire horaire net moyen - et donc le coût d'opportunité du temps perdu dans les transports - peut être arrondi (pour simplifier le calcul) à 10 euros, que le trafic sur le segment en question dépasse les 6.000 véhicules par jour et que le chantier a été interrompu pendant environ 2.300 jours (six à sept ans), la valeur du temps perdu peut être estimée, grossièrement bien sûr, à environ 70 millions d'euros.
Deep ecology
On peut également mentionner que l'interruption des travaux n'a sans doute pas été sans incidence sur le marché du travail: une capacité de déplacement plus rapide des demandeurs d'emploi équivaut en fait à une augmentation de la taille des bassins d'emploi, donc des marchés du travail; or, plus ceux-ci sont vastes, plus le chômage d'inadéquation tend à se réduire: les chances d'un chômeur de trouver un emploi correspondant à ses qualifications augmentent ordinairement avec la taille du marché du travail.
Il faut en somme que l'on fasse bien grand cas du pique-prune pour consentir de tels sacrifices pour son confort ou sa survie...
On ne peut, en fait, raisonnablement imaginer que ces coûts, financiers et humains, aient été connus et acceptés lorsqu'il s'est agi, au nom de la protection de la biodiversité, d'interrompre les travaux. Sinon peut-être par les tenants de l'«écologie profonde» (ou deep ecology, analysée par Luc Ferry dans Le Nouvel Ordre écologique) qui, refusant d'établir une hiérarchie entre les espèces, n'auraient aucune raison d'être heurtés par les égards accordés aux pique-prune au détriment de la sécurité des hommes. Les partisans de cette version radicale, biocentriste, de l'écologie sont toutefois peu nombreux en France.
On ne peut, dès lors, mettre cet arbitrage malheureux — si favorable au scarabée, si préjudiciable à l'espèce humaine — que sur le compte de l'ignorance, de l'inadvertance. Le calcul, l'analyse coût-bénéfice, n'a, d'évidence, pas été fait. Il n'est sans doute venu à l'esprit ni des associations de défense de l'environnement ni de la Commission européenne qu'une interruption durable des travaux contraignait les automobilistes à emprunter des voies des circulations moins sûres, ce qui, à terme, ne pouvait manquer de provoquer davantage d'accidents, donc d'avoir un coût en vies humaines.
Pourtant les chiffres étaient connus ou faciles à trouver. Le raisonnement pas excessivement complexe. Et le choix entre le pique-prune et l'Homme plutôt aisé.
Le sida, «manifestation de la biodiversité»
Alors, pourquoi cet arbitrage? Risquons une hypothèse: la protection de la nature apparaît souvent comme bonne a priori. Or, dans cet a priori réside une ambiguïté fondamentale, car si notre conception de l'écologie demeure anthropocentriste — nous sommes soucieux de la qualité de l'environnement parce que sa dégradation peut avoir des conséquences néfastes pour l'humanité — nous avons cependant tendance, par amour de la nature ou paresse intellectuelle, à perdre de vue cette perspective, cette finalité, donc à nous dispenser d'une réflexion au cas par cas sur les coûts et les bénéfices de nos actions en faveur de l'environnement, à présupposer en somme que les intérêts de l'Homme et ceux de la nature se confondent. Ce qui est bon pour l'une le serait également pour l'autre: la distinction entre la version biocentriste et la version anthropocentriste de l'écologie conserverait une portée théorique mais disparaîtrait dans la pratique.
A cet «éco-angélisme» s'ajoute, en l'occurrence, l'image déplorable dont souffrent, à l'inverse, les projets d'infrastructure routière: pollution locale, dégradation des paysages, pressions sur la biodiversité mais aussi circulation automobile, donc pollution sonore, émissions de CO2, etc. Dans ces conditions, la réflexion sur l'ensemble des conséquences que pourrait avoir l'interruption des travaux de construction d'une autoroute apparaît sans doute inutile, superflue. Qui ne verrait, en effet, entre l'innocent pique-prune menacé d'extinction et l'autoroute léonine et conquérante, lequel protéger et laquelle entraver? Entre préserver la biodiversité et accroître notre emprise sur la nature, faut-il hésiter longtemps — surtout lorsqu'une idéologie se propose opportunément de nous en dispenser?
Philippe Kourilsky et Geneviève Viney dans leur rapport sur le principe de précaution rappellent que « le côté positif de la biodiversité est souvent porteur d'une certaine charge idéologique. On s'en défendra en se remémorant que l'émergence du virus du Sida est une manifestation de la biodiversité». La préservation de cette dernière ne saurait donc évidemment être une fin en soi. Peut-être n'a-t-on pas suffisamment médité cette évidence.
Mis à jour le 24/06/2009 à 16h31










































Si on suit jusqu'au bout la logique de cet article, combien de vie humaines seraient sauvées si on transformait toutes les routes de France, chemins vicinaux inclus, en autoroute ?
Que fait le gouvernement ? :~)
la logique de cet article ?
du n'importe quoi !
moi je pense qu'il faudrait faire rouler les avions sur les autoroutes et on aurait eu 228 morts en moins rien qu'en juin 2009! ...
c'est grave ...
J'admire la démonstration, même si l'hypothèse de base me pose quelques problèmes. Si je comprend bien le raisonnement, le fait d'avoir tenté de protéger une espèce en voie de disparition a, indirectement, entrainé la mort de 15 personnes.
Un nombre incalculable d'amalgame peut être fait suite à cet article : "protéger la nature coûte cher en vies humaines", "les associations de défense de l'environnement n'ont aucun respect pour la vie humaine", "il faut construire des autoroutes pour sauver des vies" ... bref ...
Il me semble pourtant que le moyen le plus sûr de sauver des vies, ce serait de ne pas prendre sa voiture, non ? Si je pousse le raisonnement jusqu'au bout, je dirais que nous commettons une grave erreur. Ce n'est pas une autoroute qu'il faut construire, mais une ligne de TGV. Au nom de la sauvegarde de la vie humaine, construisons plus de ligne de chemin de fer, et interdisons la libre circulations des véhicules individuels motorisés. Ainsi tout le monde serait content, les petits scarabés poursuivraient leurs activités xylophage, et des vies seraient épargnées.
Le ridicule ne tue pas dit-on, et heureusement. Le monde serait sinon un joyeux charnier.
S'il y a une biodiversité, c'est qu'elle sert probablement à quelque chose, non ?
Le raisonnement de cet économiste Rémy Prud'homme poussé à des extrêmes insensés, nous mènerait à éliminer tout ce qui est improductif. Les vieux, les malades, les chômeurs, les enfants, les curés, les femmes au foyer, les politiques (au passage), les journalistes (pourquoi pas), etc. la liste est très longue.
Ce type de raisonnement me rappelle une étude japonaise, qui conseillait - en conclusion - de supprimer les soupirs, les silences, les pauses, bref, tous les temps considérés comme morts et inutiles dans les partitions musicales, opérettes et opéras, de façon à raccourcir drastiquement la durée des spectacles, freinant ainsi l'usure des fauteuils et permettant 2 voire 3 représentations par soirée pour amortir tout ce qui pouvait l'être.
Dans le sens contraire, on peut soutenir que ces 15 morts n'ont pas consommé, pollué, ni engendré quelques descendants qui à leur tout auraient initié de nouveaux cycles de consommation, pollution, etc.
Si les économistes raisonnent sur ce modèle là, je comprends mieux qu'ils n'aient pas vu la crise pointer son nez.
Si l'on poursuit le raisonnement, il faut calculer combien de vies présentes ou futures ont été sauvées par la sauvegarde de ce scarabé. Si c'est un maillon essentiel dans le fonctionnement des milieux forestiers, il faut savoir combien de vies sauvées grâce à des forêts en bonne santé
Mais on peut aussi dire qu en protégeant les forêts on est responsable des morts par incendies ou chutes d'arbres (rares il est vrai)
... c'est sans fin
On ne peut pas mesurer tous les effets d'une décision, que ces effets soient bénéfiques ou non, mais ça ne doit pas empêcher de faire des choix
Merci à nouveau pour vos interventions. J'ai connu de nombreuses situations liés à des projets territoriaux. La logique de décivilisation portée par nos gentils malthusiens (gentils en apparence) a toujours cherché des "leviers émotionnels" pour imposer son emprise sur les territoires identifiés à la nature dont ils se posent comme propriétaires et arbitre des usages. La biodiversité est un des succès de la dernière décennie. Il faut voir comment des espèces inconnues la veille sont nées au lieu même des chantiers engagés. De là un déferlement d'études, de contentieux, de démonstrations de démocratie participative menée par des associations nées spontanément, de financements qui au bout du compte alimentent associations et groupes "scientifiques", observatoires et bénéficiaires de compensations dans les tractations engagées.
Le coût pour la collectivité en frais et retards en tous genre est très rarement évalué. Vous citez là une exception. Un simple inventaire des actions contre les projets sur les 20 dernières années serait de salubrité publique dans un pays où les citoyens ignorent ce genre de phénomènes. Il faut dire que la France n'est pas seule concernée. Nos centres de contrôle mondiaux de la morale, de la science et du bien agir que sont les grandes ONG sont partout. Elles veilles et nous surveillent avec une multitudes de satellites et d'antennes locales.
Mais revenons en à la biodiversité. Il n'en existe aucune définition scientifique qui permette de faire une corrélation entre biodiversité et bien universel. Ainsi la mutation des virus participe à la biodiversité non sans poser question sur le bien humain. La biodiversité n'est pas forcément un bien pour les espèces d'un milieu donné. Mais le problème n'est pas là, il est de transposer ce qui relèverai de la science (la diversité des espèces) à ce qui est du domaine du bien, du jugement moral, qui ne peut être que donc que "bien commun". C'est un des principes du totalitarisme que d'éreinter le jugement moral au profit d'une vérité scientifique qui s'imposerait.
Cela permet d'oublier que de telles injonctions sont toujours portées par des hommes en fonction de leur propre jugement se proclamant représentants de l'universel.
Il a été astucieux de faire prendre par les instances européennes dans l'indifférence et l'ignorance générale mais avec différentes complicités intéressées des règles et des normes qui alimentent le débat en le déplaçant sur le plan juridique et non sur le fond.
Terme barbare s'il en est mais il existe... barbare, barbarisme, barbaricisation, un beau sujet pour le bac.
Une grande tendance de l'écologie militante est d'essayer de faire ce qui, en fait, n'a jamais exister : figer l'existant.
Il s'agit de protéger des espèces listées avec des motivations qui sont parfois douteuses comme : l'ours blanc c'est joli, les moustiques ça piquent et collent le pallu.
La disparition du premier sera un drame planétaire alors que l'éradication des seconds sera de salubrité publique.
Ce malentendu, pour ne pas dire plus, vient peut-être (débattons en si vous le voulez) du fait que rares sont ceux parmi nous qui sont en contact avec la "vraie" nature. cette dernière étant un endroit non aménagé, non entretenu, les populations non régulées, non cultivée, bref un endroit où l'homme est un animal comme les autres.
En France, ces lieux sont rares ce qui peut créer chez nous une vision naïve et esthétique de la nature. Naïve car nous touchons le rêve de la contrôler et esthétique car elle est "conçue" pour nous plaire, je la différencie donc de la campagne !
Pour finir, la bio-diversité nous plait car cela chatouille en nous le Robin des bois qui dort mais si elle doit manger mes géranium, ça ne va plus du tout. Les scarabées du fond de la forêt OK, mais les rats dans ma maison, non !
La bio-diversité, oui mais chacun à sa place.
Bravo ! Voilà un cas d'école de désinformation et d'amalgame qu'il faudra absolument conserver dans les manuels!
Le cas "pic-prune" est en effet resservi régulièrement pour lutter contre toute initiative visant à préserver la biosphère.
Il y a bien sûr du vrai dans votre démonstration, mais cela ne peut être généralisé aux démarches de protection de la biosphère.
Mon métier est de préserver et développer la biodiversité (Dervenn, génie écologique), et je ne suis certainement pas pour autant un écologiste fondamentaliste tel que décrit par Luc Ferry. J'ail lu par ailleurs toute la littérature éco-sceptique, Kervasdoué, Allégre, Brunel, Lomborg ou Gérondeau, et on retrouve toujours cette ligne d'attaque très malhonnète de diabolisation en soulignant quelques erreurs ou excés, comme vous venez de le faire.
Que la procédure "pic-prune" ne soit pas en tout point exemplaire n'exonère pas de la responsabilité de préserver la vie, ne serait ce que parce que nous même et notre économie en a besoin. Il s'agit aussi d'une des premières bataille de grande envergure, et il fallait essuyer les plâtres (d'où les délais de procédure un peu long!). Votre exemple à presque 15 ans, il faut suivre l'actualité à ce sujet.
Il existe aujourd'hui de nombreuses personnes et entreprises sensées et responsables qui oeuvrent pour la pérennité de la vie sur terre, et votre amalgame est particulièrement dangereux et contreproductif.
Je vous conseille la lecture du Millenium Ecosystem Assesment sur les services rendus par les écosystèmes au bien être de l'humanité, pour comprendre que ce combat n'a rien d'idéologique, mais sert avant tout l'intérêt commun !
Voir aussi le dernier livre de Christian Lévèque, "la biodiversité au quotidien", qui est particulièrement pragmatique à ce sujet.
Pour terminer, la préservation d'une espèce en tant que telle (ici le pic-prune) n'a pas de sens et c'est pourquoi votre raisonnement est caduque. L'objectif général est la préservation des fonctionnalités écologiques et des relations entre les écosystèmes. Il s'agit simplement de laisser des espaces de vie aux population vivantes (habitats naturels) pour permettre la cohérence de la biosphère. Sinon, nous risquons fort de le payer assez cher. Le pic-prune peut être en ce sens un indicateur du bon état des habitats naturels garantissant les services écosystémiques dont nous bénéficions.
Bien cordialement
Patrice VALANTIN, Dervenn
Pouvez-vous nous donner une définition rigoureuse et scientifique de l'expression "la cohérence de la biosphère". Si vous avez un autre référentiel rigoureux je serais preneur. (Je vous alerte sur le fait que la notion de cohérence est polysémique et ne va pas de soi, il faudra le prendre en compte)
Pouvez- vous nous donner une démonstration objective rigoureuse de ce fait?. "Sinon, nous risquons fort de le payer assez cher". Je me contenterai éventuellement de probabilités calculées. Sinon quelle échelle de valeur vous procure les moyens et la procédure d'évaluation du "payer cher". Et s'il s'avère qu'il s'agisse de valeurs humaines alors il faudrait situer dans quelle culture, dans quelle communauté de valeurs selon quels processus d'évaluation et de concertation démocratique cela est possible.
Il ne suffit pas de se déclarer scientifique pour l'être sauf si chacun, chaque discipline ou chapelle s'en arroge le droit.
La science moderne, disent certains, s'est construite sur le refus de l'argument d'autorité. Nous y voilà revenu au coeur même de ce qui se dit la science.
Merci de confirmer si parfaitement mon propos, en utilisant le raisonnement habituel des « éco-sceptique » : démonter tout argument dés que l’on trouve une faille. Mais le fait que je ne définisse pas le mot cohérence ne change rien à la réalité … D’ailleurs, je ne me suis jamais déclaré scientifique : je suis juste bûcheron et paysan, et mon métier consiste simplement à remettre de la vie sur les espaces fonciers, à l’aide de méthodes scientifiques. Je ne vois pas bien non plus de quelle chapelle vous parlez.
Non, désolé, je n’ai pas de définition « scientifique et rigoureuse » au mot cohérence, que le commun des mortels comprend cependant sans long discours intellectuel, et je n’ai pas l’intention de perdre du temps à ce sujet, j’ai mieux à faire à agir sur le terrain. Il en est de même pour l’expression « payer assez cher ». Je vous conseille le livre de Christian Lévèque, le Millenium Ecosystem Assesment (1300 scientifiques du monde entier, donc de toutes cultures), le rapport intermédiaire de Pavan Sukdhev sur le coût de l’inaction politique (COPI), le rapport du CAS de B. Chevassus au Louis sur la valeur des services écosystèmiques et pour finir la brochure « d’Entreprise pour l’Environnement (EpE) » (sont-ils adeptes de la « deep écologie » ? Ce serait amusant pour des entreprises du CAC40). Vous pouvez aussi voir une conférence de l’économiste Jacques Weber, sur le site www.fipan.fr … Mais ce ne sont certainement pas des scientifiques de votre point de vue. A quelle chapelle sont ils affiliés d’après vous ?
L’homme est particulièrement ignorant des réalités de la vie, et ne sait pas ce qui est bon ou mauvais. Cela ne doit pas nous empêcher d’utiliser la science pour progresser et chercher des solutions, en gardant suffisamment d’humilité pour reconnaître nos faiblesses en ce domaine. Il n’y a pas de loi dans la nature, mais suffisamment de cohérence assurée par la coopération des espèces, les relations entre les écosystèmes ou la chaîne trophique pour permettre une évolution continue.
Je vais toutefois vous donner quelques exemples, une petite parabole valant mieux qu’une grande définition :
Nous avons pêché la morue pendant 500 ans sur les bans de Terre Neuve. Certains ont averti du risque d’épuisement des ressources, mais ne pouvant définir rigoureusement et scientifiquement les termes « épuisement » et « ressources », ils n’ont pas été écoutés. Jusqu’au jour où le gouvernement canadien, devant l’évidence enfin démontrée scientifiquement (c’est à dire les filets vides), à fini par décréter un moratoire sur la pêche à la morue, mettant immédiatement 40 000 personnes au chômage. Je suis tout à fait d’accord que la misère de ces personnes ne peut être que très relative, étant donné que nous n’avons pas défini « un processus d’évaluation et de concertation démocratique qui ne soit pas lié à leur communauté de valeur ». Je vous conseille d’aller leur expliquer, je suis persuadé qu’ils seront ainsi scientifiquement et méthodologiquement rassurés sur leur sort. Et après avoir attendu 10 ans le retour de la « Morue Prodigue », il a fallu constater qu’elle ne reviendrait pas. Les chercheurs n’ont d’ailleurs pas de certitude exacte sur les causes de cette irréversibilité (ils ne doivent pas être suffisamment scientifiques). Alors je persiste et me permet de dire, en tout barbare ignorant que je suis, que la cohérence globale de l’écosystème a été tellement modifié par les prélèvements que ceux-ci ne sont plus en mesure de perpétuer les services qu’ils assuraient auparavant (la production de biomasse piscicole). Merci de m’indiquer un autre terme si vous le souhaitez, je l’emploierai avec plaisir, car j’aurai certainement l’impression d’être plus intelligent.
A poursuivre la pêche intensive sur les océans, il y a un risque (que je ne peux pas définir scientifiquement) d’altération des ressources. Faut il attendre, comme à Terre Neuve (ou bientôt en Golfe de Gascogne pour l’anchois), la disparition de la ressources pour en avoir la preuve ? Sachant qu’1,5 milliards d’êtres humains vivent de poissons, faut il définir un processus d’évaluation de leur communauté de valeur pour estimer le prix à payer ?
Je vous invite aussi à visionner la vidéo « le silence des abeilles » sur Dailymotion. La cohérence des écosystèmes est tellement altérée que les paysans pollinisent à la main. Les services rendus par les insectes ne sont plus assurés. Il n’y a aucun « refus de l’argument d’autorité » de leur part, juste la réalité de la vie… qui disparait. Vous faut-il une concertation démocratique (Chinoise) pour affirmer qu’il faut payer cher ?
Je rappelle que la science ne se mange pas… Je me moque donc des théories qui ne m’assurent pas de l’avenir.
Cordialement
1°) La contestation sur un projet autoroutier ne repose pas sur la logique décrite par Baptiste Marsollat : volonté de protéger le pique-prune, puis contestation, puis arrêt du chantier.
La contestation du projet démarre bien en amont, et c'est bien normal : on dénonce la politique du tout voiture, l'inutilité socio-économique du projet, l'impact paysager, le choix d'un tracé reposant trop sur l'objectif de protéger les riverains et les agriculteurs, et pas assez les milieux, etc.
Concernant ce projet précis, voir : http://piqueprune.chez.com/
Vous y constaterez que le piqueprune était un motif de droit bien solide pour faire tomber le projet, mais que ce motif est apparu bien après les premières oppositions à l'A28
2°) Ce n'est pas le détail du scarabée qui est ici en jeu, mais un principe de droit : à partir du moment ou une espèce est inscrite sur la liste des plantes ou animaux dont on a de sérieuses raisons de penser qu'en l'absence de précautions, ils pourraient disparaitre de la surface de la terre, alors on n'y touche pas, point barre. Le droit, c'est ce que nous ont légué de mieux les romains pour asseoir des comportements civilisés, et le droit, c'est la seule chose qui protège le faible contre le fort. Et qu'y a t il de plus faible que la biodiversité ? L'article de Baptiste Marsollat le démontre fort bien, non ?
3°) En fait, on ne comprend pas encore grand chose au fonctionnement du vivant. Peut-être nos enfants découvriront-ils un jour que les interrelations entre espèces fonctionnent comme un de ces jeux pour enfants, où l'on peut enlever des pièces une par une sans problème, jusqu'à ce qu'en en enlevant une de trop, on fait tout s'écrouler. Que penseront de nous nos enfants, qui verront qu'en quatre générations nous avons consommé la moitié des ressources naturelles de la terre et détruit la moitié du vivant ?
Que penseront nos enfants qui sauront qu'en quatre générations l'espérance de vie à presque doublé, que la population de la terre à triplé et que le pourcentage d'affamés a diminué. Que penseront-ils en voyant que le nombre de ceux qui sortent de la misère n'a jamais été aussi grand et que pour les générations futures il y en a qui leur refusent l'héritage dont nous avons bénéficié, dont celui de répondre aux problèmes au fur et à mesure qu'ils se posent plutôt que de faire marche arrière (dans les mots bien sûr). Cela me rappelle ce cycliste qui dénonçait la chimie après l'explosion d'AZF fier de son vélo en composite et des vêtements dernier cri qu'il portait.
La logique développée dans cette article n'est pas idiote en soi, il serait d'ailleurs très utile de déterminer les impacts économique REELS de chaque décision pour pouvoir la prendre. Cependant elle est totalement incomplète, et pour cause : les paramètres sont si nombreux et si subjectifs qu'il relève de l'utopie de pouvoir réaliser ce genre de calculs.
Vous donnez vous-même les arguments dans ce sens à la fin de l'article en listant d'autres impacts : "pollution locale, dégradation des paysages, pressions sur la biodiversité mais aussi circulation automobile, donc pollution sonore, émissions de CO2, etc." Vous parlez d'image des infrastructures routières, mais ces nuisances sont réelles et mériteraient certainement un chiffrage dans votre analyse.
Je travaille tous les jours à la préservation de la biodiversité et notamment sur le volet réglementaire. Ainsi, la loi telle qu'elle est faite aujourd'hui permet une réelle prise en compte des espèces protégées dans les grands projets d'infrastructure, mais les petits projets passent à travers les mailles du filet. Pour vous dire : si l'exploitant forestier avait précédemment voulu couper ses arbres pour en faire du bois de chauffage et donc détruire la colonie de pic-prune, personne n'en aurait rien su, et l'autoroute aurait pu se faire sans problèmes. Pourtant, la calcul est vite fait quant à l'intérêt d'une autoroute face à un tas de bois...
Concernant la biodiversité, c'est mon boulot de faire comprendre son intérêt et c'est loin d'être facile. Pourtant, la biodiversité est primordiale et pas seulement pour l'homme. Elle est primordiale car elle traduit un équilibre, un équilibre que l'on perd petit à petit, ce qui fragilise le monde vivant dans son ensemble. Les grandes catastrophes qu'a connu le monde vivant ont provoqué la disparition d'un nombre très important d'espèces et pendant les millénaires suivants, un nouvel équilibre s'est lentement formé. La qualité de cet équilibre détermine la résistance d'un écosystème aux perturbations externes et donc la pérennité des espèces qui le compose.
L'homme est aujourd'hui une catastrophe écologique de plus et il serait illusoire de se persuader du contraire. Il n'est pas pour autant une erreur de la nature. Au contraire son acharnement à l'expansion est tout ce qu'il y a de plus naturel : il n'existe pas d'animal qui, de lui-même, se limite, se restreint dans ses impacts. Le mieux à faire est finalement d'assumer ce triste rôle et d'essayer de dépasser notre condition d'animal expansif. Même si cela veut dire qu'un scarabée a le pouvoir de dévier une autoroute.