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Faut-il médiatiser les prises d'otages?

Christopher Beam, mis à jour le 23.06.2009 à 17 h 58

Le journaliste du «New York Times», David Rohde, qui avait été kidnappé en Afghanistan sur le chemin d'une interview, a échappé à ses geôliers talibans le 19 juin, après sept mois de captivité. Le «New York Times» avait passé sous silence cet enlèvement, considérant que sa médiatisation mettrait en danger les otages. Est-ce toujours une bonne idée?

Pas nécessairement. La médiatisation est généralement bénéfique aux preneurs d'otages, puisqu'elle leur permet de diffuser leur exigences, de donner du poids aux négociations, et de se faire connaître. Mais dans certains cas, la médiatisation peur servir les otages eux-mêmes. Cela peut par exemple être utile si le groupe commettant les enlèvements tient à sa réputation. Quand le Hezbollah ou le Hamas enlève un Israélien, Israël médiatise toujours l'affaire au maximum, partant du principe qu'aucun de ces mouvements ne veut se faire connaître auprès de potentiels électeurs comme des tueurs d'otages potentiels. C'est aussi pour cette raison que le Pape s'exprime haut et fort lorsque des personnalités en vue, comme Ingrid Bétancourt, sont enlevées par la guérilla en Colombie. D'un autre côté, un kidnappeur qui ne prête aucune attention à ce que la communauté internationale pense de lui —un petit dealer par exemple— ne pourrait que profiter d'une couverture médiatique (et, sans doute, de dénonciations papales.)

Dans certains cas, un preneur d'otages peut demander la médiatisation de l'affaire comme condition de libération des prisonniers. En 1976, des séparatistes croates détournèrent un avion de la compagnie TWA qui s'envolait de New York, firent exploser une bombe à Grand Central station, toujours à New York, et publièrent chaque fois un communiqué. Les journaux acceptèrent d'en être le relais, aucune bombe n'exposa plus, et les passagers du vol TWA furent libérés.

Au cours des dernières années, des groupuscules comme Al-Qaida ont enlevé des individus avec le but précis de les assasiner devant une caméra: songez par exemple à Daniel Pearl, Nicholas Berg, et Paul Johnson. Dans ces cas-là, rendre compte des macabres évènements est susceptible d'encourager les preneurs d'otages à récidiver. La médiatisation peut aussi être néfaste si des négociations ont été ouvertes, et que la divulgation d'informations dans les médias y met un frein. Lorsque le Hezbollah a commencé à prendre des ôtages américains au Liban par exemple, au début des années 80, certains des membres de la famille se plaignirent de ce que l'on n'attirait pas assez l'attention sur les enlèvements. Il s'avéra que l'administration Reagan tempérait la médiatisation, tandis que des efforts étaient faits en sous-main pour négocier. Et ils finirent par avoir leur médiatisation.

Christopher Beam

Cet article, traduit par Charlotte Pudlowski, a été publié sur Slate.com le 22/06/2009

crédit: Reuters/STR New—David Rohde après sa libération en 1995, lorsqu'il avait été enlevé une première fois.

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