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Le marathon ne leur suffit plus: bienvenue dans le monde de l'ultra-trail

Yannick Cochennec, mis à jour le 07.04.2013 à 8 h 39

Cette course au long cours qui emprunte les chemins les plus escarpés loin des routes planes est en pleine explosion.

Le Suisse Matthias Merz lors d'un trail en Suède en 2012. REUTERS/Jens L'Estrade/Scanpix Sweden

Le Suisse Matthias Merz lors d'un trail en Suède en 2012. REUTERS/Jens L'Estrade/Scanpix Sweden

Même s’il n’est pas l’un des tout premiers dans sa catégorie dans le monde au niveau du prestige, le marathon de Paris, organisé dimanche 7 avril dans les rues de la Capitale, n’en finit plus d’aller à la rencontre du succès. Cette année, en effet, pour la première fois de son histoire commencée en 1976, la course rassemblera plus de 50.000 passionnés et il a même fallu arrêter le flot des inscriptions afin de garantir suffisamment d’espace vital aux candidats sur le tracé de 42,195km.

«Dans le marathon, il n’y a ni vainqueur, ni vaincu, seulement ceux qui se terminent», disait Alain Mimoun, champion olympique de la distance en 1956 à une époque où il était difficile d’imaginer un tel engouement populaire dans un pays devenu avec le temps l’une des plus grandes nations de la course à pied. A l’époque de Mimoun, souffrir davantage semblait exclu au-delà de cette limite historique qui paraissait être une sorte de point infranchissable en termes d’effort et de résistance. Pourtant, courir plus loin que les 42,195km est devenu aujourd’hui une nouvelle quête pour de nombreux coureurs désireux d’étancher leur soif d’inconnu et de sensations. Des volontaires pour ce qui est appelé l’ultra dans le milieu de la course. Après 80km, on parle même d’ultra-trail.

Ayant dépassé le simple phénomène de mode, cette forme de course au long cours s’est inscrite dans le paysage international par le biais du boom du trail dont toutes les courses ne sont pas interminables, mais qui a fait de cette spécificité de la longueur extrême sa vraie marque de fabrique. Et le trail, qui emprunte les chemins les plus escarpés loin des routes planes, a sa vedette, suffisamment emblématique et populaire pour figurer, par exemple, à la Une de l’Equipe Magazine voilà quelques semaines.

«Courir ou mourir»

Cet athlète de l’impossible est Espagnol et s’appelle Kilian Jornet, âgé de 25 ans. Il a sorti un livre titré —vaste programme— «Courir ou mourir» dans lequel il raconte son goût pour ces chevauchées de l’impossible que peuvent constituer, par exemple, la traversée des Pyrénées (850km) en huit jours, la montée et la descente du Kilimandjaro en sept heures ou des victoires plus «classiques» comme le marathon du Mont-Blanc ou le Grand Raid de la Réunion avec sa fameuse Diagonale des fous. Jornet est insatiable.

«J’ai des limites physiologiques comme tout être humain, a-t-il nuancé auprès de L’Equipe Magazine. On peut les connaître facilement grâce aux tests d’effort. Moi, en vitesse, je suis nul sur terrain plat. En montée, par contre, je sais ce dont je suis capable à tel moment de la saison. Après, il y a les limites que l’on s’impose et qui sont davantage psychologiques. C’est l’appréhension par rapport à la douleur, la peur de ne pas réussir. Ces limites-là sont plus profondes, mais on peut les repousser.»

Venu des Etats-Unis, ce phénomène du trail s’est diffusé en France au début des années 90 par le biais notamment du Raid Gigondas-Ventoux, une course de 94km à travers la nature, ou la 6000D La Plagne, qui existent encore, mais le déclic a été vraiment constitué en 1995 par la Grande course des templiers sur les plateaux du Larzac qui a bénéficié à l’époque d’un intérêt médiatique certain.

Puis s’est opérée cette bascule en 2003 vers l’ultra-trail, par la voie de la première édition de celui du Mont-Blanc, précurseur, devenu l’un des temps forts de la saison avec 166km et 9.500 mètres de dénivelé positif (dénivelé total à avaler par le coureur). Premier vainqueur de l’ultra-trail du Mont-Blanc, le Népalais Dawa Sherpa, sorti d’un séjour de plusieurs années dans un monastère bouddhiste, a été l’une des premières figures charismatiques de la discipline. Le «monstre» Jornet, vainqueur à trois reprises sur les pentes ardues de Chamonix, est ensuite arrivé.

D’autres ultra-trails, multiples, ont suivi comme la Montagn’hard dans le Massif du Mont-Blanc, l’ultra-trail des Pyrénées, le Festa Trail Pic Saint-Loup, l’ultra-marin du Golfe du Morbihan ou donc le Grand Raid de la Réunion qui réunit 6.000 coureurs chaque mois d’octobre et se partage entre trois compétitions: la Diagonale des fous (170km, 9.800m de dénivelé positif), le Trail de Bourbon (95km, 5.000m de dénivelé positif) et la Mascareignes (63km, 3.000m de dénivelé positif). Dans la région autonome de la Vallée d’Aoste, le Tor des géants avec ses 330km et ses 24.000 kilomètres de dénivelé positif avec 25 passages de col à plus de 2.000m d’altitude, est devenu une sorte de nec plus ultra (trail), comme une fin en termes d’exagération des difficultés. En septembre dernier, l’Espagnol Oscar Perez s’y est imposé sur les 600 coureurs au départ en 75h56 (avec très peu de sommeil) soit près de quatre heures devant son poursuivant français, Grégoire Millet. La première femme, l’Italienne Francesca Canepa, a franchi la ligne d’arrivée au bout de 99h15.

Surcapacité

Soucieuse de récupérer cette nouvelle manne de pratiquants passionnés, la Fédération française d’athlétisme a défini un circuit de courses scindé en quatre distances: le trail découverte (distance inférieure à 21km), le trail court (entre 21 et 41km), le trail (de 42 à 80km) et l’ultra-trail (au-delà de 80km). Pour la première fois, des championnats de trail sont prévus à Gap en octobre prochain.

Ce succès populaire, qu’il était possible d’apercevoir jeudi 4 avril lors de l’ouverture du salon Running Expo à Paris où la foule se pressait près des stands dédiés, s’accompagne aussi de quelques difficultés comme le souligne Christian Combet, l’organisateur de la D600 à La Plagne. «Tous les chemins ne peuvent pas accueillir ces foules de plus en plus considérables. Il est impératif de mettre une limite sous peine de dénaturer l’objet initial de ce type de course. Et il y a aussi un seuil en termes de sécurité. Pour la D600 de La Plagne, nous devons mobiliser 300 bénévoles pour sécuriser le parcours et pour porter notamment assistance à ceux qui en ont éventuellement besoin. A trop accueillir de gens, l’organisation devient chaotique. Nous passons donc à l’heure de la modération au niveau de notre capacité d’accueil à partir de cette année.»

Le trail va-t-il prendre le pas sur la course sur route? Pour le moment, les deux modes de course se complètent et se nourrissent de leurs pratiquants. Mais comme le souligne Michel Delore, spécialiste des courses de longues distance et auteur de «Running, du jogging au marathon», «les fabricants d’articles de sport trouvent dans le trail un nouveau et très lucratif débouché.» «Quand un marathonien ou un autre coureur sur route se contente de renouveler sa paire environ tous les six mois, le traileur abandonne plusieurs fois la même somme tant est important l’équipement requis et souvent exigé au départ des trails», constate-t-il. L’effet de mode est donc largement encouragé un peu partout si bien qu’environ 3.000 trails de toute taille sont désormais organisés sur le territoire français quand ils étaient à peine 850 en 2006.

Mais sachez-le: un trail de bon niveau ne s’aborde évidemment pas au pied levé. On estime que 100m de dénivelé positif valent un kilomètre de plat en plus. Une course de 50km avec 1.500m de dénivelé positif se résume donc théoriquement à 65km d’effort physique. A ne pas mettre entre n’importe quelles chaussures…

Yannick Cochennec

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Journaliste
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