Congrès: un côté archéo-gaullo-coco, par Eric Le Boucher
Le monde de demain décrit par le Président, c'est la France d'hier.
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Comment se fait-il qu'un discours a priori consensuel, en faveur du modèle républicain, de la social-démocratie, de l'industrie et du «génie français» provoque un malaise ? Nicolas Sarkozy veut lancer la France dans l'avenir et financer des investissements et des réformes qui, demain, porteront leurs fruits. On devrait applaudir et pourtant un mauvais pressentiment m'envahit et, pour tout dire, une crainte d'entourloupe.
Attention ! Il faut, en ces temps, se méfier de ses propres réactions. L'anti-sarkozisme primaire, de Bayrou à Besancenot, empeste tellement l'atmosphère de la politique du pays et tue le moindre neurone qu'il peut m'avoir atteint. Surtout donc s'en tenir à qu'a dit le président de la République à Versailles devant le Congrès, à ce qu'il propose.
Et on adhère au début. «La crise n'est pas finie, nous ne savons pas quand elle finira». C'est une pierre dans le jardin de son premier ministre qui a cru, avec raison, voir des lueurs de reprise mais bon, un excès de prudence ne peut nuire.
De cette crise catastrophique sortira un monde neuf, poursuit le président. «Rien ne sera plus comme avant». C'est vite passer sur un débat qui a lieu aux Etats-Unis et en Angleterre sur les vrais changements issus de cette crise, beaucoup disant qu'en dehors d'une régulation bancaire plus serrée, tout redeviendra comme avant. Mais soit, Nicolas Sarkozy marque un point quand il dit que sans changements, la révolte gagnera les peuples.
Poursuivons le fil du discours: de ces changements inéluctables et nécessaires naîtra un monde neuf avec «plus de régulation, plus de justice, plus de protection». Or, ce monde de demain, regardez, dit le président : c'est la France d'hier et d'aujourd'hui. Nous étions, nous Français, en avance! Plus de progrès social, «mettre l'économie au service de l'homme et pas l'inverse», c'est «le modèle républicain auquel nous croyons tous».
On s'étonne de voir le président élu pour «adapter» le modèle français à la mondialisation, vanter maintenant ce même modèle français aux yeux du monde entier. Mais poursuivons. La France est un modèle «à la condition que nos idéaux collent avec la réalité». Ce n'est plus le cas, dit le président dans une partie de son discours qui retrouve le thème central de sa campagne : le social français est dévoyé parce que «l'égalité est devenue l'égalitarisme», parce que le mérite républicain a laissé place à un «donner la même chose à tout le monde», parce que l'intégration est en échec et «produit du ressentiment», parce que «la liberté est fondée sur des règles» et qu'on les a oubliées. Jusque là, tout va bien : Sarkozy convainc.
Le président quitte alors le diagnostic pour passer aux propositions. Il faut rétablir «la production» ! Voilà le grand mot de son discours, qui fleure bon les années d'après-Guerre. Nicolas Sarkozy le revendique: il dit que ses valeurs, les nôtres, ont été forgées par le Conseil National de la Résistance et il avoue que «oui, nos ressorts sont semblables à ceux de cette époque». On a fait, depuis, la part trop belle à la spéculation.
Nicolas Sarkozy aime bien les usines, nous aussi. La France souffre d'un déficit de «production» et de compétitivité ? On acquiesce. Le post-crise, c'est l'après Guerre: voilà qui est tout simple! Nicolas Sarkozy a annoncé - décision la plus importante du discours à ses yeux - que des «secteurs stratégiques seront choisis dans les trois mois» et que tout sera fait pour les développer, notamment en allégeant les charges pesant sur le travail. Il a parlé de «changement radical».
Commence une petite gène, le côté archéo-gaullo-coco, Nicolas Sarkozy version Marcel Paul (ministre communiste de la production en 1945). «Il faut produire»! Ne manque plus que «les patrons, ils étaient absents à Londres», mais on n'est pas loin avec la honte mise sur les rémunérations excessives et les bonus.
Puis on décroche. Car partant de là, la suite sarkozienne entre en terrain trop connu: pas de rigueur! En pleine reconstruction du pays, vous n'y pensez pas! Les mauvaises dépenses, il faut les éliminer mais les dépenses d'avenir, l'investissement», l'autre beau mot du discours, ah non ! Et de lister la formation («un investissement !»), le sauvetage des firmes en difficultés («un investissement !»), le Grenelle de l'environnement («un investissement !»), l'internat d'excellence («un investissement !»), Etc. Alors bien sûr, vous l'aviez deviné, il faut, «un emprunt national» pour payer tout cela. C'est l'emprunt, ou «la France sans usines». Choisissez.
On se dit: «tout ça pour ça». Tout ce pathos productiviste pour en arriver à l'emprunt Balladur 1993, à accroitre la dette. J'exagère? Oui un peu. Nicolas Sarkozy a aussi listé les «réformes» qu'il entend poursuivre ou engager: santé, collectivités locales, niches sociales et retraites (sujet qui n'est pas renvoyé à la future présidentielle comme l'avait dit François Fillon, mais qui fera l'objet d'une décision dès la mi-2010). «Pas un euro gaspillé», a dit le président pour contrebalancer son refus de la rigueur.
Son dilemme est simple: la France n'a plus les moyens, elle est en faillite comme a reconnu Fillon. Le président refuse alors d'être cantonné à la gestion rigoureuse des comptes. Il veut emprunter pour investir et réformer et promet que les dépenses d'aujourd'hui vont porter leurs fruits, accroître la croissance de demain.
Mais je ne peux m'empêcher de trouver suspect cette fuite en avant. Elle rompt avec la «rupture», elle ressemble exactement à ce qu'on fait les gouvernements depuis 30 ans. Observez: Nicolas Sarkozy dit que le modèle français a été dévoyé parce qu'on a jamais coupé dans les dépenses de gestion courantes, ce qui a atrophié la part du budget consacré à l'investissement. Il y a quelques jours, Christine Lagarde avait plaidé que l'Europe distingue les dettes dues à la crise des autres, les premières devant être sorties des critères de Maastricht. Bruxelles qui connaît toutes les innombrables ficelles utilisées par Paris pour s'absoudre des lois européennes, a refusé. Mais Nicolas Sarkozy revient à la charge: le financement des dépenses sociales, amortisseur de la crise», doit être considéré à part, insiste-t-il. Comprenez: le social, c'est de l'investissement.
Sur le fond, on pourrait en discuter et examiner cas par cas, mais le message est tellement éculé depuis 1945 que le scepticisme s'impose. Cet emprunt «pour l'investissement» que sort Sarkozy a toutes les chances de n'être qu'une entourloupe, une nouvelle manière de dépenser plus. Une phrase contre sur la rigueur «qui conduit à moins de croissance» vient confirmer cette inquiétude. Rappelons à Nicolas Sarkozy, que la littérature économique affirme l'inverse : en Europe, les pays qui gèrent bien leurs comptes ont une expansion de moyen terme plus solide.
En s'engageant dans des considérations oiseuses sur les «deux types de croissance, interne et externe», le président souligne ses contradictions. On comprend d'où cela vient: du grand déséquilibre mondial entre des Etats-Unis trop consommateur (croissance type interne) et une Chine trop exportatrice (type externe). Qui porte la responsabilité de la crise? Les Etats-Unis, pour beaucoup. Les deux camps, pour quelques uns : la Chine doit développer sa consommation interne et les Etats-Unis doivent cesser de s'endetter pour développer leur épargne et produire plus. Nicolas Sarkozy fait, lui, porter toute l'entière responsabilité sur la Chine, sur les seuls pays exportateurs. Leur politique conduit au dumping social et fiscal et au conflit, dit-il. C'est une stratégie «non coopérative». Cette sortie risquée veut prouver que la croissance «interne», entendez celle du progrès social, la sienne, est la meilleure. Une autre façon de dire qu'il faut rejeter la rigueur.
Mais outre que ce discours absout curieusement les Etats-Unis, le raisonnement est léger. La France est un pays au commerce extérieur déficitaire qui ne produit pas assez. D'où le message «produisons plus!». Mais on peut aussi dire que la France consomme trop, à l'américaine. Surtout, si les exportateurs sont égoïstes, pourquoi avoir fait ami-amie avec Angela Merkel, chancelière du pays champion du monde des exportations? Pourquoi n'avoir pas rallié le camp d'Obama qui au G20 en avril demandait à l'Europe d'adopter un plan de relance plus fort?
Discours bancal, démonstration de circonstance. Produisons plus? Pour l'instant, je lis : consommons plus. La politique économique de Nicolas Sarkozy va reproduire les erreurs qu'il dénonce, sur des airs de guinguette.
Eric Le Boucher
Crédit photo: Nicolas Sarkozy devant le Congrès à Versailles Reuters
Mis à jour le 23/06/2009 à 17h46













































Si l'on veut produire plus, il faut une recherche compétitive, un marché du travail dérégulé, une fiscalité favorable, moins de politique et développer un "business mind" absent et surtout une administration efficace et peu couteuse. Autant dire ni demain ni aprés demain....
Libérer les énergies s'est aussi s'appuyer sur un patronat diversifier fort qui en dehors d'Edf, Areva, Bouygues et quelques autres profiteurs du systémé francais ont déserté la place même si officiellement ils sont encore là. Entendez vous beaucoup le Medef? il est quasiment absent du débat actuel car il se sent de moins en moins concerné.
Plus personne ne croit au modèle francais mais personne n'ose le dire. Sauf les accros des acquis sociaux qui ne se rendent pas compte que la partie est finie.
Pas de création de richesse pas de redistribution: on distribue de la dette pour le moment et comme un drogué il en veut encore un peu en empruntant aux francais.
Il est malsain son discours, pourquoi il ne dit pas la vérité même si le pire n'est jamais certain, il est temps de dire que la France est en faillite virtuel, faut il attendre qu'on y soit complétement dedans pour expliquer la vérité, Fillon ne l'avait il pas dit en arrivant à Matignon? Ce sont les plus modestes qui paieront la facture, regardez les patrons sont partis, qui demain va investir? Qui va croire qu'en faisant la guerre au Luxembourg et la Suisse l'argent va revenir, c'est le contraire, la confiance n'est pas prête de revenir avec des discours aussi opportuniste. Je n'y crois pas.
"Si l'on veut produire plus, il faut une recherche compétitive, un marché du travail dérégulé, une fiscalité favorable, moins de politique et développer un "business mind" absent et surtout une administration efficace et peu couteuse." (sic)
Fiscalité favorable = + de déficits. Marché du travail dérégulé, à moins d'installer une vraie réforme en profondeur qui ne sacrifie pas à la protection sociale, c'est + de déficit, ou alors beaucoup moins de protection. Moins de politique, c'est ce qui nous a mis dans cette m..... au départ, quand au "business mind", quel anglicisme ronflant pour ne rien dire de pertinent ! Bien évidemment, qui ne serait pas d'accord sur l'administration efficace à moindre cout...
Encore une belle quantité de banalité economico libérales à peu près aussi intelligentes que le pendant NPA/LO du "interdire les licenciements" ou du "smic à 1500 € net"...
Quand donc certains sortiront-ils de ce "tout noir" ou "tout blanc" !!
La France n'est pas plus en faillite que l'Angleterre, les USA, ou le Japon !! (qui pourtant sont des "modèles" de libéralisme économique !!)
Le modèle Français rattrape ses défauts de temps de croissance lors de ce genre de crise... (on échange la croissance atone contre le coussin de crise).
Tenter de faire peur pour faire passer des réformes libérales est une tactique aussi lamentable que de profiter d'émeutes en banlieues pour renforcer l'ultra sécuritaire ! c'est apporter une mauvaise réponse à un vrai problème.
Ceci étant dit, cet emprunt type "balladur" (qui était ministre du budget, à l'époque... ??) est une aberration sans nom, sauf à être extrêmement bien employé dans des mesures d'investissement réels et profitables à terme !
Mais de grâce, Mr Jones, arrêtez de nous abreuver de votre ultra-libéralisme économique (remarquez que je distingue fortement le libéralisme économique du libéralisme social). Vous vous mettez aux niveaux de ces extrêmes qui ne font du bien que lorsque ils servent d'aiguillon, et qui se transforment en catastrophe une fois au pouvoir.
Si l'on veut produire plus, il faut une recherche compétitive, un marché du travail dérégulé, une fiscalité favorable, moins de politique et développer un "business mind" absent et surtout une administration efficace et peu couteuse. Autant dire ni demain ni après demain....
Excusez-moi, mais dans la pratique ce modèle est-il autre chose qu'un fantasme idéologique ? Quels sont les pays qui satisfont à l'idéologie libérale ?
La Grande Bretagne ? Tatcher a détruit son industrie pour financer le capitalisme financier avec les dépouilles du capitalisme industriel. On n'y produit plus depuis longtemps. C'est le pays des services. Services financiers et services pour ceux qui vivent de la finance.
Les Etats-Unis ? D'abord, ils ont toujours triché, en étant d'autant plus protectionnistes que leur discours était libéral, et aujourd'hui des pans entiers de leur industrie sont sinistrés. Là aussi, les "blue collar" sont une espèce en voie de disparition. Ce n'est pas un hasard si l'influence du complexe militaro-industriel y est aussi importante. L'industrie militaire est la seule que l'on ne peut délocaliser qu'à la marge.
La Chine ? C'est là que se trouve l'industrie mondiale, mais le poids de l'Etat y est énorme, l'administration est pléthorique, inefficace et la corruption coute sans doute au moins aussi chère que des impôts "sociaux-démocrates", la valeur de la monnaie échappe totalement au libre marché et enfin c'est l'Etat qui prend les décisions essentielles en matière de politique industrielle.
L'Inde? Je connais moins bien, mais j'ai cru comprendre que l'administration y était pour le moins nombreuse et peu efficace.
En fait si je reprends mes exemples, le principale condition pour produire plus, c'est de disposer d'une main d'œuvre inépuisable, de façon à ce que s'exerce en permanence une pression énorme sur la rémunération des travailleurs.
Excellente analyse.
N. Sarkozy ne veut pas endosser les habits de la rigueur, comme Chirac avant lui. Il empile alors, sans aucune vision d'ensemble, des mesures disparates et non financées. Il reste à espérer que la dette de la France le rattrapera avant 2012. D'autant plus qu'après nous avoir dit que "la crise n'est pas finie et on sait pas quand elle finira", toute sa stratégie repose sur une sortie de crise rapide qui donnerait quelques recettes fiscales supplémentaires au pays.
N. Sarkozy, comme c'est parti et avec ce qu'il nous annonce, renforce ses chances déjà grandes d'être le premier président de la cinquième république qui aura vu la richesse baisser lors de son quinquennat. Enfin, il aura parlé à Versailles.
Merci encore Mr Le Boucher, malgré certain désaccord entre nos pensées, vous lire reste un plaisir.
Finalement, le problème de cet emprunt, c'est qu'alors que la consommation des ménages reste assez forte en France (donc pas besoin d'un énoooorme plan de relance comme aux USA ou au RU), ce sont les exportations qui sont toujours notre boulet (l'investissement des entreprises aussi... mais là, à part réfléchir très sérieusement à un moyen d'adapter le marché de l'emploi à bien plus de flexibilité pour les patrons, sans empiéter sur la protection du salarié... on peut pas faire grand chose pour le moment !).
Or cet emprunt, s'il permettait de lancer la France dans un grand programme d'avenir pour le développement des énergies du futur, dans un système réel d'incitation à la création d'entreprise, si possible avec visée exportatrices, ou encore le développement des technologies vertes dans la construction... bref, le problème c'est qu'ici Sarko décide que les priorités pour utiliser cet emprunt sont "sauver les firmes en difficulté" (très très cher pour juste une preuve d'interventionnisme en plus...), "l'internat d'excellence" (mais qu'est ce que c'est que cette nouvelle lubie !!), ou "la formation" (dont le système est à revoir entièrement en France, mais sur le fond, et non sur les sommes allouées !!)
Au final, on emprunte non pour investir, mais pour intervenir encore plus, et ça, "c'est mal", comme dirait l'autre.
Et le pire (le pire !!), c'est qu'avec un peu de bol (ou de malchance...), Sarko peut s'en sortir avec ce pansement pour stopper l'hémorragie ! Si l'hypothèse d'une reprise légère dans les 2-3 prochaines années, suivies d'une nouvelle période de croissance (bulle ?? snif) s'avère exacte pour les USA/RU, alors la France pourrait se sortir de cette crise sans avoir eu à faire la remise en question que viennent de subir Espagne/Irlande/USA/RU, et sans conséquences sociales dramatiques (grâce à notre protection sociale). Et bien évidemment, si les Français voient dans 3 ans la baisse légère du chômage, après avoir traversé "la plus grave crise depuis 29" sans trop de souffrance, ils se feront un plaisir de réélire celui qui n'aura que trop bien incarné le renouveau du chiraquisme (surtout, ne pas trop bouger, ne pas trop réformer), et nous aurons toujours notre France avec ses points forts, ses points faibles, et aucune volonté de mettre les premier en avant tout en réformant les seconds.
Notre pays a un tel potentiel que c'en serait drôle si ce n'était pas si triste.
A quand un vrai réformateur, qui saurait conserver la plupart de nos acquis sociaux, tout en équilibrant (grosso modo) le budget, et tout en lançant les réforme (ou en tout cas les vraies réflexions sur les réformes à faire...) nécessaires ?
Là, le modèle Français pourrait devenir, à l'instar du modèle scandinave, une vraie raison de fierté.
Mais bon, ce n'est pas avec Sarko que cela se fera, malheureusement... trop "politique", il lui faut brosser son électorat et ses riches amis dans le sens du poil, et donc mélanger populisme ("linternat d'excellence" ?? c'est quoi ??) et aides aux patrons en difficulté ("sauver les firmes en difficulté" !!).
Allez, faut voir le bon côté des choses. Au moins, le conservatisme Sarkosien sauvegarde-t-il ce fameux modèle français, qui a défaut de nous projeter dans l'avenir, rend le présent moins difficile pour la frange la plus pauvre de notre population que chez nos voisins anglos-saxons/espagnols.
Julien
PS : @ Peter Jones, qui dit "Plus personne ne croit au modèle francais "... Le dernier prix Nobel d'économie, malgré certaines réserves, ne tarit pas d'éloges sur notre modèle Français... vous avez donc, encore, tout faux.
La richesse n'ai pas faite par les prix Nobel, avec tout le respect que je leur dois mais initié par les investisseurs et les chefs d'entreprises; celà même qui désertent et ferment les usines.
Il y avait quand même des annonces fortes dans ce discours: l'environnement avec la taxe carbone ou la lutte contre les discriminations fondée sur les origines sociales et non ethniques. En revanche, rien ou presque sur l'Europe. Quand on a l'objectif de fixer un cap, dessiner un projet de société, une vision pour l'horizon 2012 et même au delà, ne pas parler du rôle de l'Europe c'est quand même assez surprenant, non ? D'où un discours trop franco français, effectivement assez archeo-gaullo etc...
Ce qui est amusant avec vous Peter Jones, c’est votre entêtement. Votre éloge de la dérégulation et du libre-échange est exactement ce que toutes les démocraties libérales (américaine et britannique mais bien d’autres également) ont promu durant les années 90 tout comme les institutions internationales (FMI, Banque Mondiale). C’est exactement cette idéologie qui nous a offert la crise financière que nous connaissons aujourd’hui. En substance, si je vous suis : moins d’Etat quand tout va bien, plus d’Etat pour nous sauver quand tout va mal.
Cette posture libérale est aujourd’hui morte. Elle restera un paradigme de notre économie capitaliste, malgré ce que le Président Sarkozy a dit hier, mais elle n’a plus la force du dogme et de l’évidence. Et, à certains égards, c’est les dérives que pointe la gauche depuis dix ans que nous connaissons aujourd’hui.
Vous dites que le modèle social français est mort. Tout le monde nous l’envie. Pléthore d’articles de la presse anglo-saxonne vantait les mérites de notre protection sociale, de la robustesse de notre économie. Je lisais même dans le très respectable Time il y a quelques semaines un article intitulé « How we will become the United States of France ». Alors si la crise a renforcé quelque chose, c’est bien la politique sociale menée par la France depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Le problème, en somme, n’est pas là. Le grand écueil que nous allons devoir affronter dans les années à venir est cette irrémédiable tension entre, d’un côté, une régulation nécessaire par l’Etat, et, de l’autre, l’incapacité de ce même Etat à réguler du fait de ses déficits. Pour être honnête, je ne connais pas la solution pour résoudre ce problème et Nicolas Sarkozy non plus. Voilà pourquoi il est un bon communicant pour le Spectacle, un mauvais politique pour trouver des solutions.
Le discours d’hier a servi à dire cela. Nous le savions déjà. Et ça nous a coûté 500 000 euros. Mais pour reprendre Jboss, Nicolas Sarkozy pourra se targuer d’avoir parlé à Versailles.
Je crois que le ton de l'article de Time était humoristique. Si vous faites également allusion à l'éditorial de The Economist datant de quelques semaines, il semble que vous ayez également omis de préciser que les mérites du modèle social n'étaient vantés que dans le contexte actuel de marasme économique profond. Pour ce qui était de la capacité de la France à profiter du rebond lui succédant, l'hebdomadaire britannique était en revanche beaucoup plus circonspect. L'avenir nous dira s'il avait raison.
Ma conclusion après cette intervention, c'est que Sarkozy est bien embêté parce qu'il n'a plus de doctrine économique. Je propose qu'on lance des assises pour lui trouver une solution.
Il s'est fait élire avec 2 grandes idées économiques :
1) Le politique peut agir. Il a fait du volontarisme sa marque politique. Que ce soit en matière de sécurité ou d'économie. Et, c'est même sans doute la principale raison de son élection. Ca s'inscrivait bien en plus dans son discours sur le travail sur lequel nous allons revenir plus loin: Tous des faignants sauf lui qui allait chercher la croissance avec les dents. C'est certain qu'après un Jospin qui en 2000 avait déclaré à propos de licenciements chez Michelin: "L'Etat ne peut pas tout", et un Chirac qui donnait l'impression de garder les clefs de la maison, jusqu'à ce qu'il ait accumulé suffisamment de trimestres pour toucher sa retraite, c'était assez revigorant.
2) Le remède est simple, il faut développer le libéralisme en France à l'image des pays tels que la Grande Bretagne, les Etats-Unis ou l'Irlande qui réussissent si bien. Pour ce faire, il faut remettre la France au travail en venant à bout des 35 heures, l'abomination socialiste qui a fait des français un peuple de paresseux, développer l'esprit d'entreprise (comprendre supprimer l'impôt des plus riches) pour créer des emplois, réduire le déficit de l'Etat en virant des fonctionnaires pour financer à long terme la baisse des impôts et en incitant les français à économiser pour réduire le montant de la retraite par répartition et des remboursements de l'assurance maladie.
Là-dessus, patatras surgit la crise.
Le modèle libéral montre ses limites avec une croissance financée essentiellement par le sur endettement des ménages et l'économie casino. "Le modèle républicain auquel nous croyons tous" reprend des couleurs. Avec l'explosion du chômage et l'indécence des bonus et des retraites parachutes, il devient plus difficile de faire l'impasse sur la justice sociale, surtout que l'on commence à s'interroger sur les résultats de cette France qui entreprend. Plus désagréable encore, il est en train de devenir l'homme du déficit, et risque de rester à ce titre dans les livres d'histoire. En réalité curieusement, à part l'épisode Mitterand 81-83, reprocher les déficits à la gauche et les creuser lorsque l'on est au pouvoir, est une vieille tradition de la droite. Mais bon, là le déficit commence à relever du livre des records. Le licenciement des fonctionnaires, c'est lent, ça ne rapporte pas tant que ça, surtout au regard des déficits, et avec l'explosion du chômage, ça semble quand même un peu moins urgent.
Alors que faire ?
Avec les réformes on peut maintenir l'illusion de l'action. Mais il sait bien que ces réformes ne peuvent être une solution à la crise. Elles avaient été pensées avant la crise que l'on a pas vu venir. Et en plus la crise a frappé tous les pays qui les avaient réussies plus durement que la France. Et puis toutes ces réformes visaient à réduire les financements sociaux ou à mettre les français au travail. Réduire les financements sociaux, c'est un coup à susciter une révolte des gueux. Prétendre remettre les français au travail en supprimant les 35 heures c'est au mieux hors sujet, au pire une provocation quand il y a plus de 2 millions de français qui cherchent, selon les statistiques officielles, à travailler.
Il faut donc trouver une politique économique Sarko-compatible à lui proposer. Et pour ce faire, il ne faut pas oublier que Sarko est un flambeur. Si on considère simplement le congrès de Versailles (dont je n'ai jusqu'ici pas dit un mot :), il a dépensé officiellement 400 000 euros pour signifier symboliquement aux assemblées que le Premier Ministre était devenu une potiche, ce que tout le monde savait déjà. Tout le reste, il aurait pu l'annoncer au 20 heures de TF1. C'est un peu regrettable en termes de déficit budgétaire, mais comme on dit dans "la vérité si je mens": la classe !
Avec l'emprunt, il est sur la bonne voie. Mais maintenant il faut trouver une affectation à cet emprunt. Un grand projet, quelque chose entre Roosevelt et le De Gaulle du plan calcul. C'est vrai pour reprendre le titre de cet article que ce serait un peu archéo-gaullo-coco, mais ça en jetterait quand même un peu plus qu'une loi sur le port de la Burka. Alors quoi ? Une immense usine où tous les français de 7 à 77 ans devraient travailler gratuitement 1 semaine par an ? Mais pour produire quoi ?
Je crains qu'en effet M. Le Boucher, vous n'ayez été atteint du virus de Badiou la sarkophobie. Relisez à nouveau le discours au Congrès : de fait il est archi-consensuel, mais il n'est pas insipide ni vide. Il fait la liste des problèmes, avance des diagnostics, et annonce des solutions ou des processus pour les trouver. Rien de bouleversant peut-être mais de là à crier au passéisme et à l'attrape-tout, il faut être sérieusement ankylosé du mental, être incapable de sortir des catégories traditionnelles de la vie politique française. Comment reprocher à un président français de dire qu'il faut arrêter de charger la barque, ou de vouloir retrouver une marge de manoeuvre que les présidents précédents ont fait disparaître?
Le seul reproche que je ferais à Sarkozy, mais il est de pure forme, c'est d'être parfois trop emphatique, d'abuser des mots "radical" ou "immense".
Mais pour le reste je le trouve à la hauteur des enjeux et de la France peureuse dont il a hérité et qu'il veut remettre en marche.
Alors, M. Le Boucher, un petit effort pour d'abord prendre la mesure de la situation de notre pays et ensuite ne pas se cantonner dans le rôle si confortable de Yaka Fokon.
Serait-ce du déjà vécu, Mr Le Boucher ?
Attention ! Je me méfie moi aussi de mes propres réactions…Je contrôle mes actes et mes propos, je m’autocensure avant d’être censuré de force… L’anti- sarkozisme primaire n’est peut être qu’une réaction au pro-sarkozisme primaire qui pollue tout autant l’atmosphère de la politique !
Quand il évoque que « la révolte gagnera les peuples », on reste dans son registre favoris, jouer sur le registre de la peur comme l’a fait en son temps le très peu regretté Bush. Alors, la révolte en France ? Mais que nenni !
Comme le dit Denis Monneuse dans son article paru sur Slate. « Social: une «insurrection» qui fait pschitt », la révolte n’est qu’une affaire de médias, alors qu’importe les changements… Les banques, elles, n’ont pas envie de changer ! Donc point de points.
Mais comme vous, je suis surpris de l’entendre vanter le modèle français, ce même modèle qu’il a tant dénoncé, critiqué, décrié durant les présidentiels de 2007. En fait, il s’adapte aux théories du moment, aux phénomènes de mode, ou comme les navigateurs, il prend et suit le vent ou il est, il marche dans le champ du social comme on piétine les plates bandes du voisin pour mieux appliquer des réformes plus controversées, ou d'autres plus libérales et pas vraiment sociales, que ce soit pour demain, après demain ou peut être plus tard.
Lorsqu’il quitte le diagnostique pour passer aux propositions, il passe du rôle président à celui de premier ministre, exit Fillon, exit le travailler plus pour gagner plus, de toute façon, la situation ne le permet plus !
Finit de libérer le travail partout en tout lieu, dans tous les secteurs, il ressert le champ du possible, du nécessaire. Dorénavant, il y aura les secteurs stratégiques, et les autres…
La dette peu bien exploser puisque c’est pour « la bonne cause ».
Quid de tous les autres secteurs ? Sont ils indignes du statut « investissement » ? Qui paiera la dette ?
Pour le reste, je rejoins votre analyse.., mais alors, Mr le Boucher, seriez vous en train de dire (ou de constater) que la politique de Sarkozy est à son tour, comme celle de ses prédécesseur, toute aussi classique par rapport à rupture envisagée il n'y a pas encore si longtemps.
Serait elle devenue obsolète ?
Je voulais commenter votre article par une double critique.
Celle de la persistance de votre antisarkozysme malgré vos soins intensifs et celle du discours de Sarkozy au travers de ce que vous en disiez. Et puis j'ai pris le temps de lire ce discours et je suis obligé de faire une troisième critique celle de votre manque de discernement.
Première critique malgré vos dires vous êtes encore contaminé par le virus de l'ASP. Paragraphe trois, quand Nicolas Sarkozy dit qu'on ne sait pas quand la crise finira vous trouvez cela contradictoire avec le fait que le premier ministre voit des lueurs de reprise. J'ai beau lire et relire je ne vois pas où est la contradiction, donc la pierre dans le jardin de François Fillon. La fièvre peut-être? A la relecture le symptôme récurent est celui d'une interprétation tendancieuse des dires Sarkoziens jusque dans les détails où vous ne manquez pas de voir le diable. Vos formulations sont significatives. Quand il dit « rien ne sera plus comme avant » vous le rapportez à « beaucoup disant qu'en dehors d'une régulation bancaire plus serrée, tout redeviendra comme avant. »
Seconde critique. J'avais cru en effet que Nicolas Sarkozy était tombé dans le travers de l'imitation d'Obama en faisant référence aux origines, celles de la République, et celles du CNR. La France n'est pas née de là et le principe de la table rase est incompatible avec les références historiques. Les accents productivistes laissaient augurer aussi un retour à la technocratie triomphante des « trente glorieuses ». Les références aux valeurs laissaient bien entendre en effet une prise position libérale sociale de la révolution à l'opposé de l'égalitarisme étatiste collectiviste.
J'en venais à me demander si ce n'était pas le compromis napoléonien qui était son choix, dominance de l'Etat et liberté économique. Là fort des analyses de la révolution et ses différentes logiques je me suis dit que, encore une fois, « l'invention du futur » qui a été le Sens perdu de cette Révolution avait été passé à la trappe.
Troisième critique. Et puis non, la lecture du discours révèle qu'il vous manque une capacité de discernement du Sens. Vous captez tout une panoplie de représentations qui nous sont, qui vous sont, familières et vous construisez un tableau que vous nous livrez comme significatif. Il ne l'est pas. Les mots ne sont pas le Sens et Nicolas Sarkozy aurait du prendre garde à cette écoute par assimilation au connu qui ne manquerait pas de réduire son discours à des images, plutôt anciennes. Ne parlons pas de ceux qui ont des oreilles et ne veulent pas entendre mais de ceux qui ne sont pas habitués à entendre avec ces « oreilles du Sens », l'intelligence symbolique donc.
Or le discours de Nicolas Sarkozy est un exercice de recentrage du Sens du bien commun du pays, du projet qu'il assigne à son gouvernement et à la nation.
Il prend d'abord position sur une conception de l'économie en opposant à juste titre une conception spéculative, exogène, de développement externe qui consiste à jouer au monopoly et une conception dont il fait le choix, coopérative, de développement endogène, de croissance interne, focalisée sur la recherche du bien commun. C'est ce qu'il appelle la logique de production à l'opposé de la logique de spéculation. Il est vrai que le problème c'est qu'il faudrait à Sarkozy un travail de langage pour éviter l'assimilation aux images classiques comme vous et d'autres le font trop vite. Au passage, à quelques nuances près il s'agit de l'opposition entre une économie communautaire engagée dans le Sens du bien commun et ses valeurs propres et une logique systémique qui permet les comportements individualistes et le calcul de la valeur sans les valeurs. C'est cette dernière que la crise met en question.
Nicolas Sarkozy pose aussi des questions qui ne sont pas mineures.
Il demande pourquoi les enjeux de conquête de l'avenir sont si souvent contrées par des formules idéales répétitives, des gestions statiques, des défenses contre tout ce qui bouge. Le prospectiviste en sait quelque chose. Il suffit de voir le sort fait à la pensée de Gaston Berger en France. Par là il prend position sur l'engagement de l'avenir et c'est le Sens qu'il veut donner aux investissement pour l'après crise. Il ne néglige pas pour autant l'assistance aux victimes de la récession économique en cohérence avec son modèle de développement.
En final il reprend l'idée d'héritage d'un modèle français en en restaurant le meilleur au lieu du pire. Pour cela il redéfini les fameuses valeurs républicaines avec des positions claires. Bien sur ce n'est pas un langage philosophique ni un langage d'avance sur « le monde qui vient » mais le Sens y est la cohérence aussi. L'héritage est celui du Sens, le meilleur, pas celui des formes. Il le précise lui même.
Si on ne voit pas cela, question de virus ASP (dans l'une ou l'autre des ses figures mutantes) ou d'entendement par trop identifié au maniement des représentations mentales de référence, si le Sens échappe, alors l'essentiel aussi. Même chose pour Obama dans la culture américaine. C'est le Sens qui est l'essentiel et qui est agissant.
Il arrive que la fonction fasse grandir. Soyez y attentif
Je trouve admirable vos convictions qui sont de nature à vous permettre imparablement de trouver un sens quelconque à ... un béret basque. Les questions de sociétés actuelles sont d'un autre niveau qu'un emprunt national qui ajoutera de la dette à la dette (devenue insupportable et qui réclame autre chose que du laisser aller ; l'Allemagne va nous le rappeler sévèrement comme le fait le Pdt de la Cour des Comptes) ou bien de monter en épingle quelques "marginalités bourqafourrées" (dont le psychisme mérite aussi d'être analysé).
Les réformes à entreprendre sont d'un autre niveau que la retraite à 67 ans qui ne figure aucunement une solution.
Je vous soumets quelques pistes de réflexion déjà exprimées sur ce site en début de mois et qui devraient mieux satisfaire votre "sens" qui est unique si je vous lis bien :
"Limiter nos déficits sociaux et publics devient une priorité, ne serait-ce qu'au regard des difficultés "prévisibles" de financement de la dette. Au demeurant, toute action vertueuse en ce sens favorisera les échanges de capitaux en faveur de nos investissements productifs intérieurs.
Au plan social, l'équilibre des comptes de l'assurance maladie passe :
-> par une réintroduction de la Dotation annuelle de financement de l'hopital pondérée par les résultats de la T2A ;
-> Une action sur les coûts exhorbitants et incohérents de distribution du médicament (près de 50 % du coût final !!!)
-> un rétablissement de la lettre-clé flottante pour tous les praticiens et paramédicaux.
-> l'encouragement à d'autres pratiques de transport sanitaire (actes non médicaux équivalents en structures aux honoraires de spécialistes !!!)
Les prestations familiales doivent être réorientées : aide à l'enfant sous conditions de ressources, aide à la nutrition avec le chèque alimentaire et aides au logement révisées en lien avec l'accession à la propriété des logements sociaux occupés pour les locataires justifiant de 25 ans de loyers réguliers (les offices hlm sont couramment remboursés de leurs investissements et charges de gestion à partir de ce délai).
Les régimes de retraite par répartition (base et complémentaires) doivent être unifiés en intégrant les emplois publics (l'Etat ne verse en cotisations que 14% des pensions inscrites sur le grand livre de la dette publique !!! ; il faut tendre à un financement affecté et limitatif ; les nouveaux emplois publics doivent être placés à l'optimum sous statuts privés et interprofessionnels -cf l'exemple danois - à l'instar des services de la sécurité sociale, Pôle emploi, ou retraites complémentaires.
La TVA (impôt rentable supporté par tous et aussi progressif que l'IRPP) doit être augmentée pour viser le meilleur équilibre possible du budget national.
Une grande part des cotisations sociales patronales doit être transférée sur la C3S (0.03 % rapporte 1 milliards d'euros : 1 point de C3S équivaut à 7 ou 8 points de cotisations sociales ; cf le prélèvement sur chiffre d'affaires de l'autoentrepreneur figurant ce transfert) et s'applique notamment sur les importations. La compétitivité des entreprises de main d'oeuvre sera ainsi améliorée et favorisera l'emploi.
Le contexte de crise peut être le creuset d'une rationalisation importante et indispensable des flux publics et sociaux, sans remise en cause fondamentale de notre modèle social, si une ambition politique supérieure de l'intérêt public est au rendez-vous".
Le discours fait au congrès diverge avec cette ambition nécessaire.
Oui le béret basque peut avoir plusieurs Sens selon la considération de ceux qui en usent. Ce n'est pas le béret qui est l'essentiel mais le Sens humain qui le fait participer à une situation personnelle sociale et culturelle. Et ce béret peut être considéré en plusieurs Sens ce qui interpelle la liberté et le choix de ceux qui s'en préoccupent. Par exemple un basque républicain présent à Versailles aurait retiré son béret par respect. Un autre l'aurait traité de ringard à coup de baguettes, un troisième en fabrique pour sa clientèle etc. Donc votre idée de Sens unique n'est guère compatible avec mes thèses sauf en ce qui concerne le fait de privilégier un Sens, le Sens du bien commun de la communauté considérée. Le béret basque y participe dans les communautés où il est investi. Demandez au député Jean Lasalle qui était peut devait être à Versailles avec son béret.
A vous lire je crains que vous n'ayez pas aperçu qu'il s'agissait de la France et de la déclaration de politique générale du président de la république française. Quant à "l'intérêt public ou bien vous pensez que la raison rationnelle doit s'imposer à tous ou bien qu'il y a des experts dont vous nous livrez les cogitations qui doivent imposer leurs vues. Effectivement on ne voit pas à quoi sert un président de la république dans ce cas, ce que des questions de Sens viennent faire là ou des ratios doivent régir le monde. Moi je pencherais plutôt pour le primat du Sens (politique, moral, etc.) et de l'emploi de la raison pour accomplir les orientations prises et non l'inverse. C'est moins inhumain.
M Nifle vous portez beaucoup de philosphie avec votre crédo du sens et j'en suis très admiratif au plan de la syntaxe. Mais philosophie et dissertation déconnectées des problèmes actuels de la France et des soucis des français n'est pas le seul "bon sens" nécessaire aujourd'hui qui est plutôt celui dit "du paysan".
Vous pouvez me relire pour mieux saisir les problèmes sociaux et économiques (économie générale des finances publiques, préservation de la protection sociale, cet amortisseur de crise qui fait tant ses preuves aujourd'hui, réponse aux besoins premiers de nos concitoyens : alimentation, logement, emploi..) de notre société actuelle. Mes écrits ne sont nullement la copie d'avis d'experts mais des idées que je forme et que je porte malheureusement seul et que je tente de faire partager au plus grand nombre par tous médias possibles, y compris ce site louable pour sa liberté d'expression.
Donc discutons plutôt du fond de mes propositions qui forment, à mon sens, véritable ambition nationale politique beaucoup mieux qu'un emprunt national bidon ou le port de la Burqa.
Vous traitez de problèmes de fonctionnement, ceux de l'Etat et des dispositifs sociaux. Ce que vous en dites est peut-être pertinent mais je considère que c'est hors sujet lorsqu'il s 'agit de politique générale.
Je vous suggère de considérer cette hiérarchie de la conduite des affaires humaines collectives.
- Le niveau politique qui est celui du Sens, de l'orientation générale qui a été traité à Versailles
- Le niveau stratégique qui doit déployer ce Sens selon les situations et les conditions prévisibles ou des hypothèses. Il donne le cadre de l'action
- Le niveau de l'action qui est celui du fonctionnement qui doit se référer au cadre précédent et lui même à l'orientation générale.
Prenons la question de l'emprunt. Il peut être envisagé à ces trois niveaux.
- D'abord, symboliquement, comme l'expression d'un Sens donné à Versailles notamment par le modèle économique dit de coopération ou de production, et aussi par la lecture des valeurs républicaines et enfin par le rôle de l'investissement (des gens) qui est analysé. L'emprunt est d'abord une invitation à la mobilisation des français dans ce Sens à moins s'économiser peut-être aussi.
- Ensuite stratégiquement il s'agit de voir comment l'esprit de cet emprunt va être décliné en enjeux divers pour en définir les principes et modalités générales. J'attire votre attention sur le fait que ce travail reste à faire et le premier ministre, dont c'est précisément le rôle, y convie toutes sortes de représentants du pays.
- Enfin et une fois le niveau 2 établi il sera temps de considérer le fonctionnement et la gestion de l'affaire et pas avant.
Vous voyez mon Sens est plutôt celui d'une verticalité que d'un giratoire (quoique Raymond Devos en savait quelque chose sur le sens).
Le problème c'est que vous traitez des questions du troisième niveau et, quelque soit leur pertinence, elles ne peuvent être évaluées que si les précédents sont posés. Chacun son boulot.
Or il y a dans ce pays trop de gens, même très compétents, qui n'ont qu'une vision factuelle du monde et des affaires humaines. C'est notamment le cas d'une certaine technocratie (il y en a d'autres). Votre métier vous a sans doute familiarisé avec certaines réalités mais aussi à ne pas en voir d'autres dimensions essentielles. C'est le cas de la dimension politique qui est ignorée même par beaucoup de politiques. Il est vrai aussi que c'est une question de niveau de civilisation, de niveau de conscience collective et à ce titre je suis étonné par la compréhension de Nicolas Sarkozy de son rôle. François Mitterrand l'avait aussi mais tout cela n'est que fascisme larvé et autoritarisme pour ceux, un peu simplets ou mal intentionnés, qui n'y comprennent rien.
Je crois que Eric le Boucher a lui une vision de l'ordre des modèles stratégiques, des représentations classiques mais ne voit pas le Sens. Comme le disent les américains avec "l'intend stratégy" il faut une intention un Sens donc, pour qu'il y ait stratégie. Une stratégie dépend d'un Sens et des conditions pour son déploiement. Les modèles économiques normatifs ne disent rien de la singularité d'un Sens (politique) et des circonstances. Ils ne permettent en rien d'évaluer le projet d'emprunt sauf à en ignorer le Sens et les circonstances spécifiques. C'a c'est l'autre technocratie normative, intellectuelle, juridique et administrative. Elle ne marche que par reproduction de représentations familières, le retour au même (ou aux mèmes, pour les spécialistes), pas l'originalité, la singularité, l'innovation. Un autre aspect du mal français.
Alors vos solutions sont peut-être bonnes mais pour traiter quels problèmes? Y a-t-il d'ailleurs des problèmes en dehors des enjeux et finalités humaines collectives? Question de politique donc de Sens et ensuite de stratégie.
Que tout cela vous fasse tourner la tête ne dit pas que le Sens est giratoire. Le Sens giratoire est un non sens (Devos) ou plutôt un Sens nihiliste. Ca revient au même, ca tourne en rond (ou en ronds). Heureusement qu'on a un président qui donne le Sens. Lequel? Mais ça c'est un autre sujet.