Culture

Le Mot: Burqa, burka, burca, burequat, et caetera.

Marc Ménonville, mis à jour le 23.06.2009 à 12 h 27

Le Mot

«Je veux le dire solennellement, la burka n’est pas la bienvenue en France. Nous ne pouvons pas
accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière un grillage, coupées de toute vie sociale,
privées de toute identité. Ce n’est pas l’idée que nous nous faisons de la dignité de la femme», a déclaré Nicolas Sarkozy lundi 22 juin devant le Parlement.

Nos fidèles lecteurs n'ont pu manquer de noter, au fil de cette chronique, notre volonté d'aller à l'essentiel. Poursuivant dans la même voie, nous poserons sans ambages une question de fond: comment transcrire en français la dénomination du voile islamique intégral? Ce point, que tout le monde s'en persuade, revêt une importance à ne pas sous-estimer.

Puisque le voile susdit relève du domaine du religieux, il importe de rappeler d'abord que le Dieu des chrétiens est le Verbe fait Chair —«Verbum caro factum est» —, si bien qu'aux yeux des croyants, toute appellation, serait-elle la plus triviale du plus ordinaire des sujets, va appartenir, comme par essence, au champ du divin. Dénommer, c'est faire œuvre pie. Aucun théologien ne le contestera.

Nous étant ainsi gardé à droite, nous ajouterons, pour nous garder à gauche, que, tel un Balzac écrivant «à la lumière de la Religion et de la Monarchie», nous nous exprimons ici sous le joug, de grand cœur accepté, de la liberté de conscience et d'expression. Et nous affirmons, de surcroît, que nous sommes éclairé par le phare de l'antiracisme et par la lampe de l'égalité.

Venons-en au fait. La mode est à la graphie burqa. On la trouve presque partout dans la presse, ce qui ne saurait surprendre puisque les journalistes (l'auteur ne se désolidarise pas, il le déclare, d'une corporation dans laquelle il est entré en 1968) ont l'habitude de s'imiter, si ce n'est de se copier, les uns les autres. On expliquera que c'est la meilleure manière de rendre compte du qâf arabe — quitte à oublier que l'on préfère, en général, transformer en France le qâf en k, par exemple pour le bouillant colonel Kadhafi. Y aurait-il, là comme ailleurs, deux poids et deux mesures? Outre que dans notre langue, comme en latin, le q n'existe que suivi d'un u, ajoutons que le qâf suppose une énonciation gutturale, de la même nature que la jota espagnole ou que l'Achlaut de l'allemand, dont elle ne possède pas d'équivalent.

En bref, écrire burqa témoigne, à notre avis, d'un désir de passer à peu de frais pour un arabisant de haute volée, parfois d'un souci de solidarité avec la population arabophone. En poussant à l'extrême, on pourrait suggérer que celui qui écrit burqa lance un message, quasi subliminal, d'approbation de l'islamisme, idée que vient pourtant contredire l'emploi de cette orthographe par les défenseurs des femmes. Dans ce cas, on voit la burqa porter au contraire la charge d'archaïsme et de servitude qu'il s'agit de dénoncer. Comprenne qui pourra, aurait soupiré Paul Éluard.

Par quoi remplacer la burqa? Éliminons sans attendre l'hypothèse burca, qui ne rime qu'avec l'ibérique bronca, sinon avec ipéca et arnica. Rejetons aussi les bourqa et bourka sans nécessité, sauf à se goberger d'y soupçonner des sous-entendus lacaniens aux connotations érotiques.

Pour notre part, excipant de nos origines helvétiques et d'une partie de carrière passée, naguère, au bord du lac Léman, nous recommanderions sans hésiter la burka, dont la Suisse nous offre le modèle avec le col de la Furka. La Furka se trouve en territoire germanophone, on l'admet. Mais, trilinguisme et fédéralisme obligent, quoi de plus francophone, après tout, que ce nom-là? Émulons donc la Furka pour promouvoir la burka, sans oublier au passage que la burka nous est arrivée d'Afghanistan, grâce aux talibans. Nul ne se plaindra de cette parenté de montagnards.

Des puristes, adeptes d'un souverainisme dissimulé par la clandestinité du langage, ont proposé, eux, une burcat, sur le type fourcat, voire une burrequat dont ils vantent l'aspect bien de chez nous — auvergnat, en résumé. Sans l'accepter pour autant, saluons l'ingéniosité de cette burrequat de Clermont-Ferrand à laquelle, pour l'acclimater, on prêtera d'entrée de jeu, ou peu s'en faut, la robustesse de la Salers, l'odeur de la garbure et le filant de l'aligot.

Et, à propos, faut-il légiférer contre la burka?

Marc Menonville

crédit: flickr

Marc Ménonville
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