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Plus bio que les couches lavables: la mousse, l’écorce et le tube à urine

Nicholas Day, mis à jour le 11.04.2013 à 18 h 23

On n'a pas toujours enfermé les fesses des bébés dans des fibres tissées très serré.

Nappy Line / Richard Fawcett via FlickrCC Licence by

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Depuis la nuit des temps, prendre soin d’un nourrisson a quasiment toujours été une guerre de tous les instants contre les fonctions corporelles. Chaque victoire n’est que temporaire, contingente. Au final, c’est toujours l’excrément qui gagne.

Pour nous consommateurs modernes, ce problème de taille n’en est quasiment plus un: nous avons tissé des fibres plastiques très serré qui sont capables d’absorber un flux d’urine apparemment intarissable. Et on peut attendre pour changer la couche qu’elle menace d’être plus lourde que le bébé.

Mais pendant des siècles, les couches n’absorbaient pas tant l’humidité qu’elles ne la retenaient. Dans les cultures où prévalait l’emmaillotage, la pratique était bien plus contraignante, compliquée et rigoureuse qu’aujourd’hui. Ce qui aggravait le problème: quand vous aviez emmailloté un bébé, vous n’aviez aucune envie de tout défaire dix minutes plus tard juste parce qu’il avait encore fait. Dans l’Amérique coloniale, «la plupart des bébés passaient la plus grande partie de leurs premiers mois étroitement enveloppés dans des langes mouillés et souillés».

Outre l’apprentissage précoce de la propreté, les solutions trouvées par de nombreuses cultures traditionnelles étaient souvent bien plus intelligentes. Les Tchouktches, peuple de l’extrême-orient russe, transportaient leurs bébés dans des sacs en fourrure, au fond desquels ils plaçaient un rabat recouvert de mousse sèche. Quand l’enfant se mettait à pleurer, ils changeaient la mousse. Comme l’observa le Norvégien Harald Sverdrup dans son livre de 1938 Among the Tundra People:

«Une jeune épousée tchouktche qui attend un bébé ne collectionne pas des objets de puériculture bizarres et de jolies robes à dentelle; elle se procure un sac rempli de mousse, enlève toutes les brindilles et les pierres, et sèche bien le tout. Si elle a été assidue, elle a toutes les affaires de bébé dont elle a besoin, et le lavage des couches n’est pas un problème

Même Mitt Romney aurait pu réussir à changer ces couches-là: il suffisait d’enlever la mousse usagée et de la remplacer par de la propre.

Dans certaines parties du nord de la Chine, les nourrissons étaient placés dans des sacs de sable, qui faisaient à la fois office de couches et de baby-sitter. Les Navajos déchiquetaient l'écorce d'un arbuste, la purshie tridentée, qu’ils mettaient entre les jambes du nourrisson dans le porte-bébé. Ces ingénieuses solutions n’étaient pas sans inconvénients: en Sibérie, quand la mousse gelait, les fesses du bébé gelaient parfois aussi.

Mon exemple favori vient d’Asie centrale, où certains porte-bébés comportaient apparemment des «tubes à urines» intégrés. Selon une description détaillée de la version kurde, les bébés étaient étroitement emmaillotés, et un tube de bois («l’ouverture en haut du tube est circulaire pour un garçon, ovale pour une fille»), enveloppé dans du tissu, maintenu en place en douceur. L’autre extrémité du tube était fixé dans un trou à la base du porte-bébé: l’hiver, on plaçait une bouteille dessous; l’été, l’urine tombait directement par terre.

Si vous êtes en train de faire votre liste de naissance, ne cherchez pas plus loin.

Nicholas Day

Traduit par Bérengère Viennot

Une partie de cet article est extraite du livre de Nicholas Day sur la science et l’histoire de la petite enfance, Baby Meets World.

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